Trouver sa voile

En 1970, sous l'impulsion du Prince Rainier-III, naissaient la section sportive et l'école de voile. Leur objectif ? La compétition , la connaissance de la mer et la sauvegarde de l'environnement. Près de 50 ans plus tard, l'institution continue de former les nouvelles générations, avec toujours la même passion.

La Monaco Globe Series, la Palermo-Monte-Carlo, la Primo Cup, la Monaco Optimist Team Race… Environ deux fois par mois – il y aura 24 événements sportifs en 2019 -, le plan d'eau de la Principauté devient le théâtre de compétitions de haut vol organisées par le Yacht Club de Monaco. Et plus précisément par sa section sportive, dirigée par Paolo Ghione. 

Difficile de la manquer, d'ailleurs, lorsqu'on se balade sur le quai Louis-II au pied du "Paquebot". Que ce soient les week-ends de compétition ou en plein milieu de semaine, une effervescence constante s'en dégage. Car les événements sportifs ne sont pas l'unique casquette de la section, qui gère aussi le pôle compétition du club ainsi que l'école de voile et les scolaires via sa cellule "éducation".

L'apprentissage de la mer

C'est le cas pour beaucoup de sports en Principauté, et la voile n'échappe pas à la règle. Des générations de jeunes Monégasques ont tiré leurs premiers bords grâce à l'Éducation Nationale. "On touche entre 1 600 et 1 800 gamins par an, des primaires jusqu'aux terminales", précise Paolo Ghione, le directeur de la section sportive, qui voit dans ces cycles scolaires une expérience formatrice. "Grâce à la mer, il y a une partie liée à l'environnement. Il existe tout un cadre, des consignes de sécurité, de sauvegarde de planète, un lien avec les matières étudiées à l'école comme la science ou la géographie. La voile requiert aussi de la tactique, du travail d'entretien sur les bateaux, de préparation, d'entraide… elle est utilisée par les professeurs comme une école de vie".

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En initiant les scolaires, le Yacht Club ne pouvait pas trouver meilleure vitrine pour son école de voile, qui accueille le mercredi après-midi les jeunes dès 7 ans. "A condition de savoir nager et d'avoir obtenu son attestation de natation", précise le directeur. Ils sont aujourd'hui une centaine répartis sur trois niveaux : "Basics","Advanced" et "Performance". Tout un programme pour ces marins en devenir, qui devront aussi bien apprendre à connaître leur embarcation que les éléments extérieurs. "On n'a pas le sens du jeu, comme dans les autres disciplines. En voile, il faut d'abord apprendre les règles avant de pouvoir en profiter. Entre la sécurité, la technique… cela prend du temps", précise Paolo Ghione. 

Sur leurs voiliers spécial débutants - des Bug pour les plus jeunes et des Omega à partir de 11/12 ans - les  aspirants marins commencent d’abord par s'approprier "les sensations sur le bateau, puis la direction, c'est-à-dire tirer le gouvernail, maintenir un cap, sans un compas, sans rien et donc trouver des repères. Enfin, vient la propulsion, et pour certains déjà apprendre à observer et à déterminer la direction du vent". Au niveau 2, les choses se corsent déjà légèrement pour les apprentis moussaillons. "Une fois la propulsion, la direction et l'équilibre acquis, si on ne veut pas aller en Corse, il faut apprendre les manœuvres. On commence à parler de virements de bord, des allures et des empennages", ajoute le directeur de la section. 

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"Enfin, pour le niveau 3, nous recherchons vraiment l'autonomie : être capable de gérer les différentes conditions météo, ce qui implique des notions de micro-météorologie appliquées à un plan d'eau. Il faut également pouvoir faire des réglages en fonction du vent, et de les adapter aux conditions en mer." Ces trois niveaux d'apprentissage, on les retrouve également pour les adultes qui, eux-aussi ont leur école de voile, les samedis après-midi. "De plus en plus on essaie d'accompagner la formation des adultes vers la pré-compét'. Les trois niveaux se font sur Omega, au-delà on passe sur les J/70", souligne Paolo Ghione.

Vers l'excellence

Une fois les acquis validés, pour ceux qui veulent aller plus loin, il ne reste plus qu'à passer le cap de la compétition. Et généralement, la transition se fait naturellement une fois le niveau 3 validé, au bout d'un an ou deux. "Le parcours le plus classique, c'est un jeune qui vient nous voir au niveau Seadventure (voir encadré), avant de rentrer à 7 ans à l'école de voile et de s'inscrire en Optimist à 8/9 ans", explique Paolo. Mais comme toutes les règles, celle-ci souffre d'exceptions. Et dans ce sport à maturité tardive, il n'est pas impossible de commencer à l'adolescence, "de passer à la compétition à 18 ans et de performer à 24". A l'image de Jérémy Moutout, qui a commencé la voile à 15 ans, après des années de ski, et vise aujourd’hui la qualification olympique pour 2020 ou 2024 en Laser standard.

En compétition, exit les Bug et les Omega. Les régatiers en devenir font leurs premières armes en solo sur des Optimist, un support très formateur sur lequel ont commencé nombre des compétiteurs de renom. Ensuite, vers 14-15 ans, changement de format, ils optent soit pour le Laser, en solo, soit pour le Nacra 15, en double (équipages masculins, féminins ou mixtes). Deux séries qui dans leur format "adulte" se veulent olympiques (Laser standard pour les hommes, Laser 4.7 pour les femmes et Nacra 17). 

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"Certains préfèrent les Laser ou l'on navigue seul. Le bateau est très simple, on ne peut y changer que peu de choses, du coup pour se distinguer on doit être au top physiquement et mentalement. C'est un bateau très formateur dans lequel se sont affirmés la presque totalité des grands champions, tacticiens et barreurs de l'America's Cup", souligne Paolo Ghione. "Le Nacra, lui, est moins tactique, mais beaucoup plus dynamique. Il ne faut pas virer de bord à toutes les rafales, mais aller vite. C'est amusant, c'est double trappé. Cela nécessite donc une bonne cohésion entre les équipiers et une bonne communication." Le club possède également deux équipes de jeunes évoluant en J/70, l'une des séries phares du club.

Au total, ils sont aujourd'hui une cinquantaine de jeunes à représenter les couleurs du Yacht Club à travers le monde, sans oublier la centaine d'adultes qui s'illustrent très régulièrement, aussi bien à domicile qu'à l'international, sur divers supports comme les Melges, les Smeralda 888, SB20, TP52, RC44, Swan… C'est d'ailleurs cette multiplicité des supports et des courses, qui fait la richesse du Yacht Club de Monaco. "C'est l'unique club au monde où l'on propose presque toutes les disciplines de la voile : les courses au large, la monotypie, la voile légère, les séries olympiques, le kite…", souligne Paolo Ghione. Les amateurs de nautisme n'ont que l'embarras du choix.

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Et pourquoi pas une Seadventure ?

Aux amateurs de voile et de sports en mer, la section sportive propose également pendant les vacances scolaires un tout autre programme : les Seadventure camp. Réservés aux jeunes de 6 à 15 ans, ces stages d'une semaine placent la mer au cœur des activités. Tout un travail "sur l'eau, dans l'eau et avec l'eau", explique Paolo Ghione. "On a compris que pour être bien sur un bateau, il faut être à l'aise dans l'eau. Ils savent nager à la piscine, ils ont tous le certificat de natation, mais certains s'inquiètent quand ils sont en mer". Au programme, des ateliers ludiques pour apprendre à monter sur un radeau ou à passer au-dessus d'un bateau se mêlent ainsi aux sorties en voile, padel, kayak, natation, jeux gonflable… De quoi apprendre en s'amusant. Le club organise également des Seadventure week : une semaine de navigation à bord d'un voilier destinée aux plus grands, à partir de 12 ans.


Première promotion pour la Monaco Sport Academy

Fin 2018, la traditionnelle soirée sportive de fin d'année a été l'occasion d'annoncer le dernier projet en date : la Monaco Sport Academy. Une structure destinée aux Monégasques, résidents ou membres du club, âgés de 10 à 22 ans et qui vise à accompagner des jeunes sportifs de haut niveau dans leur parcours sportif, scolaire et personnel avec pour but de leur permettre d'atteindre l'excellence. Onze marins ont rejoint la première promotion, dont notamment Jérémy Moutout (Laser), Alexander Ehlen (Kitesurf), Lisa Caussin-Battaglia (jet à bras) ou encore Leonardo Bonelli (Optimist). Au sein de la Monaco Sport Academy, ces jeunes athlètes bénéficieront de l'accompagnement personnalisé d'un pôle technique composé d'un médecin coordinateur, sophrologue, coach physique et coach mental. Cette structure est financée par des membres donateurs, rassemblés au sein d’un comité présidé par Philippe Ghanem.