Championnat d'Europe de 470 :  première !

Du 6 au 13 mai, le Yacht Club de Monaco a accueilli le Championnat d'Europe des 470. Une première pour la Principauté qui n'avait jamais organisé un événement de telle envergure pour ce dériveur olympique en double parmi les plus techniques au monde.

En matière d'organisation d'événements sportifs de haut vol, la réputation du Yacht Club de Monaco n'est certainement plus à faire. De la Classic Week, qui fera son retour en septembre, à la 2K Team Race en J/70, sans oublier ses rendez-vous hivernaux, les Monaco Sportsboat Winter Series, les régates se suivent mais ne se ressemblent pas.

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En ce début du mois de mai, alors que les derniers préparatifs du E-Prix battaient leur plein sur le port Hercule, près d'une centaine de "Quat' Sept" - le surnom donné au dériveur olympique 470 – prenaient leurs quartiers devant le Yacht Club pour les championnats d'Europe 2017 de leur catégorie. En préparation depuis près d'un an, la Principauté doit cette compétition à Nino Shmueli, le vice-président du comité de direction de la 470 Class Association en charge des évènements de cette caste. "Je connais Monaco avec deux autres de ses séries – la Primo Cup et les Monaco Sportsboat Winter Series. En octobre dernier, j'ai également conduit un séminaire sur la direction de courses, en ma qualité de world sailing instructor", explique le vice-président de cette association internationale, basée en France. "J'ai pensé que cela serait quelque chose de vraiment unique pour cette classe olympique de venir à Monaco, et aussi pour le Yacht Club qui n'avait jamais reçu d'événement de telle envergure dans cette catégorie". 

Après le championnat d'Europe de J/70 et l'Europa Cup de Laser, le Yacht Club poursuit donc dans sa politique sportive d'envergure mondiale. "Cette régate montre notre implication dans l'olympisme et dans les classes qui sont internationales", souligne Bernard d'Alessandri, secrétaire général de l'institution monégasque.

Drapeaux au vent

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Pour l'occasion, le Yacht Club s'était paré des drapeaux nationaux des participants. Français,Israélien, Australien, Chinois, Néerlandais… "C'est un championnat d'Europe open, ouvert à tous les pays du monde, sans limite de nombre, ni pré-sélection", explique Nino Shmueli. Et ils étaient 180 marins, soit 90 équipages au total, venus de 26 nations et "des six continents". Parmi eux, près du tiers étaient présents aux derniers JO dont notamment les Néerlandaises Afrodite Zegers et Anneloes van Veen, 4es à Rio et favorite de l'étape monégasque, ou encore les vice-champions olympiques australiens, Matthew Belcher et Will Ryan. "On s'était dit qu'on irait peut-être plus doucement cette année mais c'est reparti sur les chapeaux de roue", souligne Afrodite Zegers. "Nous avons recommencé en janvier à Miami et fait toutes les Coupes du monde depuis. Ce rendez-vous, c'est l'un de nos grands événements. Parfait pour évaluer notre niveau et celui de nos concurrents et faire des ajustements avant le championnat du monde de juillet". 

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Car quelques mois seulement après les Jeux Olympiques de Rio, si certains sont encore en pause, nombreux sont les régatiers qui ont repris le chemin des grandes étendues marines. "Tous ceux qui sont là aujourd'hui commencent déjà leur préparation pour les J.O. de Tokyo 2020. C'est la toute première année d'un cycle de trois ans, qui les conduira jusqu'aux phases qualificatives. Seuls 20 pays seront ensuite sélectionnés", souligne le vice-président, pour qui cet événement était également l'occasion d'admirer les débuts des nouveaux espoirs de la discipline. "Ils sont très prometteurs. Cette nouvelle génération est vraiment unique et déjà professionnelle", observe Nino Shmueli, qui lui aussi revient de Rio, où il était en charge de l'organisation des régates, en tant que "Principal Race Officer".

Une unité très technique

Sur les quais, chaque matin, l'effervescence était de mise. Et le rituel toujours le même. Tandis que certains se réveillaient tranquillement autour d'un café au soleil, les plus courageux effectuaient les dernières vérifications du bateau et les premiers réglages avant de se tenir prêts à prendre la mer, au signal du comité de course. Alors que nous naviguions entre les bateaux, certains visages nous ont paru bien jeunes. "De manière générale, on peut commencer vers 18-19 ans. Mais il faut bien trois-quatre ans pour comprendre précisément comment manœuvrer le 470, car c'est l'une des unités les plus techniques au monde".

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En effet, "c'est un bateau élitiste", nous confirme Guillaume Pirouelle, de l'équipe de France de voile que l'on retrouvait sur les quais. Ce jeune marin de 21 ans, qui court en 470 depuis cinq ans, faisait pour la toute première fois équipe avec l’expérimenté olympien Jérémie Mion. "Tout le monde peut en faire, mais pas au plus haut niveau. Ce ne sont que des petits détails mais qui font une grande différence à la fin". C'est sans doute pour cela que ce dériveur en double, créé en France dans les années 60 par André Cornu, est aujourd'hui la plus ancienne classe des épreuves olympiques de voile. Après avoir fait son apparition aux JO de Montréal en 1976 en tant que discipline mixte, elle voit les hommes et les femmes séparés dès Calgary en 1988. Mais, contrairement à toutes les autres classes, en 470, les bateaux - comme les règles d'ailleurs - "sont les mêmes aussi bien pour les hommes que pour les femmes", précise Nino Shmueli. 

Sur le quai bien encombré du Yacht Club, difficile d'ailleurs de faire la distinction dans cette brochette d'embarcations blanches parfaitement alignées. Seuls les sponsors et les numéros – et parfois quelques anneaux olympiques donnaient un indice sur le lieu de provenance. Et pourtant, ce bateau "correspond à une jauge, qui est quand même assez ouverte. Il existe de petites différences entre les dériveurs. Il y a plusieurs constructeurs, les coques ne sont pas similaires. Ça se joue à des millimètres, mais cela peut changer beaucoup de choses", explique Guillaume Pirouelle. "Notre travail est d'essayer plusieurs bateaux, plusieurs voiles… les mâts non plus ne sont pas tous pareils. Il n'existe pas un matériel meilleur qu'un autre, il est juste choisi en fonction des préférences de chacun".

Format inédit

Et en 470, tout se joue donc au talent et à la bonne stratégie des deux coéquipiers. Sous les "yeux" des deux superyachts "A", spectateurs aussi inattendus qu'insolites, les régatiers ont vécu cinq jours de compétition intenses sur un format identique à celui des derniers JO. Alors que le premier week-end était consacré à la cérémonie d'ouverture et aux premiers entraînements, sur un plan d'eau "compliqué" qu'ils ne connaissaient pas, les 90 équipages entraient dès le lundi dans le vif du sujet avec les qualifications. Au programme, deux jours de course pendant lesquels hommes et femmes se sont succédés au pied du Musée Océanographique pour tenter d'accrocher les finales. Puis l'apothéose de la semaine, la "medal race", qui réunissait seulement les dix meilleurs concurrents des phases précédentes. "C'est une course vraiment unique, qui dure seulement 20 minutes. C'est une épreuve difficile, parce qu'elle est très courte. Les régatiers montent et descendent par deux fois, entre deux bouées. Les points sont doublés pour cette manche et s'additionnent à ceux des épreuves finales, ce qui laisse une chance de battre les premiers au classement. C'est vraiment très ouvert jusqu'à la fin", souligne Nino Shmueli.

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Si les conditions ont été idéales et variées toutes la semaine, avec aussi bien du petit temps que de grosses rafales et de la houle, malheureusement, malgré de nombreux efforts pour trouver un brin d'air suffisant, le comité de course a dû se résoudre le samedi à annuler la Medal Race. Le classement du vendredi devenant ainsi le palmarès final, qui a vu le sacre des Néerlandaises et du leader mondial suédois chez les hommes. Les deux Français Guillaume Pirouelle et Jérémie Mion terminent, eux, deuxièmes. "Nous savons que l'absence de vent peut arriver en voile. Mais nous avons eu neuf courses au total. Rien n'a eu lieu par erreur. Les cinq premiers ici sont dans le Top 5 mondial. Nous ne sommes pas surpris du classement final", précise le vice-président, qui repart de la Principauté satisfait et la tête pleine de projets. "L'accueil que le club nous a réservé, à nous comme aux marins, est exceptionnel. Les installations font partie des meilleures que nous avons jamais eues. Je pense que nous sommes en train de construire ici de très forts liens d'amitié. Et je suis sûr que nous reviendrons". Affaire à suivre donc !

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