Vers l’Everest des mers

Parmi les neuf voiliers engagés dans cette Monaco Globe Series, il y en a un qui jouait à domicile : Malizia II. A son bord, Pierre Casiraghi et Boris Herrmann qui, depuis l’acquisition du voilier en 2017, ne cachent pas leur prochain but : le Vendée Globe 2020.

Avec sa large coque gris clair estampillée Yacht Club de Monaco, ses foils rouges et sa longue silhouette moderne et élancée, difficile de ne pas remarquer l'IMOCA 60 Malizia II lorsque celui-ci est amarré au port Hercule. Un an tout juste après son arrivée en Principauté, le nouveau vaisseau amiral du Yacht Club de Monaco taille sa route et enchaîne les régates, avec pour ambitieux objectif : être le premier bateau monégasque à participer au Vendée Globe.

Un team avant tout

Ils ont beau être totalement différents, aussi bien dans la forme que dans leur ambition, impossible de dissocier l'histoire de Malizia, le GC32 de celle son homonyme, l'IMOCA 60. Après avoir monté ensemble l'équipe du catamaran à foils avant-gardiste, c'est un nouveau défi, et pas des moindres, que se sont lancés Pierre Casiraghi et Boris Herrmann : le Vendée Globe 2020. La suite d'une véritable aventure sportive et humaine, mais surtout l'histoire d'une solide amitié entre deux hommes, deux passionnés de voile, née en 2013 sur le "Maserati" de Giovanni Soldini (membre du YCM) lors de la Transatlantique "Cape Town to Rio". 

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"Pour Boris, c’est un rêve de toujours et ça me fait plaisir de l’accompagner dans ce rêve", confie Pierre Casiraghi, à la tête du projet et vice-président du Yacht Club de Monaco. Et c'est tout aussi naturellement que l'IMOCA 60 a pris le nom de Malizia II. "C'était l'évolution de l'idée de Pierre, celle de créer une équipe avec ce nom. Je trouve d'ailleurs que c'était une idée magnifique, surtout lorsqu'il explique l'histoire de Monaco qu'il connaît si bien. Pierre était également très intéressé par ces monocoques des plus modernes. C'était logique de rester ensemble et de poursuivre ce que l'on avait déjà commencé. C'est cela l'histoire Malizia", expliquait son coéquipier au printemps dernier, lors de l'arrivée de l'IMOCA 60 en Principauté.

Un bateau prédestiné

C’est Boris Herrmann qui s'attellera donc à ce tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance. Le rêve de toute une vie pour cet Allemand, tombé tout jeune dans le nautisme, et qui a découvert le Vendée Globe à l'âge de 16 ans. Devenu marin professionnel, il a multiplié les casquettes mais aussi les expériences : une première mini-transat en solo à 19 ans, un tour du monde victorieux en double… Un parcours de poids pour tout marin souhaitant s'attaquer à "l'Everest des mers". Et c'est d'ailleurs lors de la dernière édition que tout s'accélère. Il y a deux ans, il rencontre un mécène allemand, avec qui ils assistent au départ aux Sables d'Olonne. "Il a vu le soutien du Yacht Club et de Pierre, que nous avions une structure, des idées et de bonnes pistes pour le sponsoring, et il a décidé de prendre le risque de financer le bateau", précisait le navigateur.

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 Après avoir visité plusieurs bateaux, c'est sur l'IMOCA Gitana 16 que se porte leur choix. L'unité qu’il juge la plus aboutie avec sa structure légère en carbone, son centre de gravité très bas et son cockpit ergonomique. Un choix symbolique puisque ce 60 pieds appartenait auparavant à Sébastien Josse, qui a tiré ses premiers bords avec le club de la Principauté. Depuis, l'IMOCA à foils fait le bonheur de ses deux marins. "C’est un super bateau", confirmait Pierre Casiraghi, après les Monaco Globe Series, sa deuxième régate à bord. "On doit encore affiner certains points dans la gestion de l’équipe et dans celle du bateau. Mais il marche très bien. Dans certaines conditions, au travers ou au portant, il va très vite. C'est plus difficile quand il y a moins de vent. On l’a vu à l’arrivée de la course où on était complètement arrêté. Mais on apprend à chaque fois à connaître ce bateau et comment l’exploiter correctement."

Première transat en solitaire

Depuis l'arrivée de Malizia II, Boris Herrmann aligne les compétitions et les bons résultats. En août dernier, il a enchaîné la Rolex Fast Net, avec Pierre Casiraghi où ils ont terminé 3es, puis la Palermo –Monte-Carlo, l'épreuve emblématique du YCM. En novembre 2017, c'est tout près du podium qu'il finit la Transat Jacques Vabre, avec Thomas Ruyant. Pour tenter de se qualifier au Vendée Globe, le navigateur allemand sait qu'il doit engranger le plus de miles possible. "Il faut bien connaître le bateau, ses faiblesses, les petits points qui peuvent casser… Une petite poulie, un câble, une prise, un switch, tout peut arrêter cette course. Donc, au mieux on le connaît, au mieux c’est. On est peut-être l’IMOCA qui navigue le plus en ce moment. On essaie de se mettre dans la meilleure position pour faire des résultats." Rien que cette année, Boris Herrmann ambitionne donc de parcourir 21 000 milles, ce qui représente environ 100 jours en mer. 

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A toutes les épreuves de l’IMOCA Globe Series s'ajouteront ainsi des tentatives de records. "On va aussi participer à une course entre les Bermudes et Hambourg en juillet", soulignait le skipper allemand au lendemain des Monaco Globe Series, juste avant son départ pour une "transat'" d'entraînement en solitaire entre Gibraltar et les Bermudes. De quoi se mettre en condition pour l'épreuve la plus importante de l'année : sa toute première transatlantique en solitaire à l'occasion de la Route du Rhum en novembre prochain. Un parcours de longue haleine qui devrait bien occuper les deux complices jusqu'en 2020.

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