GC32 Malizia : acte 1

Après une première saison réussie, l'équipage du Malizia, barré par Pierre Casiraghi, s'apprête à prendre des vacances bien méritées. Retour sur cette aventure qui les a vu naviguer sur les flots européens.

A l'orée de l'année 2016, le sport nautique monégasque a vu poindre un nouveau navire à l'horizon, avec l'arrivée du dénommé Malizia dans la catégorie des GC32 (catamaran de 32 pieds avec un foil lui permettant de décoller et trois voiles). Petit dernier arrivé dans la flotte du Yacht Club de Monaco, le catamaran barré par Pierre Casiraghi a effectué sa première saison dans le GC32 Racing Tour, un circuit de cinq étapes dans les eaux européennes. Avec une sixième place à la clé, l'équipage international a réalisé une très belle première saison. S'il leur reste encore quelques courses lors des Monaco Sportboat Winter Series, la fin de saison est proche. L'occasion pour Code Sport Monaco de revenir sur cette aventure qui est née du désir conjugué de Pierre Casiraghi et du Yacht Club de Monaco. 

Une histoire de désir

Navigateur depuis de nombreuses années maintenant (voir son portrait p. 46-47), Pierre Casiraghi était à la recherche d'un nouveau défi depuis quelques temps. "L'aventure Malizia est le fruit de plusieurs paramètres. Je cherchais un support depuis quelques années pour faire un championnat de voile mais je n'arrivais pas à en trouver un qui me corresponde", confie cet amoureux de la mer. Alors que la majeure partie des bateaux n'était pas en mesure de lui apporter ce qu'il recherchait, notamment par rapport à l'implication que cela peut demander, que ce soit en terme de temps mais aussi d'investissements, l'éclaircie est venue d'une nouvelle gamme émergente. "Les GC32 ont commencé à naviguer il y a 2-3 ans et j'ai commencé à suivre ces nouveaux bateaux, même si je n'avais jamais fait de catamaran auparavant", détaille Pierre Casiraghi. 

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Toujours à la recherche de nouveaux défis et poussé par le Yacht Club de Monaco, qui recherchait également un support pour représenter le club, le jeune homme a décidé de se lancer en voyant l'importance que pouvait prendre cette nouvelle classe de navire. "Je trouvais que c'était le plus extrême, le plus à la pointe de ce qui se fait, ce qui était très motivant pour moi. Quand j'ai vu que les Extreme Sailing Series, qui sont un peu la référence en matière de championnat international, avec beaucoup de marins expérimentés, passaient en GC32, je me suis dit que ça allait devenir solide." Il n'en fallait donc pas plus pour que l'aventure Malizia ne se mette en marche.

Un équipage solide

Mais avant de lancer concrètement les choses, il fallait tout de même trouver les personnes qui allaient composer l'équipage du bateau. Le premier à rejoindre le "crew" est un ami de Pierre Casiraghi, Boris Herrmann, un navigateur allemand doté d'une grande expérience (3 tours du monde, 10 records du monde). "Il venait de rentrer de son Trophée Jules Verne, le tour du monde sans escale, et je pense qu'il en avait un peu assez de faire de la course au large, donc on a monté l'équipe ensemble." Pour naviguer en GC 32, cinq personnes sont à bord. Le coach reste en arrière pour observer et corriger les défauts tandis qu'un plongeur de sécurité et deux à trois techniciens sont également essentiels à l'équipe. "A l'époque, il n'y avait que 5 GC32 qui avaient fait un championnat. Il n'y avait donc pas beaucoup de marins expérimentés sur ce type de bateaux. J'avais été faire une course à Kiel, en Allemagne et j'ai rencontré Richard Mason, qui sortait d'une demi-saison en GC32 et qui est un pur talent malgré son jeune âge (28 ans). Je lui ai dit qu'on envisageait de se lancer et que si ça se faisait, on l'appelerait. Ce qu'on a fait quelques semaines plus tard."

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Sur les conseils de Mason, Malizia recrute Adam Piggott, membre de l'équipe Red Bull et il ne manque alors plus qu'un tacticien. "Mais il n'y en avait plus beaucoup de disponibles, puisque nous étions à ce moment-là au mois de février et que la compétition débutait en mai", nous glisse en riant Pierre Casiraghi. Il faut cependant croire que l'horizon était dégagé puisque Sébastien Col était libre. "Il a un très beau palmarès et avait déjà fait lui-aussi une demi-saison en GC32. Il était ok pour nous rejoindre, mais seulement s'il venait avec son coach. Ce qui nous arrangeait puisque de fait, on n'avait pas besoin d'en trouver un." L'équipage, auquel un chef cuisinier s'est ajouté, "parce que c'est quand même plus agréable que d'aller au restaurant tous les jours", était donc au complet, même si un élément inattendu a fini par rejoindre la troupe. "On a une mascotte, mon chien, Uma. J'adore l'avoir avec moi et elle aime aussi m'accompagner. Elle est cool avec tout le monde et elle adore l'eau, donc elle est venue avec moi la première fois. Elle est montée sur le tender (bateau de soutien logistique) et est restée aux pieds du coach. Il n'y a qu'une course où elle n'est pas venue et tout le monde s'en est plaint", se rappelle Pierre Casiraghi. 

Une première satisfaisante

Alors que l'équipage se formait, le bateau était lui aussi en construction. Commandé en janvier, livré en février, le skipper monégasque l'a essayé pour la première dans les eaux bretonnes à la livraison. Après une nouvelle session d'entraînement en mars, la version définitive a été livrée 10 jours avant la première course, en mai. Pas de quoi poser souci à Pierre Casiraghi qui était sûr de son coup dès le départ. "En décembre 2015, on a décidé de se lancer et je n'avais même pas essayé le bateau avant de le commander, je me suis simplement dit que ça devait marcher." Et si certains mettent parfois du temps à trouver un nom à leur navire, cette partie-là a sans doute été la plus aisée pour le fils de la Princesse Caroline. "Il y a quelques années, lorsque je faisais une course en Melges 32 à Miami, le tacticien qui était à bord avec moi m'avait demandé comment j'appellerais mon bateau si j'en avais un. J'y ai réfléchi et j'ai tout de suite pensé à Malizia. Je trouve que c'est un super nom pour un bateau, à Monaco ça représente beaucoup de choses pour nous et puis c'est sympa, c'est un clin d'œil à la Principauté. Et il faut aussi avoir un peu de malice sur un bateau." 

Bateau livré, équipage au complet, nom trouvé, il ne restait donc plus qu'à débuter la compétition. Et pour une première, force est de constater que le bilan est plus que positif. Avec une sixième place au général (5e ex-æquo avec le Team Engie, sur onze équipages), Pierre Casiraghi a de quoi se montrer satisfait, même s'il compte bien faire mieux à l'avenir. "Je suis très content, j'ai eu plein de découvertes, je n'avais jamais barré de catamaran ou de bateau à foil avant, donc au début je devais apprendre assez vite. Je pense que l'équipe a été super forte, j'ai eu des hauts et des bas, j'ai fait de très bonnes courses et d'autres un peu moins bien, avec de bons départs et d'autres moins bien." 

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D'autant que le niveau était très élevé, comme le confirme le skipper de Malizia. "En Italie par exemple, il y avait 8 médailles d'or aux JO, trois coupes America, c'était comme jouer au football contre Ronaldo ou Messi." Malgré un accident qui aurait pu leur coûter cher, mais qui a permis de renforcer la sécurité sur le championnat, "nos bateaux vont très vite, on est monté jusqu'à 38 nœuds (environ 70 km/h), donc c'est dangereux car on n'a pas la possibilité de s'arrêter, nos angles sont très serrés, si on s'écarte trop à cette vitesse-là, le bateau se retourne", Pierre Casiraghi retient surtout ces moments où "l'on gagne, quand ça se passe bien. Je suis à l'arrière du bateau et quand je vois les gars qui se donnent à fond, sont en rythme, c'est génial, surtout quand ça a payé au niveau des résultats." Des résultats qu'il compte bien améliorer dès la saison prochaine. Mais avant ça, tout le monde aura bien mérité un peu de repos, avant la reprise des entraînements en février. 

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