"Mon objectif premier est toujours la sécurité"

Pour Alfredo Ricci, la Palermo - Monte-Carlo a encore tenu toutes ses promesses. Avec deux records battus cette année, le temps de traversée et nombre d'équipages engagés, cette 11e édition est sans aucun doute, pour son directeur de course, la meilleure édition à ce jour.

Alfredo Ricci a la voile et la mer dans le sang. Troisième génération d'une famille de marins, la mer est, depuis ses quatre ans, son terrain de jeu. Cet "umpire" (arbitre) international, qui a notamment arbitré deux Jeux Olympiques et une coupe America, est depuis 2011, le directeur de course de la Palermo - Monte-Carlo. 

Alfredo Ricci Pa Mo 2015 539

 Quel est le rôle d'un directeur de course ? 

Mon objectif premier est toujours la sécurité, c'est le point le plus important dans l'organisation d'une telle régate. Quand on organise une régate hauturière depuis Mondello (Sicile) jusqu'à Monaco, en passant par le checkpoint de Porto Cervo (nord-est de la Sardaigne), il y a beaucoup plus de choses qui peuvent mal tourner que lors d'une course côtière. Pour cette raison, nous avons un partenaire, Intermatica, qui équipe tous les bateaux d'un tracker satellite. Cela nous permet de tout savoir et de suivre toutes les unités : la vitesse du bateau, sa distance depuis Porto Cervo, la distance qu'il reste à parcourir jusqu'au point d'arrivée, les bateaux qui sont autour. Ce système nous permet d'ailleurs de proposer au public un site internet qui lui permet également de suivre la progression des équipages en direct. C'est un outil intéressant pour promouvoir la voile, et la rendre accessible au reste du monde. 

Comment se déroule la course ? 

Le jour du départ de Mondello, les bateaux effectuent une parade d'un mile nautique devant les spectateurs avant de revenir sur la ligne de départ. Puis ils s'élancent en direction de Porto Cervo. Là-bas, ils doivent passer un checkpoint obligatoire, situé en face de la marina. Et après cela, seule la ligne d'arrivée, à Monaco, compte. Les équipages sont libres de choisir s'ils veulent contourner la Corse par la droite ou par la gauche. 

 Si le tracé est libre, chaque équipage doit avoir une stratégie pour arriver au plus vite ? 

La première chose qu'ils vérifient, ce sont les prévisions météorologiques. Il ne faut pas oublier que ces équipages sont professionnels, et parmi les meilleurs. Regardons le parcours du vainqueur, Esimit Europa 2 (battant pavillon du Yacht Club de Monaco, ndlr), déjà vainqueur d'une précédente édition : à un moment, après avoir quitté la Corse, il vire sur la droite. Une alerte météo leur a indiqué que s'ils se dirigeaient droit vers Monte-Carlo, ils s'engouffreraient dans ce que nous appelons une bulle anticyclonique. Et qu'en gardant cette direction pendant un moment, cette pression se dissiperait grâce à l'arrivée d'une nouvelle brise. Cela ressemble un peu à de la magie, mais de toute évidence, la météo, c'est un peu cela. C'est pour cela qu'on les appelle des prévisions et non pas des certitudes (rires) ! Mais, c'est un équipage de haut niveau. Ils ont essayé et réussi. Ils ont contourné cette bulle et sont arrivés à Monaco en très bon état. 

Comment sont sélectionnés les équipages ? 

Tout d'abord, les bateaux doivent avoir quelques spécificités techniques. Ils doivent mesurer au moins 9,5 mètres de long. C'est obligatoire, nous ne pouvons pas prendre des bateaux plus courts pour ce type de course. Ensuite, les équipages doivent également présenter un certificat de conformité valide (voir encadré).

Comment s'est passée la course ? 

Cette année, nous avons une agréable petite brise venant du sud qui a poussé les petits navires beaucoup plus vite. La course a commencé le 21 août à midi. L'heure limite d'arrivée était fixée le 26 à 12h. Tous les bateaux sont arrivés avant 22h30 le 25 août. Seulement quatre équipes ont abandonné, ce qui est vraiment peu pour une course hautière de ce genre. Cela veut dire que les gens savent maintenant que leur bateau doit être préparé correctement, qu'ils doivent s'entourer du bon équipage et qu'il faut être correctement préparé. Mais, les équipages ont également dû affronter quelques orages durant la course. 

Quels sont les points délicats à gérer ?

Les Bouches de Bonifacio, ce bras de mer qui sépare la Sardaigne de la Corse. S'il y a du vent là-bas, de l'ordre 35 à 55 noeuds, les vagues peuvent être géantes, comme on ne pourrait pas l'imaginer en Méditerranée. 

Des jeunes de la section sportive ont pris part à la course, quel regard portez-vous sur leur participation ? 

 Je me rappelle quand j'avais leur âge et que je réalisais cela avec ma famille. C'est quelque chose que l'on ne peut décrire. On est tellement heureux, tellement impliqués dans la vie du bateau. La performance de ces jeunes est une belle récompense pour eux. Ils le méritent, cela ne fait aucun doute.

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Pour être conforme

Le certificat de jauge ou de conformité permet d'évaluer les performances relatives de voiliers de taille et de conception différentes et de déterminer le handicap sportif de chacun. Le classement final d'une régate est ensuite établi en compensant le temps réel par un facteur de correction.