Dossier

29e Primo Cup :  ballet de voilures

La 29e Primo Cup - Trophée Crédit Suisse a offert deux week-ends ventés aux quelque 600 marins venus spécialement pour l’événement. Les 130 équipages en ressortent ravis après un total de onze manches. Comme chaque année, la compétition marque l'ouverture de la saison 2013 de yachting international.

Grand bleu sur la baie de Monaco. Il est seulement 9 heures, et alors que le soleil prend son service, les régatiers sont déjà en branle. On les soupçonne d’avoir connu un lever fort matinal. Bruits de voile qu’on déplie ou qu’on enroule méticuleusement, voix robotisées échappées de talkie-walkies, mâts qui tintent... Les alentours du Yacht club de Monaco se préparent à inaugurer une nouvelle saison de voile. On tire, on tend, on démêle les cordages et on hisse les voilures. Chacun est affairé, les visages affichent concentration et détermination. Le vent gratifiera-t-il les marins de sa présence ? C’est là tout le suspense de cette régate. À Monaco, tous les habitués vous le diront, ce protagoniste dont on ne peut pas se passer se fait pourtant désirer. Tantôt trop faible, tantôt trop fort, son tempérament méditerranéen lui prête rarement de demi-mesure. Pour les embarcations en lice, il est idéal de naviguer avec 20 ou 25 nœuds. Mais au-delà, cela devient plus compliqué voir impossible. 

Entre régate et luxe paisible

Lors de ces deux week-ends, neuf séries monotypes ainsi que les IRC se sont jetés à l’eau. Du vendredi 1er au dimanche 3 février, Dragon, Surprise, Longtze Premier, J/24, Star et Platu 25 se sont donné du fil à retordre. Puis du vendredi 8 au dimanche 10, ce fut le tour des IRC, des Smeralda 888, des J/70 et des SB20. Et alors que les équipages se dirigeaient vers le large, aux alentours de 9 h 30, on remarquait que le port abritait deux mondes en son sein. D’un côté, les lève-tôt prêts à en découdre avec la houle, de l’autre, les yachts qui dormaient encore, paisiblement. 

Loin d’être concernés par ce tohu-bohu de régatiers frétillants, ils se doraient la pilule, paisible et luxueux comme ils savent l’être. Le train-train quotidien, en somme. Depuis les bras de Morphée, les navires scintillants regardaient passer les organisateurs de la Primo Cup dans leur "bateau-comité". Thierry Leret, directeur de course, accompagné de plusieurs membres du jury, emmenait les grosses bouées colorées vers le lieu de la course. Elles avaient pour rôle de délimiter le parcours. Il devait aussi sonder le vent avec sa girouette anémomètre. L’appareil permet de définir sa vitesse et sa direction. Et en terme de rafale, la Primo Cup fut globalement costaude. Les équipages ont pu réaliser six manches lors du premier week-end et cinq lors du second, avec un vent dont la vitesse moyenne tournait autour de 20 nœuds. 

C’est dimanche 3 février que cela s’est un peu gâté. Avec des envolées oscillant entre 35 et 40 nœuds, il était préférable de mettre les concurrents à l’abri à Cap-Martin, là où les conditions se montraient plus douces. À d’autres moments, comme le vendredi 8, il a fallu attendre un peu. À 10 heures, les bateaux avaient beau être alignés sur la ligne de départ, la girouette anémomètre n’affichait que huit nœuds... Insuffisant, même pour les plus petits voiliers. 

Vu de la mer

1,5 mille (un mille nautique équivaut à 1,852 kilomètre), c’était la distance à parcourir pour les embarcations plus grandes, regroupées par la jauge IRC (elle permet de faire courir ensemble et de manière équitable des bateaux de tailles et de conceptions différentes). Les autres devaient emprunter un parcours d’1,2 mille. 

Un œil peu averti pouvait vite avoir l’impression de voguer au milieu d’une flotte anarchique. Toutes séries confondues, les équipages s’échauffaient, tiraient des bords et se criaient des ordres. Du russe, de l’italien, de l’anglais, du français... Un véritable bain de cultures. Mais lorsque le vent s’est laissé apprivoiser et que Thierry Leret a enfin déterminé sa direction, tout est devenu plus clair et chacun a filé droit. Le coup de trompette s’est fait entendre, signe que nous étions à une minute du départ d’une série. Au coup de pistolet, la nuée de voiles s’élançait et remontait au vent jusqu’au bout de la boucle - marqué par deux bouées à contourner - point stratégique où les embarcations devaient négocier le virage, tout en tentant de dépasser des concurrents. 

Alors qu’ils avaient le vent de côté, les marins s’apprêtaient à repartir en direction du bateau-comité. On entendait : "Prêt ? Maintenant !" Alors l’un des skippers affalait le génois et hissait le spinnaker. On le voyait s’activer et tirer le cordage qui permettrait à la grande voile de se gonfler et de prendre le vent arrière. On devinait l’équipage tendu à l’idée que la voile se déplie mal et ralentisse l’allure du voilier. Avec des départs différés, toutes les classes naviguaient ensemble. Un lieu unique pour 14 nationalités différentes regroupées sur deux week-ends.

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