Surfin' Méditerranée

Accoler surf et Méditerranée dans la même phrase, c'est convoquer le souvenir de "Brice de Nice". En d'autres termes, une vaste blague. Pourtant, depuis les années 80, les chasseurs de spots existent. Des passionnés qui attendent la vague. Et quand elle arrive…

Il y a des idées que l'on a du mal à s'ôter de l'esprit, tant elles semblent évidentes. Le Brésil serait la patrie du foot, la Chine celle du tennis de table et les États-Unis celle de tout un tas de sports incompréhensibles comme le base-ball ou le football américain. 

On vous dit "surf" ? Vous pensez à Hawaï, à la Californie ou encore à l'Australie. Les plus cocardiers d'entre vous citeront Biarritz, Hossegor ou encore Lacanau. Mais la Côte d'Azur… 

Trouver un surfeur du côté de Nice, Cannes ou Menton, ce serait aussi difficile que mettre la main sur un plagiste en Antarctique. Oui, nous sommes mauvaises langues, mais nous y croyions à peine plus que vous. Ça, c'était avant que l'un des membres du "gang" azuréen nous contacte.  

Le temps des pionniers

Originaire de Mandelieu, Jérémy Dierickx pense et vit sports de glisse. "Quand j'étais gamin, je faisais du skimboard, tu sais la petite planche que tu jettes au bord de la plage en essayant de monter dessus… Des fois, quand il y avait un peu de vent d'ouest, on allait sur les digues avec une bande de potes et on prenait quelques vagues comme ça", se rappelle avec amusement "Djé".

Nous sommes au mitan des années 80 et une petite bande de fondus de sports nautiques se penche sur cette discipline résolument cool. Du côté du Palm Beach, un magasin de matériel ouvre ses portes. 

"Il y avait un surf shop qui s'appelait New way. C'est là-bas que mon père m'a acheté ma première planche", détaille Jérémy. "À l'époque, je prenais mon vélo et je descendais à la capitainerie du port de Cannes. On pouvait récupérer les bulletins météo pour essayer d'anticiper les jours où il y aurait du mouvement."

Quand il rentre chez lui, l'ado ne lâche pas l'affaire. À partir de 1986, il dévore tous les numéros du magazine Surf session et s'en prend plein les yeux. En mer, il passe toujours plus de temps avec ceux qui ont pris la vague avant lui. 

"Les membres de la famille Vieilledent faisaient partie des pionniers. Moi, je connaissais bien Thierry, qui avait été l'un des premiers à "shooter" les grosses vagues d'Hawaï."

Toujours prêts

Ici, on est bien loin des houles mythiques de l'archipel du Pacifique. La première vertu pour bien gérer sa condition de surfeur "Made in Méditerranée" ? La patience, encore et toujours. 

Quand d'autres ont juste à prendre leur planche sous le bras sans presque se soucier de ce qui les attend du côté de l'océan, les Azuréens et Varois doivent souvent ronger leur frein. "Sur internet, il y a plusieurs sites qui permettent d'avoir des prévisions météo. 

Celui qui veut surfer ici, il faut qu'il soit relativement disponible et qu'il n'ait pas peur de faire des kilomètres. L'été, on sait que ça se passe plutôt vers l'Italie. La Méditerranée, c'est un endroit capricieux, mais il peut y avoir des journées de qualité. Il faut connaître les bons endroits, quoi…"

Attendre que Poséidon veuille bien appuyer sur le bouton "on" de son immense bain bouillonnant, cela forge les caractères. Et cela permet aussi de faire le tri entre ceux qui enfilent une combinaison pour frimer sur les photos et les véritables accros. 

Si le pain pas toujours quotidien des irréductibles azuréens prend la forme de vagues de moins d'un mètre, il arrive parfois que les affaires s'emballent, avec une houle mesurée à plus de trois mètres. Des accros, il y en a certainement plus qu'on l'imagine. Selon Jérémy Dierickx, pas moins de 400 surfeurs seraient basés dans les environs.

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Envie d'ailleurs…

La Méditerranée, c'est bien. À condition de pouvoir s'évader de temps en temps pour goûter à des spots plus excitants. En 2011 et 2012, Jérémy Dierickx a déserté les spots locaux pour participer aux championnats du monde de wakesurf. Quand on le lance sur le sujet des voyages, Jérémy Dierickx ne manque pas de suggestions. "Il y a énormément de coins à découvrir, comme le Costa Rica, le Maroc ou Bali, le Disneyland du surf. En Europe, les Açores ont un gros potentiel, ce n'est pas encore une destination très connue, ça reste un peu vierge. Même chose pour le Sri Lanka."