Monte-Carlo Rolex Masters, plus de 100 ans d'histoire

A l'occasion de la 110e édition du tournoi, Francis Truchi, directeur du Monte-Carlo Country Club retrace l'histoire du Monte-Carlo Rolex Masters. De la fin du XIXe siècle jusqu'au deuxième sacre de Novak Djokovic, retour sur plus de cent ans d'histoire.

Cette année, le Monte-Carlo Rolex Masters va se jouer pour la 110e fois. Et même s'il n'a pas toujours porté cette dénomination, sa première édition a eu lieu en 1897. Depuis, 109 tournois se sont disputés. Si tout a commencé sur un toit, les joueurs disposent aujourd'hui d'un espace dont la renommée mondiale n'est plus à faire. Avec le nec plus ultra en matière d'installations, les organisateurs améliorent d'année en année les conditions d'accueil des joueurs, mais aussi du public et des médias. C'est un chemin immense qui a été parcouru depuis la toute première édition du tournoi, en 1897…

Les prémices

Ce n'est qu'à partir des années 1881-1885 que les premières parties de tennis jouées à Monaco ont pu être datées. Une époque où ce sport alors novateur se pratiquait au Tir aux pigeons. En 1886, le Journal de Monaco propose d'ailleurs un article détaillé sur la façon dont il faut jouer au tennis. Preuve que la pratique se répand de plus en plus. C'est ensuite en 1892 que les choses accélèrent. Un terrain est aménagé derrière l'hôtel de Paris, au-dessus du toit des caves à vin de l'établissement. Il a fallu onze mois aux entrepreneurs pour réaliser ces deux courts de tennis ainsi qu'un terrain de croquet. 

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C'est ainsi qu'en 1897, le premier tournoi de tennis de l'histoire monégasque se déroule en Principauté. A l'époque, l'espace est appelé le Lawn Tennis de Monaco. Dès le départ, le tournoi se joue chez les hommes comme chez les femmes et selon deux catégories. Les tournois open, doubles et avec handicap. Les premières années sont d'ailleurs dominées par les frères Doherty, deux Britanniques qui avaient notamment brillé à Wimbledon. 

Premier déménagement

Jusqu'en 1905, le tournoi se joue donc derrière l'hôtel de Paris. Mais alors que la SBM décide un agrandissement de ses surfaces, il faut trouver un nouvel écrin pour le Lawn Tennis Club. "A cette époque, les courts de l'avenue Princesse Alice ont été abandonnés pour permettre la construction d'une annexe de l'hôtel", confirme Francis Truchi, directeur du Monte-Carlo Country Club et mémoire vivante du tournoi. "Le club a ainsi déménagé à la Condamine." En 1906, c'est la première fois que le tableau messieurs dépasse les 16 inscrits avec 18 joueurs. 

Et aussi l'une des dernières éditions où un Doherty inscrit son nom au palmarès des vainqueurs. A cette époque-là, les spectateurs pouvaient apprécier le spectacle au plus près du terrain puisqu'ils étaient installés derrière de petits filets qui longeaient les courts. Après le tournoi de 1914, remporté par Tony Wilding (en simple), pour la quatrième fois consécutive, une pause est marquée en raison de la Première Guerre Mondiale. Cependant, il ne fallut pas attendre longtemps pour le voir reprendre. 

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Car quelques mois seulement après l'armistice du 11 novembre 1918, tout redémarre en 1919. 1914 avait aussi marqué la première participation d'une certaine Suzanne Lenglen. L'Anglaise a d'ailleurs largement dominé les débats sur la terre ocre de la Principauté entre 1919 et 1926. Ces années-là ont également été marquées par la participation du roi de Suède, Gustave V, qui prenait alors le pseudonyme de Mister G. Il joua d'ailleurs un grand nombre de doubles mixtes avec Suzanne Lenglen. Au début des années 20, le tournoi se délocalise sur le toit de l'Auto-Rivera, un garage alors situé à Beausoleil. Ce sera son avant-dernier mouvement. C'est avec l'arrivée de George Butler, un Américain qui aurait fait fortune dans la cigarette, qu'une grande étape va être franchie.

L'avènement du MCCC

Féru de tennis, George Butler milite longuement auprès de la Société des Bains de Mer pour la construction d'un tennis d'envergure, qui serait ainsi en adéquation avec l'image de la Principauté. Il lui faut attendre l'automne 1926 pour voir son souhait exaucé. Un chantier colossal se met alors en place. "Monsieur Butler trouvait anormal que les champions de l'époque jouent sur un toit. Il a convaincu les dirigeants de la SBM et le gouvernement qu'il fallait un écrin digne de ces champions. En 1928, l'inauguration du Monte-Carlo Country Club a eu lieu (le 27 février 1928) en présence du Prince Louis-II et d'un parterre de têtes couronnées, dont le roi de Suède, Gustave V", précise Francis Truchi. 

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C'est donc le quartier de St-Roman qui est choisi, avec une surface de près de 2 000 m2 au départ. Pendant plus de six mois, des milliers d'ouvriers sont à pied d'œuvre pour construire ce qui va devenir le Monte-Carlo Country Club. Ces derniers ont d'ailleurs dû déplacer ou enlever plus de 25 000 m3 de terre afin de suivre les directives de l'architecte Letrosne, choisi par la SBM pour mener à bien le projet. "Cet architecte a réalisé un club très "art-déco", avec des tonnelles en béton qui ont, depuis, été détruites", se rappelle le directeur du MCCC. Ainsi, 20 courts sont réalisés, dont 12 pour la seule compétition. Un restaurant de 150 places assises est créé et des vestiaires pouvant accueillir jusqu'à 700 membres sont mis en place. 

L'époque Butler

Jusqu'à l'avènement de l'ère open, qui ne démarre qu'à la fin des années 60, toute la période précédente est marquée par la famille Butler. Si George, le père, est à l'origine de la création du MCCC, sa fille, Gloria, a pris sa succession dès l'après-guerre, en 1946. A leur retour des Etats-Unis en 1947, Gloria et sa mère se mobilisent autour d'un MCCC qui aurait pu disparaître au profit d'une série d'immeubles. La jeune Gloria, très attachée au Country Club, va même jusqu'à repeindre elle-même les chaises des arbitres. Durant cette période, de nombreux joueurs américains viennent poser leurs valises en Principauté le temps du tournoi. Et notamment Budge Patty, personnage qui a laissé un grand souvenir à Francis Truchi. 

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"A l'époque, la majeure partie des joueurs étaient des amateurs. Budge Patty par exemple, que je connais très bien, arrivait avec sa voiture à Wimbledon, remportait le tournoi et repartait de la même manière. Cet homme s'est hissé à trois reprises en finale du simple de Monaco, mais il ne l'a jamais remporté. Il a par contre gagné le double à 7 reprises." Mais c'est aussi une époque où le tournoi va connaître une grande ascension. Avec notamment la mise en place de la soirée donnée pour les joueurs. 

"C'est Madame Butler qui l'avait instaurée", précise Francis Truchi. Ce sont d'ailleurs les investissements de Gloria Butler qui ont permis au tournoi de recevoir les meilleurs joueurs du monde et notamment les Américains. Ce qui lui a donné une renommée de plus en plus grande jusqu'à l'avènement de l'ère open et l'abolition de la distinction entre joueurs amateurs et professionnels.

L'ère Open et le vrai début du professionnalisme

"Le premier tournoi de l'ère open a eu lieu à Bournemouth, en Angleterre, fin avril 1968. Et pour notre première édition sur ce format à Monaco, nous avions déjà eu un tableau relevé", se remémore Francis Truchi qui fut des années durant ramasseur de balles au MCCC.  En effet, alors que l'édition de 1968 marque la dernière année des amateurs, celle de 1969 propose un plateau très intéressant pour l'époque. On retrouve notamment des joueurs comme Pancho Segura et Pancho Gonzalez, ou encore Arthur Ashe et Tom Okker, aussi appelé le "Hollandais volant". 

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L'ère open marque l'arrivée de Prize Money de plus en plus importants. C'est d'ailleurs lors de ces premières années qu'un jeune homme répondant au nom de Zeljko Franulovic remporte le tournoi, en 1970. Aujourd'hui directeur du Monte-Carlo Rolex Masters, le Croate ne s'impose qu'une fois, mais amorce une époque où de jeunes joueurs vont venir bousculer les hiérarchies. Même si les trois années suivantes sont marquées par le règne d'Ilie Nastase, un jeune aux dents longues se prépare à arriver. Car entre 1977 et 1980, c'est un certain Bjorn Borg qui s'adjuge trois éditions sur quatre. 

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"Certains joueurs comme lui ont donné un gros coup d'accélérateur, de même que la télévision qui a commencé à retransmettre le tournoi. L'engouement qui s'est créé a contribué à faire monter les prix et de nombreux jeunes se sont lancés, chez les garçons comme chez les filles", note Francis Truchi. C'est aussi à partir de ces années-là que le double a commencé à décliner peu à peu. "Au départ, le double ne se jouait qu'entre partenaires d'une même nationalité, ce qui contribuait à son succès. Mais au fil du temps, et notamment à cause d'un joueur comme Borg qui a rapidement décidé de ne plus jouer le double, les choses ont changé. Et les contrats individuels ont commencé à arriver. Le double est ensuite passé mixte au niveau des nationalités et cela a donné les premiers signes de séparation, ce qui correspondait à une époque où le joueur était une image et non plus une équipe", détaille le directeur du MCCC. 

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Cette évolution va aussi progressivement mettre le tennis féminin de côté sur le tournoi de Monte-Carlo. "Deux circuits se sont créés, donc deux entités séparées. Et à l'époque, ça n'apportait pas beaucoup de spectateurs et comme chez nous il commençait à y avoir moins de courts, avec l'apparition du village et des tribunes sur les terrains, il aurait fallu faire le tournoi sur deux semaines, ce qui aurait été très onéreux. L'année 1979 est celle du dernier tournoi féminin."  

Evolution du sport...et des structures

Si le tennis évolue, que ce soit au niveau du jeu comme de ce qui l'entoure, avec notamment l'arrivée progressive du sponsoring, "qui a permis de mieux payer les joueurs et de faire des investissements", le MCCC a lui aussi dû se mettre au diapason. Alors qu'au départ, les tribunes étaient notamment situées face à la mer, elles ont progressivement grandi jusqu'à prendre place sur les cours entourant le central. "J'ai connu une époque où les gens étaient assis dans la pelouse ou dans la tribune sous la loge princière. Une année, nous avons commencé à installer 150 places sur le court B pour le samedi et le dimanche. La suivante, nous avons fait la même chose de l'autre côté, pour ensuite commencer à en installer dès le jeudi." 

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Et en voyant aujourd'hui les installations du MCCC, l'évolution saute aux yeux. La surface a elle aussi beaucoup changé. Avec désormais une salle de sport en sous-sol, des vestiaires professionnels, mais aussi 3 courts de plus qu'au départ, le MCCC propose des améliorations à ses champions ainsi qu'au public tous les ans. Car à une époque pas si lointaine, ce sont les membres du MCCC qui prêtaient leurs vestiaires aux joueurs. 

"Les vestiaires membres avaient une partie bloquée pour les joueurs. Certains membres rechignaient un peu à enlever leurs affaires mais ils le faisaient quand même. C'était bon enfant." Tellement bon enfant qu'en ce temps-là, les journalistes rentraient dans ces vestiaires pour faire leurs interviews, ce qui pouvait donner lieu à des scènes cocasses.

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"Un jour il y avait un journaliste qui interviewait Poisy, qui était en demi-finale, et qui disait qu'il pouvait battre Nastase. Et Nastase rentre et dit "Même pas avec un bras coupé il me bat". Nastase avait du caractère, il l'a tourné en humour, mais ce n'était pas un tendre. Les joueurs comme lui ou McEnroe ont contribué à ce qu'il y ait un règlement de tennis avec des sanctions", note Francis Truchi. Il en est allé de même pour le staff médical. "Ils ont dorénavant tout ce qu'on peut retrouver dans un grand tournoi. Avant il y avait un médecin, aujourd'hui il y en a plusieurs, des kinés, des possibilités d'effectuer des examens poussés. Mais j'ai connu un gars de La Terrasse qui était boulanger et on lui avait demandé d'aller masser Guillermo Vilas. Comme il faisait le pain, il savait faire. Un boulanger s'est retrouvé masseur de Vilas. C'est pour vous dire les progrès faits aujourd'hui." 

Le Monte-Carlo Rolex Masters va donc vivre cette année sa 110e édition. Et si le tournoi tel qu'il est aujourd'hui ne ressemble plus réellement à ce qu'il était à l'origine, il déplace toujours un peu plus les foules d'année en année. Alors rendez-vous au MCCC pour la suite de l'histoire, entre le 9 et le 17 avril. 

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