La Baronne Elizabeth-Ann de Massy, chez elle au Monte-Carlo Country Club

C'est dans son bureau, au Monte-Carlo Country Club (MCCC), que nous retrouvons Elizabeth-Ann de Massy. Présidente de la Fédération monégasque depuis 1992, et du MCCC depuis 2008, elle se sent chez elle dans le monde du tennis et n'a jamais tremblé devant les responsabilités.

Entourée de ses deux compagnons canins, Léopold et Nelson, la Baronne est revenue sur ses débuts dans ce "club de légende", comme elle aime le nommer, pour lequel elle n'a jamais cessé de vibrer.


Parlez-nous de vos premiers pas au MCCC…

Le club existe depuis 1928. Ma mère (la Princesse Antoinette de Monaco) et mon oncle, le Prince Rainier, jouaient ici. C'est là que, petite, j'ai pris mes premières leçons. C'est un deuxième chez moi. Entre 1990 et 1991, mon oncle a demandé à ma mère de s'occuper du club, qui n'évoluait pas très bien. Il lui a demandé de redresser la situation et de m'apprendre les ficelles du métier. Elle s'est entourée d'un comité d'hommes amateurs de tennis, qui connaissaient le milieu.

Par la suite, vous avez pris le relais de votre mère...

Je suis devenue présidente en 2008, mais je m'occupais déjà beaucoup du club en tant que vice-présidente. Ma mère s'était un petit peu retirée pour vaquer à d'autres activités. Le tennis m'intéressait, c'était mon sport et je me suis prise au jeu. J'aime l'ensemble de ce que je fais, avec tous ses aspects. Le côté club, associatif, avec les joueurs, les entraîneurs et les enfants. J'ai aussi le côté affaires avec les tournois. Je travaille avec les partenaires et les agents. 

N'avez-vous jamais été impressionnée d'être à la tête du club ?

Peut-être une fois, lorsqu'on a fêté le centenaire du tournoi (2006). Nous avions invité tous les anciens vainqueurs. Ils étaient tellement heureux de se retrouver ici. C'était impossible de les tenir, ils étaient comme des enfants. Le premier jour, nous les avions réunis pour un verre de bienvenue. Il y avait les (Guillermo) Vilas, (Björn) Borg, (Nicola) Pietrangeli... Et lorsque je suis arrivée, que j'ai vu ce parterre de grands champions, j'ai eu une sensation d'humilité. Je me suis dit : "Qui es-tu par rapport à ces champions ?".

Donc vous n'avez pas peur de diriger...

Peur, non. Je crois qu'il faut être sûre, mais savoir se remettre en question. Pas en public, mais en privé. Il faut toujours faire attention à ne pas s'enfermer dans une façon de faire. Il est important de beaucoup écouter autour de soi. Il y a très souvent quelque chose de vrai dans ce que nous dit l'entourage.

En tant que femme, est-il parfois difficile de faire entendre son avis ?

Je pense qu'une femme qui arriverait aujourd'hui aurait peut-être un peu plus de mal. Moi, j'ai grandi ici alors mon arrivée était naturelle. Le tennis a énormément changé depuis que je suis dans ce milieu, donc je peux dire que j'ai le privilège, en tant que dirigeant, de connaître l'historique de l'institution. J'ai la mémoire de l'évolution du tennis et cela m'aide à prendre des décisions éclairées. De temps en temps, je suis obligée d'imposer un choix, mais la plupart du temps, je fais comprendre où je veux en venir et pour quelle raison. Ça fonctionne, avec plus ou moins de facilité. J'imagine que ce serait pareil si j'étais un homme.

Quelle est la bonne manière de se comporter ?

En général, je pense que ce n'est pas bon pour une femme d'arriver dans un monde d'hommes - et le sport l'est - et de rouler des mécaniques pour s'imposer. Nous avons quand même des atouts que les hommes n'ont pas, et inversement bien sûr. Nous sommes différents, pas égaux. Nous avons plus de sensibilité, pas dans le sens larmoyant, mais nous savons capter les choses facilement.C'est un monde assez masculin, comme vous le dites. 

Le fait d'être en minorité n'a jamais été un souci ?

Je me suis retrouvée dans des assemblées générales de l'ITF où l'on devait être 190 pays représentés, et j'étais la seule femme présidente de Fédération à l'époque. Ça m'amusait, parce qu'en plus, nous étions le plus petit pays. Nous avions tout pour sortir du lot. Mais je n'ai jamais pris cela comme une fierté. Une femme doit travailler plus qu'un homme pour prouver qu'elle est aussi douée ou meilleure. Mais il ne sert à rien de fanfaronner. 

Vous aimeriez que votre fille,Mélanie-Antoinette, prenne la relève ?

Pour l'instant, oui. Lorsqu'elle est venue travailler avec moi au Comité, je n'ai pas voulu qu'elle soit vice-présidente tout de suite. J'ai d'abord souhaité qu'elle soit membre pendant deux ou trois ans pour qu'elle voie ce qu'est le terrain. Elle a pris beaucoup de ma mère et de moi dans ce domaine, elle a le sens des responsabilités. Puis elle a toujours participé. Je l'emmenais aux réunions lorsqu'elle était enfant. Maintenant, elle fait certains déplacements lors de la Coupe Davis afin de me représenter. Ce n'est pas facile, on doit parfois gérer des situations délicates, et elle s'en sort très bien.

Y a-t-il une édition du tournoi de Monte-Carlo qui vous vient à l'esprit ?

Il y a eu cette fameuse finale fantastique entre (Boris) Becker et (Thomas) Muster, en 1995. C'était mémorable. Le pauvre Becker était résident ici, et c'est un des grands tournois qu'il n'a jamais réussi à gagner. Vu son âge, tout le monde savait que c'était sa dernière chance. Mais Muster avait cette envie de vaincre. Ce qui m'a marquée chez ce joueur, c'est la volonté qu'il a eue après son accident (il s'est fait faucher par une voiture en 1989 et fut gravement blessé au genou). On lui avait dit que le tennis, c'était fini pour lui. Et alors qu'il ne remarchait pas encore, il a dit qu'il deviendrait numéro 1 mondial. Lorsque vous revenez de là, vous ne lâchez rien.

Des regrets ?

L'un de mes regrets, c'est que Federer, avec tout son palmarès n'ait jamais réussi à gagner à Monte-Carlo. Il sait que c'est difficile pour lui, c'est pour cela qu'il ne vient pas à chaque fois. L'an passé, il s'est retrouvé en finale face à Wawrinka. J'étais ravie, j'allais pouvoir avoir la plaque Federer dans la galerie des vainqueurs. J'y croyais, et je lui en ai voulu (elle rit).

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