"J'ai toujours rêvé d'être un sportif de haut niveau" - L. Catarina

Lucas Catarina est un joueur de tennis monégasque. Médaillé d'argent aux derniers Jeux Méditerranéens en 2018 à Tarragone, le jeune homme de 24 ans vise le top 250 à l'ATP. Et savoure chaque sortie sous l'étendard national.

Chez les Catarina, le sport est une histoire de famille. Petit-fils et fils de footballeur, c'est d'ailleurs par là que tout a commencé pour Lucas. Avant que la petite balle jaune ne passe par là et l'envoie aux quatre coins du monde pour y disputer des tournois.

Le football représente un grand pan de votre histoire familiale et vous l'avez également pratiqué. Comment le tennis est-il entré dans votre vie ?

Mon père est passionné de sport et j'ai toujours eu l'habitude d'en regarder beaucoup avec lui à la télé. Un jour, pendant les vacances, j'ai eu envie d'essayer un sport pour changer du foot, que je pratiquais. Je crois que c'est mon père qui a eu l'idée de me mettre à un stage du Tennis Club de Monaco. J'ai dû commencer ''assez tard'', vers 7 ans, mais c'était secondaire. Quand tu es jeune, tu as tes copains et je pensais beaucoup plus au foot. Mais j'ai continué à faire du tennis en parallèle, j'ai commencé les tournois, j'ai eu quelques bons résultats au niveau régional et vers 12-13 ans, ça commençait à être un peu compliqué de mixer les deux.

Pourquoi avoir choisi le tennis plutôt que le football, là où la voie semblait toute tracée ?

Je pense que j'avais à peu près le même niveau dans les deux sports. J'ai choisi le tennis, mais je ne l'explique pas, c'est venu comme ça. La Fédération Monégasque de Tennis, que j'ai intégré à l'âge de 10 ans, m'a pris en charge assez tôt. Le fait de sentir des personnes qui me soutenaient, prenaient soin de moi, ça m'a donné envie de continuer.

A quel moment le tennis est-il devenu plus qu'un sport pour vous ?

J'ai toujours rêvé d'être un sportif de haut niveau. Je regardais les JO, le sport à la télé, du basket, du biathlon, du ski, j'ai toujours aimé ça et j'ai toujours rêvé d'en faire mon métier. Environ deux ans avant le Bac, c'est un peu à ce moment-là que tu commences à décider de ce que tu vas faire. Et moi je voulais faire du sport. J'ai été encouragé, surtout par mon père, et avec ce qu'il a vécu, comme mon grand-père, ils m'ont donné envie de faire quelque chose dans le sport (son père a fait carrière en D2).

Si on vous dit ''tennis'', qu'est-ce qui vous vient en premier ?

C'est avant tout une passion. Je ne pense pas que je pourrais jouer autant d'heures et faire autant de sacrifices pour une chose qui ne me plaît pas, même si aujourd'hui, j'en ai fait mon métier. Il y a parfois des choses que je n'ai pas envie de faire. Je dois aller faire du physique, je n'ai pas envie, mais c'est ma passion. Je dirais expérience aussi, parce que ça m'a permis et ça me permet de vivre des choses sympas que je n'aurais sans doute pas vécues autre part.

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Quand est-ce devenu une passion ?

Je ne m'en souviens pas trop. A mes 8-9 ans, j'ai gagné pas mal de matches et ce genre de choses donne envie de continuer quand on est enfant. Si je n'avais pas gagné, ça ne m'aurait peut-être pas donné cette envie. Et j'ai quand même un esprit de compétition. L'idée du match en un contre un m'a bien plu aussi. C'est un tout qui s'est formé petit à petit. 

L'aspect individuel a-t-il particulièrement pesé ?

Je n'ai qu'une petite expérience des sports collectifs. Mais tu peux être un peu moins bon et remporter le match en te ''reposant'' sur tes partenaires. Dans le sport individuel, si tu commences à mal jouer, à ne pas être bon, tu peux vite tomber dans une mauvais spirale. Et si tu y tombes, le jour J, tu ne pourras t'appuyer sur personne. Même si tu as un bon entourage, sur le terrain, tu es seul. 

Quelle est la sensation d'une victoire en comparaison avec un sport co ?

C'est complètement différent. Je n'avais pas le même âge, etc, mais quand je gagne un match, je rentre dans ma chambre d'hôtel et je sais que je vais recevoir des messages pour me féliciter, mais je sais que cette victoire, je ne la dois qu'à moi-même. Et c'est pareil quand je perds. Il y a des hauts et des bas peut-être plus extrêmes que dans un sport co. 

La dimension mentale est un aspect important au tennis. Comment gérez-vous cela ?

Le tennis est un sport particulier parce qu'il y a des sports individuels où c'est très court, très précis, et la charge émotionnelle est peut-être moins forte pendant l'acte. Nous, ça peut durer 3 heures ! Parfois tu mènes et le mec revient, tu perds. Et la différence, entre deux joueurs de même niveau, peut se faire là-dessus. C'est aussi une leçon de vie pour ma part parce que ça permet de prendre les choses avec plus de recul dans la vie de tous les jours, d'être moins paniqué sur certaines choses.

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C'est une chose que vous avez dû travailler pour gagner en sérénité sur le court ?

Oui. Quand j'étais plus jeune, j'étais très nerveux. C'est peut-être parce que je venais du foot où dès les jeunes on s'insultait de partout sur le terrain et tu arrives au tennis, tu ne dois pas dire un mot, c'était donc compliqué au départ et ça m'a suivi pendant quelques années. Maintenant, ça va mieux, mais il m'arrive encore de perdre à cause de certains moments de nervosité. Et j'essaie de gérer ça par le travail, des petites séquences que je vais travailler avec ma préparatrice mentale, que je vais mettre en place sur le court pendant les matches. Le but est de garder son calme, essayer de se focaliser sur de la technique et sur la tactique pure, se dire "je dois faire ça en coup droit, je dois placer mon pied là", etc, et se focaliser sur le jeu au lieu de se focaliser sur ton adversaire, sur le score ou un spectateur qui t'énerve parce qu'il fait du bruit, l'arbitre qui fait une erreur, toutes ces petites choses qui peuvent être déstabilisantes.

Que ressentez-vous une fois sur le court ?

Ça dépend des jours. Je pense que le tennis, comme peut-être les sports individuels, va vraiment avec la forme et l'humeur du jour. Quand il y a quelque chose qui ne va pas en dehors du terrain, c'est compliqué de ne pas l'apporter avec toi. Je le ressens vraiment. Il y a des jours où j'ai un match important, mais je me sens super bien, donc je vais être moins tendu. D'autres jours tu es un peu plus tendu pour d'autres raisons, le ressenti est complètement différent. Mais de manière générale, il y a de la tension et de l'adrénaline, l'adrénaline est là tout le temps. L'adrénaline et les objectifs sont les deux choses fortes.

En termes d'objectifs, vous visez le top 250, mais vous représentez aussi la Principauté sur certaines compétitions internationales. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?

Ça fait partie de mes plus belles semaines. J'ai l'habitude de jouer seul avec mon coach à droite à gauche toute l'année. En étant le premier monégasque joueur de tennis, on m'a toujours fait sentir que j'étais le premier, l'entourage, le club, donc j'ai toujours eu cette fierté. Ça m'a toujours énormément tenu à cœur et j'ai une immense fierté de jouer pour Monaco. J'ai adoré les Jeux Méditerranéens (Mersin en 2013, Tarragone en 2018 où il prend l'argent), on est une quinzaine, on peut vraiment bien tous se connaître et échanger. Et la coupe Davis c'est quelque chose de particulier. Le fait qu'on soit petit, que je sois le premier, ça a toujours représenté un rêve et jouer avec les potes, c'est une expérience incroyable.


* Article issu du CSM n°50

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