Monte-Carlo 
Rolex Masters : Les pieds sur terre 
la tête dans les étoiles

Francis Truchi, le gardien du temple

Depuis sa plus tendre enfance, Francis Truchi pense et vit tennis, intensément. Une passion débordante qui l'a conduit à lier son destin avec celui du club monégasque et de son tournoi phare. En compagnie de l'actuel directeur du Monte-Carlo country club, nous avons traversé plus d'un demi-siècle en petite balle jaune.

Quand êtes-vous entré pour la première fois au Monte-Carlo country ?

En fait, mon père était responsable des hommes de court ici. Alors, disons que j'ai des souvenirs du club depuis que ma mémoire me permet d'enregistrer les choses !

Dès l'âge de 9 ans, j'ai fait le ramasseur de balles pendant le tournoi. C'était assez dur parce que sur les courts annexes, il n'y avait qu'un ramasseur. On était sur les terrains du matin au soir, pour les enfants comme moi, c'était un bonheur de voir des champions. Il n'y avait pas de télévision à l'époque. 

Vous avez rapidement pris goût à ce jeu ?

Le jeudi, quand je ne ramassais pas les balles, je m'éclipsais et j'essayais d'imiter mes idoles. À l'époque, c'était Budge Patty (un Américain vainqueur des Internationaux de France et de Wimbledon), le Belge Jacky Brichant ou Pierre Darmon (neuf fois champion de France). 

Quels épisodes de jeunesse restent encore gravés dans votre esprit ?

J'ai eu la chance de disputer la coupe Galéa à 14 ans et demi. C'était l'équivalent de la coupe Davis pour les jeunes. Je me rappelle d'avoir vraiment pris conscience de l'importance et de l'intérêt de représenter son pays. C'était la première fois que je me déplaçais à l'étranger, on avait joué à Ascoli, en Italie. J'avais quatre ou cinq ans de moins que les autres. C'est à cette occasion que j'ai fait la connaissance de Sergio Tacchini (fondateur de la marque du même nom, longtemps numéro un italien).

Vous avez également disputé Wimbledon chez les juniors…

J'avais seize ans, c'était merveilleux. Il y avait un joueur monégasque qui était plus fort que moi, mais il avait dû renoncer parce qu'il passait le Bac. J'étais parti de la gare de Monaco à 18 heures, j'étais arrivé le lendemain à Victoria station à 20 heures. On a tous eu droit à un équipement complet chez Fred Perry et des raquettes Slazenger. C'était le bonheur… Je n'avais jamais joué sur herbe, j'ai perdu dès le premier tour. 

Représenter Monaco en Coupe Davis, c'était aussi fort ?

Oui, être sélectionné, défendre les couleurs de son pays d'adoption, c'était une vraie reconnaissance. On a parfois gagné, on a parfois été écrasés… Mais on essayait toujours de se surpasser. Je me rappelle d'une rencontre au Portugal où j'avais joué le troisième simple. J'étais mené deux sets à zéro, 5-1 et 30-15 dans le troisième. Et j'ai fini par gagner trois sets à deux. Je ne pouvais pas laisser tomber.

À partir de quel moment avez-vous lié votre carrière professionnelle et votre sport fétiche ?

Je suis rentré à dix-sept ans à la BNCI, qui est devenue ensuite la BNP. Le tournoi, dirigé par M. Noat, a commencé à prendre du muscle. En parallèle, le club devenait aussi plus important. Il m'a demandé de lui donner un coup de main. Puis, à l'âge de 28 ans, on m'a proposé une première fois de devenir directeur du club. J'ai dit non.

Pour quelles raisons ?

Le club était plutôt calme. Avant, les directeurs étaient souvent des retraités, il n'y avait pas encore eu ce boom du tennis. C'était plutôt un poste "tranquillou". Je craignais un peu de m'endormir, ce n'est pas mon tempérament. Quand je suis arrivé à temps plein ici, en 1978, nous avions 828 membres, dont 28 bridgeurs. Aujourd'hui, nous sommes à 2 046 membres et 2 200 licenciés (les jeunes ne sont pas forcément membres). Puis, j'étais encore joueur et je m'occupais aussi du tournoi, en tant que directeur adjoint. Sept ans après, on m'a reproposé le poste. On m'a bien fait comprendre qu'il n'y aurait pas de troisième opportunité.

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