"Chaque détail compte"

Alain Manigley connaît le Monte-Carlo Country Club comme sa poche et le Monte-Carlo Rolex Masters (15-23 avril) avec. Le boss de la Société Monégasque pour l'Exploitation du Tournoi de Tennis (SMETT) revient sur cet événement phare de la Principauté.

Président administrateur délégué de la SMETT depuis le 14 juin 2005, Alain Manigley a fait son entrée au comité de direction du MCCC lors de son élection en tant que secrétaire général du club en 1999. Mais comme il le dit lui-même, il est "presque né ici."

Le tournoi est organisé par la SMETT mais au MCCC. Quelles sont les prérogatives de chacune des deux entités ?

La SMETT organise tout ce qui est lié au tournoi et qui se passe en Principauté, comme la grande nuit du tennis, par exemple. Il nous est arrivé de faire des expositions, des animations, tout ça est fait par la SMETT à Monaco et on a un établissement stable en France, à savoir les locaux du MCCC, puisqu'on devient locataire pendant 1 mois et le MCCC a un bail de location de 11 mois auprès de la SBM. 

Etait-il devenu nécessaire de créer une société dédiée à l'organisation du tournoi ?

Oui, parce que le tournoi était organisé auparavant par le club, qui est une association loi 1901 et on ne pouvait plus faire venir des centaines de milliers de personnes, gérer la promotion importante, la télévision. Tout cela est devenu énorme et c'était indispensable pour réussir à gérer tout ça. A une époque, c'était un tournoi merveilleux mais modeste. Il y a des années où l'on ne vendait que 40 billets avant que le tournoi commence. Là, on est déjà à plus de 40 / 50 000 tickets. 

C'est un signe de bonne santé du tournoi ?

Du tennis et du tournoi. Mais pour le tournoi, le succès, il est là, vous le voyez (il montre la vue sur la mer quand on surplombe le court Rainier-III). Sur le circuit, vous n'avez pas ça, que ce soit à Roland-Garros ou à Wimbledon. C'est ce qui fait notre force. Le cadre est unique au monde, c'est un paradis. Et l'organisation suit. Nous sommes poussés vers le haut, déjà par le sponsor titre, parce que Rolex, c'est de la très haute qualité, donc on pousse dans les détails pour faire de mieux en mieux. Dans le tennis aujourd'hui, il semble difficile de pouvoir maintenir les grands tournois sans les sponsors, notamment à cause des prize moneys donnés aux joueurs. 

Dans la situation économique mondiale actuelle, est-il plus difficile de trouver des sponsors ?

Sans les sponsors, il serait compliqué de maintenir cela car les joueurs sont gourmands, mais s'ils ne sont pas là, il n'y a rien. Pour le moment, nous avons des contrats de partenariats sur plusieurs années. Ces renouvellements de contrats sont des signes de bonne santé pour le tournoi, mais on remarque aussi que lors des spectacles internationaux, les places sont vendues en une heure de temps à des prix fantastiques, et c'est sans doute parce que les gens veulent croquer le bonheur tant qu'ils le peuvent. C'est peut-être la contrepartie de cette inquiétude. Qu'est-ce qui est le plus dur dans l'organisation du tournoi ?C'est une machine qui roule et la mécanique est bien huilée. Le plus dur, c'est de trouver des sponsors quand on en a besoin. Mais quand on les a, et qu'ils sont là pour longtemps, il n'y a pas de difficultés majeures. Après, les difficultés tombent du ciel. On a des contrats avec l'ATP qui se terminent en 2018, donc quel sera l'avenir en 2019, on ne sait pas.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez afin de proposer le plus beau plateau possible ?

Il n'y en a pas vraiment. Sur le top 10, les joueurs ont un engagement avec les autres masters 1 000 pour y participer et nous sommes le seul à ne pas avoir cet engagement. Malgré ça, nous ne sommes pas en queue de peloton sur le plan de la participation. Le premier à s'être inscrit cette année, c'est Nadal. C'est dans son cœur, donc il vient. Ensuite, ça a été "Djoko", puis ça s'égraine, ils viennent naturellement. Il y en a peut-être un ou deux avec qui c'est plus difficile, mais Zeljko Franulovic (le directeur du tournoi et ancien vainqueur en 1970) est en contact avec les entraîneurs et fait ce qu'il faut pour les faire venir. Pour Federer, on n'a pas de complexe parce qu'il est pareil avec tout le monde, ça dépend vraiment de son programme personnel. Mais on aimerait qu'il vienne et surtout qu'il gagne le tournoi.

C'est votre gros regret que Federer ne l'ait jamais gagné ?

Oui, parce que tous les numéros un du monde sont venus, ont joué et ont plus ou moins gagné. Il n'y a que Rod Laver, dans les années 60, qui n'est jamais venu avant l'ère open. Mais que Federer ne soit pas dans nos tablettes de vainqueurs, c'est un manque. D'autant que chaque joueur qui l'emporte a son empreinte prise pour figurer dans un moule en forme de raquette et je n'ai pas Federer. Et puis, il a fait trois finales ici et les a toutes perdues…

Vous avez évoqué la grande nuit du tennis. Se place-t-elle dans la lignée de la soirée instaurée par Gloria Butler ?

Pas du tout. Cette soirée existe toujours et est privée, uniquement pour les joueurs et ce sont eux qui font le spectacle. C'est aussi une spécificité monégasque. C'est Gloria Butler, qui est toujours vivante, qui l'avait lancée à l'époque. Elle avait été un peu arrêtée puis on l'a relancée il y a une vingtaine d'années.

Et la grande nuit du tennis ?

C'est autre chose. Il y a plusieurs années, on avait pendant le tournoi plusieurs soirées, une pour les joueurs, une pour les sponsors, une pour les hauts responsables de chaque sponsor, une pour les journalistes. Puis est venue l'idée de rassembler toutes nos petites soirées pour en faire une grande. C'est une soirée un peu festive et qui est devenue glamour et de plus en plus chic les dernières années.

Quel est votre meilleur souvenir sur le tournoi ?

Quand Boris Becker a rencontré Thomas Muster en finale (1995). Il (Becker) a une balle de match sur son service, et sur sa deuxième balle de service, il a tout foutu en l'air. Parce que s'il met un ace, il est vainqueur. Ce qu'il a voulu faire, mais il a planté le deuxième service et Muster est revenu dans la partie, pour finalement remporter le match. Et le tournoi. C'est un match fou dont on parle encore aujourd'hui, d'autant que Muster avait été hospitalisé la veille pour une sorte de gros coup de fatigue. 

Comment voyez-vous l'édition 2017 ? 

Si le temps est avec nous, elle sera fantastique. On a pratiquement les meilleurs joueurs, en attendant la liste définitive*. Mais ils veulent venir. Et ça va être superbe.


*L'interview a été réalisée le 17 février, la date limite d'inscription au tournoi était fixée au 22/03.

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