Xiaoxin Yang, l'histoire de sa vie

Elle représente la Fédération Monégasque de Tennis de Table et donc la Principauté lors des tournois internationaux depuis quelques années, de même que lors des Jeux des Petits Etats d'Europe. Elle, c'est Xiaoxin Yang. Rencontre.

Chez les sportifs de haut niveau, on trouve différentes motivations qui les poussent à continuer, à performer encore et toujours. Et surtout à ne rien lâcher, à s'entraîner d'arrache-pied pour rester au top. Ils aiment leur sport, c'est une certitude. Mais tous n'en font pas un credo. Pour Xiaoxin Yang, pas de doute, le tennis de table, "c'est (sa) vie", confie-t-elle sans mal. Depuis plusieurs années licenciée à la Fédération Monégasque de Tennis de Table ainsi qu'à l'AS Monaco, elle s'est fait connaître l'an dernier avec ses 3 médailles aux Jeux des Petits Etats d'Europe (deux en argent et une en or). Et continue de faire parler d'elle sur le circuit professionnel où elle engrange les belles performances. Et pourtant, elle est d'un naturel assez discret et ne se met que peu en avant, voire pas du tout. Dévouée à son sport, la jeune fille a cependant une histoire derrière la raquette, histoire qu'elle a accepté de raconter.

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Des débuts en Chine

La culture sportive est une des choses inculquées très tôt chez les enfants de l'Empire Céleste. Et le tennis de table est sans conteste l'un des sports les plus pratiqués en Chine. Le pays domine d'ailleurs la discipline, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes. Xiaoxin Yang s'est ainsi dirigée assez vite vers ce que l'on appelle plus communément le ping-pong, alors qu'elle n'avait que six ans. "C'est le sport national en Chine. Et comme il n'y avait pas beaucoup de risques à le pratiquer, cela rassurait mes parents. Ce sont eux qui m'ont inscrite la première fois", raconte la jeune fille aujourd'hui âgée de 28 ans. Il n'était alors pas encore question d'envisager un avenir professionnel. 

Mais très vite, les choses s'emballent. Naturellement douée, Xiaoxin progresse à vive allure. "Au début je ne jouais que 3 fois par semaine, ce qui n'est pas beaucoup pour la Chine. Quand j'ai commencé, on était à peu près 20 à avoir entre 6 et 8 ans et je suis la seule à avoir progressé très vite. Au bout de 3 mois, je savais déjà jouer." Un talent précoce qui va lui permettre de disputer ses premiers matches au bout de sept mois de pratique alors que les autres enfants de son âge en étaient encore à l'apprentissage des gestes. "Pour moi, cela venait naturellement. On jouait trois fois par semaine avec des séances de trois heures à chaque fois", se rappelle la native de Pékin. Et au bout de ces 7 mois, elle était déjà capable de battre des adultes qui "pratiquaient depuis 5 ou 6 ans." 

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Pas question pour autant de brûler les étapes. Avant de penser aux compétitions, Xiaoxin a d'abord dû passer par des entraînements plus réguliers. A l'issue de sa première année, elle a commencé à jouer tous les jours. "Normalement, quand tu es un jeune joueur en Chine, il y a différentes étapes à passer. Tu commences au niveau départemental avant de passer au régional, qui est le niveau semi-professionnel. Comme j'étais très forte, à 12 ans, je suis directement entrée dans l'équipe de province, qui évoluait au niveau régional et je jouais avec des personnes qui avaient 15-16 ans." C'est d'ailleurs à cette époque qu'elle se lie d'amitié avec celle qui est sa meilleure amie aujourd'hui, la numéro un mondial, Ding Ning. Sélectionnée en équipe nationale jeune à partir de 15 ans, elle y évolue pendant deux ans, jusqu'à son départ pour l'Europe.

Un nouvel univers

Le tennis de table étant le sport numéro un en Chine, il est difficile de percer. Beaucoup de joueuses ont ainsi fait le choix de s'expatrier pour aller découvrir de nouveaux championnats et intégrer les équipes nationales de leur pays d'accueil. Face à la concurrence qui se faisait de plus en plus rude, mais aussi pour répondre à ses envies de voir le monde, Xiaoxin décide de quitter le cocon familial et sa terre natale pour aller de l'autre côté du globe. "Je voulais apprendre un nouveau style de vie, découvrir la culture européenne." 

Après avoir pris contact avec un club français dans lequel elle allait signer en arrivant, la jeune fille plie bagage et s'envole pour la France. Et lors de son arrivée, c'est un monde à la fois nouveau et totalement différent qui lui tend les bras. "La vie en Chine et en Europe est vraiment différente. La mentalité n'est pas la même qu'ici en Chine, on ne pense pas de la même manière. On est un pays populaire et un peu communiste, le niveau de vie y est très différent." Les coutumes ne sont pas non plus les mêmes, et la façon de faire "à la française" peut parfois désorienter les nouveaux arrivants. "Quand je suis descendue du train, mon président de mon premier club est venu me chercher et m'a fait la bise. J'étais choquée parce qu'en Chine, on se sert la main, on ne se fait pas la bise." 

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Si le fromage est une chose qu'elle a découverte en arrivant, bien qu'elle en ait entendu parler auparavant - "j'avais regardé dans des livres et lors de mon premier repas, on m'a fait goûter du gruyère, je n'en avais jamais vu et je me suis dit, ouah, ça existe vraiment"- les débuts en Europe n'ont cependant pas été simple pour Xiaoxin. "Quand je suis arrivée, je ne parlais pas français donc je ne parlais pas du tout, c'était vraiment très dur. Je vivais avec une famille française où je suis restée 10 mois et j'apprenais la langue pour pouvoir parler avec eux. Ça m'a beaucoup aidée." Une acclimatation qui s'est faite avec le temps, d'autant que, comme l'explique "Xiao", les jeunes chinoises ne vont pas facilement vers les autres. "En Chine, surtout les filles, on a un peu peur. Quand je connais les gens, je suis assez bavarde, mais si je ne connais pas, je suis assez réservée. C'était dur d'aller vers les gens au début pour moi, car j'avais peur de déranger parce que je ne parlais pas bien, mais ça c'est bien passé et les gens ont fait preuve de patience avec moi." 

De la France à Monaco, en passant par l'Italie

A son arrivée dans l'Hexagone, Xiaoxin évolue en National, mais n'y reste qu'une saison avant de monter en Pro B. Passée en Pro A les deux années suivantes, elle file ensuite en Italie, répondant ainsi à une proposition d'un des meilleurs clubs de l'époque, Castel Goffredo. Après une année passée en Italie, c'est finalement un retour en France qui l'attend, la faute à la crise économique qui touche le pays. Licenciée à Lys-Lez-Lannoy, à quelques kilomètres de Roubaix, Xiao enchaîne les belles performances et les titres. Récente championne de France en simple et double, elle fait partie de la Fédération Monégasque de Tennis de Table, et de l'AS Monaco TT, depuis plus de 3 ans maintenant. "Ça a changé ma vie car grâce à eux je peux désormais participer à des rencontres internationales sur les Pro Tour et je veux maintenant pouvoir faire mon entrée dans le top 30 mondial", assure Xiaoxin Yang. La jeune fille fait d'ailleurs tout ce qu'il faut pour cela, s'entraînant au minimum trois heures par jour. 

Professionnelle jusqu'au bout des ongles, Xiaoxin a tout de même des envies pour la suite, en dehors du sport. Notamment dans le milieu associatif. "J'ai créé une association l'an dernier, mais je n'ai pas trop le temps de m'en occuper. Mais l'objectif est de faire quelque chose pour favoriser les échanges entre la Chine et l'Europe. Je cherche des relations pour mettre ça en place petit à petit, mais c'est une chose qui me tient beaucoup à cœur." De quoi la tenir occupée pour les années à venir, même si sa carrière est loin d'être terminée. 

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