Pour Camille Serme, la route des Europe passe par Monaco

Depuis quelques jours, les courts du Monte-Carlo squash rackets club accueillent la meilleure joueuse française, Camille Serme. A 24 ans, la Cristolienne se prépare avec l'ambition de conserver le titre européen qu'elle avait remporté en 2012.

C'est Christian Billard, l'un des hommes emblématiques du club monégasque, qui nous avait mis la puce à l'oreille. Dans les entrailles, il a l'occasion de fouler le parquet en compagnie de la numéro 12 mondiale de son sport fétiche. Juste après l'entrainement matinal, vendredi, nous avons pu échanger avec Camille Serme, détendue et volubile. Quelques étirements effectués avec application et le magnéto pouvait démarrer.

Juste avant d'arriver à Monaco, tu étais à Cali, en Colombie, pour les Jeux Mondiaux…

Oui, j'ai fait une médaille de bronze là-bas. Le tableau était un peu moins dense que d'habitude, mais il y avait quand même la numéro 1 mondiale. J'étais contente, c'était  une belle performance.

C'était un moment particulier pour toi ?

Se retrouver avec tous les autres sportifs venus des disciplines qui veulent être olympiques, voir les autres délégations, c'est sympa, ça change de ce qu'on connaît. Nous, on voyage tout le temps seul. Je suis arrivée deux jours avant la compétition et je suis repartie le lendemain de la fin de mon tournoi. J'ai juste eu le temps d'aller voir deux autres disciplines. Et j'ai eu la chance de participer à la cérémonie de clôture aussi.

A quel rythme se déroule la saison en squash ?

On joue tout le temps, il n'y a pas véritablement de coupure. Cette année, c'est un peu différent parce qu'on est un peu en pénurie de tournois WSA (le circuit mondial, ndlr). Ça fait trois mois qu'il n'y en a pas. Du coup, j'ai pu m'arrêter pendant deux semaines fin juin.

Comment te retrouves-tu à Monaco pour ta préparation cet été ?

J'ai fait des connaissances en venant jouer le tournoi qui est organisé chaque année ici. L'an dernier, on avait aussi fait un stage avec l'équipe de France à Monaco, juste avant les championnats du monde par équipe de Nîmes. Les terrains sont corrects, il y a de la clim' dans la salle et je peux faire ma préparation physique dans le stade, c'est sympa.

C'est important de ne pas toujours évoluer dans le même contexte ?

Oui, c'et sûr. Je m'entraîne toute l'année à Créteil, mais mon club ferme durant la première quinzaine d'août. Venir ici, c'était aussi avoir l'occasion de changer un peu de cadre, d'aller à la mer. Mon copain m'accompagne, il fait du kayak à haut niveau. Mon frère Lucas, qui est en équipe de France de squash, est là aussi, avec sa copine (la numéro 3 tchèque Anna Klimundova). Chacun suit son propre programme, c'est agréable. Lucas et Anna sont hébergés chez Christian Billard, mon copain et moi chez Mélanie Flachaire, qui fait aussi partie du club.

De quelle manière t'entraînes-tu en ce moment ?

Avant les Jeux mondiaux, j'ai fait pas mal de piste et de fond. Maintenant, on arrive sur des exercices plus courts et plus intenses, qui se rapprochent de ce qu'on connaît au squash. Il y a des jours où j'ai deux séances, sur le court le matin et du physique au stade l'après-midi. Jeudi, je profiterai d'une journée totale de récupération. D'ici les championnats d'Europe, je n'aurai aucun tournoi de préparation. Je resterai à Monaco jusqu'au 17 août, puis je retournerai à Créteil.

Tu es venue sans ton coach, Philippe Signoret. Comment se déroulent les séances en son absence ?

Il m'a préparé un programme, mon préparateur physique m'en a fait un aussi. J'ai le même entraîneur depuis toujours, c'est aussi le sélectionneur national. Ce matin, je me suis entraîné avec Lucas et Anna. Christian (Billard) vient m'aider aussi. C'est un bon joueur, c'est intéressant de s'entraîner avec lui, même si physiquement je ne peux pas lutter…

La dimension physique est-elle moins importante dans le squash féminin ?

Ç'a été le cas pendant longtemps, mais ça a changé depuis quelques années. Les filles sont plus fines, plus endurantes et explosives. Evidemment, on ne pourra jamais rivaliser avec les hommes, mais on travaille beaucoup dans ce domaine, durant toute l'année.

Tu es actuellement 12e mondiale. Est-ce que tu estimes pouvoir te rapprocher encore plus des meilleures ?

Je suis sortie du top 10 depuis quelque temps. Mon meilleur classement, c'était septième, il y a trois ans. J'ai des résultats irréguliers. Pas forcément mauvais, mais c'est vrai que la concurrence est encore plus forte dans le top 20. On retrouve toujours les mêmes pays : la Malaisie, l'Angleterre, l'Egypte… Et tout le monde a progressé. Même les premiers tours sont difficiles maintenant, tu peux te faire sortir d'entrée. C'est ce qui s'est passé pour moi en mai, au British open. J'étais dans un jour sans.

Justement, comment fait-on pour retrouver le fil quand on est dans de mauvaises dispositions et que l'on dispose de peu de temps pour réagir ?

C'est vrai que par rapport au tennis, on a beaucoup moins de temps. Une minute et demie entre chaque set, c'est rien. C'était la première fois que je me sentais aussi peu dedans, je n'ai pas su comment répondre. D'habitude, quand la raquette va moins bien, on mise sur le physique. Mais là, rien n'allait. Je pense que j'aurais dû essayer des choses plus simples pour rester concentrée.

Durant tes premières années chez les seniors, tu étais connue pour ton jeu assez offensif…

Plus jeune, je pensais tout le temps à attaquer au bout de deux balles. Maintenant, j'essaye d'être plus patiente, de construire. A haut niveau, les filles rattrapent tout. Donc il faut les avoir à l'usure, ça ne sert à rien de prendre trop de risques. On va dire que j'essaye de trouver le juste milieu entre le jeu des Egyptiennes, qui ont un style atypique, plein de feintes, et celui des Anglaises, pas très fun, mais bien en place.

Est-ce que tu attaches beaucoup d'importance au style de jeu de tes adversaires ?

En fait, depuis un an ou deux, on essaye de beaucoup travailler cet aspect-là. J'essaye de m'adapter à chaque joueuse. C'est vraiment la clé pour réussir à battre tout le monde. Je connais bien toutes les filles, mais je fais aussi de la vidéo. Contre certaines adversaires, il faut ralentir le rythme et les user. Alors qu'il faut être agressive d'entrée face à d'autres. Ce n'est vraiment pas évident de concilier toutes ces facettes.

Du coup, tu dois regarder avec attention le tableau avant de démarrer…

Complètement. Parfois, on le connaît près d'un mois à l'avance, on peut se préparer en conséquence.

Page 1/2

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos