"Tout faire pour casser les codes"

Lancée en septembre dernier par Fabien Camin, la section féminine de l'AS Monaco Rugby connaît un réel succès. Si les filles ne disputent pas encore de compétitions officielles, elles sont de plus en plus nombreuses à venir se lancer dans l'ovalie.

Fabien Camin avait un projet dans la tête depuis 2 ans. Créer une équipe féminine à l'AS Monaco Rugby. Son "idée farfelue" a finalement été officiellement mise en place en septembre dernier. "L'arrivée de notre nouveau stade nous a permis de la mettre en place cette année. Ça a été l'occasion idéale pour lancer le rugby féminin en Principauté", précise le coach monégasque.  

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Commencer un nouveau projet peut sembler délicat et difficile au début. Mais cela n'a pas été le cas pour Fabien Camin. "Pour le premier entraînement, le 17 septembre, je m'attendais à avoir 5-6 filles car la communication n'avait pas encore été faite. Vous n'imaginez pas ma surprise quand j'en ai vu 17 sur le terrain !" Un chiffre inattendu mais l'entraîneur n'était pas au bout de ses surprises. Actuellement, le club compte 30 licenciées "et des nouvelles arrivent chaque semaine."  

Bouche à oreille

Si le club a fait le nécessaire pour attirer du monde (création d'une page Facebook et Instagram), les filles aident beaucoup car elles parlent de la nouvelle section de l'AS Monaco, ce qui réjouit Fabien Camin. "Elles discutent avec une copine, qui dialogue avec une autre, etc. Le bouche à oreille fait beaucoup." Acceptées à partir de 16 ans, toutes les rugbywomen monégasques découvrent la discipline puisque la majorité d'entre-elles "arrivent d'un sport individuel."

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S'engager dans un nouveau sport, c'est se lancer dans l'inconnu, et beaucoup de filles sont arrivées avec de l'appréhension. "Il y a beaucoup de contacts, c'est évident. Mais je ne leur ai pas dit de suite "Allez on fait un match !" J'ai monté mes séances en m'adaptant", souligne le coach. Les joueuses ont d'abord appris des jeux de passes, comment se placer sur le terrain et les règles de vie de groupe, essentielles dans un sport collectif. Si dans une discipline individuelle, "il faut être exigeant avec soi-même, il faut être tolérant envers les autres de son équipe."  

Un groupe qui vit bien  

Les filles apprennent à se connaître au fur et à mesure et une petite famille s'est créée au sein de l'ASM. "La cohésion dépasse mes attentes. Des filles sont arrivées il n'y a pas très longtemps dans la région, elles ne connaissaient personne. Elles sont maintenant toutes copines, on se voit tous les week-end, on regarde les matches ensemble, c'est sympa." 

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Des joueuses soudées, mais aussi investies. Ravies de s'entraîner au stade du Prince héréditaire Jacques le lundi soir, elles ont demandé une séance supplémentaire à Fabien Camin. "Du coup on se retrouve le mercredi soir sur les plages du Larvotto. Je m'éclate dans cette nouvelle expérience."

Plus de filles à l'école de rugby

Pour sa première année, l'équipe ne participe pas encore à des compétitions officielles mais cet été, elles disputeront leur premier tournoi, l'Anglet Beach Rugby (19-21 juillet). Quant au championnat, ce sera pour la saison 2019/2020. "On partira sur un championnat régional à 10 formations. Uniquement les filles à partir de 18 ans pourront participer car elles sont en seniors." 

Qui dit challenge régional, dit longs déplacements. Et pour ça, les joueuses sont prêtes. "Elles ont un travail, certaines ont des enfants. Mais elles veulent s'organiser pour venir aux matches et aux entraînements, c'est devenu comme une évidence pour elles."  

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Le pari de Fabien Camin est donc une réussite, mais le projet est loin d'être terminé. A long terme, il souhaiterait amener plus de filles dans l'école de rugby, composée majoritairement de garçons (NDLR : la mixité est autorisée jusqu'à 15 ans). Pour cela, le coach "va rencontrer l'Education Nationale pour voir si nous pouvons aller dans les écoles pour inciter les demoiselles à venir pratiquer l'ovalie. Cette saison nous n'en avons qu'une. Mais nous allons tout faire pour casser les codes." 

Des moeurs parfois compliquées à contredire. "Pour la société, lier rugby et femme est impossible. L'image type, c'est un mec baraqué, avec les oreilles en chou-fleur, le cliché à la Sébastien Chabal, ce qui ne colle pas du tout à la féminité ou autre. Les garçons ne doivent plus s'interroger sur la présence d'une rugbywoman dans leur équipe", constate l'entraîneur monégasque. Un travail difficile, mais pas impossible pour Fabien Camin, prêt à tout pour réussir un nouveau défi.

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