Sur les bancs de l'ovalie

L'AS Monaco Rugby a pour objectif de faire évoluer son club année après année. Un projet qui a pour base les tout petits et la formation. Plongée au cœur de l'école de rugby avec son directeur pour guide, Jérémy Benstaali.

Dans le petit bureau qui leur est attribué au 4e étage du stade ­Louis-II ou sur le terrain à distiller consignes et conseils, Jérémy Benstaali, le directeur de l'école de rugby, est aussi à l'aise et souriant qu'il peut se montrer autoritaire au besoin avec les petites têtes blondes. Nommé en août à ce poste, il a pris la suite de Christophe Millaret, qui, lui, s'occupe désormais des juniors, une catégorie qui vit cette année sa deuxième saison. Lors de la présentation du nouveau bureau directeur du club, celui qui était encore entraîneur-joueur des seniors la saison passée évoquait son nouveau rôle. "L'idée est de faire de la formation, de créer des stages ainsi qu'une identité club, quelque chose qui permette de rester à l'AS Monaco." 

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Si les mois ont passé, le credo, lui, n'a pas changé. Avec un peu plus de 150 enfants inscrits à l'école de rugby, le directeur technique n'a pas le temps de chômer, même s'il a moins de bambins à gérer que lorsqu'il était en place à Nice. "Il y a deux ans, la Fédération Monégasque de Rugby était venue me rencontrer par rapport à mes diplômes et mon expérience à Nice, puisque j'y ai été responsable de l'école de rugby pendant 5 ans avec plus de 300 enfants. Là, à Monaco, c'est une autre démarche, mais c'est tout aussi bien."

La qualité en ligne de mire, pas la quantité

Comme cela peut se faire dans les autres clubs, l'école de rugby monégasque fonctionne avec différentes catégories d'âge. Des moins de 6 ans aux moins de 14, il y a en tout 5 classes qui regroupent les enfants inscrits. "Dans chacune d'elle, il y a les premières et deuxièmes années, sauf pour les moins de 6 ans où on est vraiment sur de la découverte", précise Jérémy Benstaali. Et si le club ne fixe pas vraiment de limite en terme d'inscriptions, pas question pour autant de viser la masse. Et surtout pas au détriment de la qualité des entraînements proposés. "On est ouvert à tout mais on va être vite bloqué par les effectifs des éducateurs et on veut amener de la qualité au sein de l'école de rugby. Donc on ne va pas prendre trop d'enfants pour se gargariser et faire quelque chose qui ne soit pas très bon au final." 

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D'autant que le directeur technique a fixé une ligne à suivre pour les entraîneurs des différentes catégories. "Je leur ai mis en place un projet d'école, car on a des attentes différentes en fonction de l'âge. On est dans une formation globale de club, mais jusqu'en -14 ans on est surtout dans la formation du joueur. "

Travail spécifique

Dans ce projet mis en place par Jérémy Benstaali, chaque catégorie travaille donc sur des choses spécifiques avec des objectifs à atteindre. Chaque objectif est d'ailleurs défini en fonction des capacités physiques et de réflexions dues aux âges des enfants. "Il y a des attentes différentes sur l'affect, dans le contact, au sol, à l'adversaire en fonction des tranches d'âge et ça, c'est le travail des petites catégories. La perception, la vision du jeu, la prise d'initiatives, tout ça c'est ce qu'on met en place avec les plus grands, tout comme les techniques propres au rugby, parce qu'on va travailler techniquement sur des principes rugbystiques." 

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Ainsi, les tout petits vont d'abord apprendre à manipuler un ballon, comprendre où il faut aller marquer, quel est leur camp mais aussi qui joue dans leur équipe. Chez les moins de 6 et 8 ans, un autre point est important dans le cadre de leur apprentissage, à savoir la gestion de l'affect. "C'est-à-dire la peur de tomber au sol, recevoir le ballon, aller au contact, ne pas avoir peur du copain, ce que représente le ballon, où il doit aller. Et bien sûr, l'apprentissage des règles de base", précise Benstaali. 

Chez les 8 ans, il y a aussi un phénomène à combattre, celui de la "grappe", comme l'appelle l'ancien pensionnaire du Stade Niçois. "Sur les U8, on est sur un système à base de grappe, parce qu'en U6 tout le monde travaille avec son ballon. Donc il y a aussi cette progression du match où il n'y en a qu'un seul. On essaye de leur faire comprendre que les joueurs qui ne sont pas dans la grappe sont démarqués et ont de l'espace pour aller marquer, donc leur apprendre à diluer cette grappe et quelques techniques de bases du rugby, les phases de ruck, le plaquage, comment aider le copain qui vient de tomber au sol ou protéger le ballon." 

Pas à pas

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Le passage chez les U10 ne marque pas de grandes différences, seulement, l'exigence sur ces points-là est plus élevée dans l'esprit des éducateurs. Ce n'est qu'à partir des moins de 12  ns que la réflexion va entrer en ligne de compte, même si le travail technique, de passe comme individuel, reste important. "La tactique de jeu n'arrive qu'à partir des U14, mais on va toujours rester sur la formation du joueur avec cet accent mis sur la technique individuelle." Si l'idée est de produire des joueurs capables de prendre leurs propres décisions dans le jeu, sans les placer dans un schéma stéréotypé, la pouponnière de l'AS Monaco insiste également sur un autre point. "Des petits aux grands, on travaille aussi la motricité. Ce n'est pas toujours fait dans les écoles de rugby, mais c'est une chose qui me tient à cœur, des 5 ans jusqu'aux 14 ans, parce qu'il est important de savoir courir, tenir un ballon, dissocier le haut et le bas du corps et d'arriver à tout faire."

Une identité club

Au-delà de l'apprentissage pur et simple du rugby et de ses préceptes, Jérémy Benstaali compte bien sur l'idée de donner aux enfants l'amour du maillot. Celui de l'AS Monaco et, ainsi, de créer une identité club. "Cette année, je n'ai pas voulu qu'on achète le maillot de l'école de rugby, j'ai voulu qu'on le transmette à chaque fois qu'il y a un plateau, tout comme j'ai voulu qu'on convoque sur les tournois une partie des enfants et pas la totalité. Cela apporte quelque chose d'exceptionnel à la convocation et une forme de récompense du travail. J'essaie d'inculquer aussi un esprit de compétition. Le club de rugby ne doit plus être une garderie pour les enfants, il faut qu'il y ait un suivi, que ce soit des enfants, mais aussi des parents, c'est important à cet âge-là." 

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Une volonté qui se vérifie d'ores et déjà sur les terrains puisque lors des plateaux et matches, deux équipes en U8 et U12 sont systématiquement engagées. Un entraînement pour les petits a été ajouté le lundi soir sur le terrain de Cap d'Ail et ils sont en moyenne 30 enfants à être présents. Une formation dès le plus jeune âge qui se poursuit avec les catégories cadets et juniors afin de préparer tout ce petit monde à évoluer un jour avec l'équipe fanion du club. "On a cette volonté d'uniformiser tout ça parce que, pour créer cette identité monégasque, on est sur la formation du joueur. Mais quand on monte en cadet-junior, le petit doit savoir pourquoi on joue comme ça et qu'on ne reparte pas de zéro d'année en année, en ayant des bases communes. On veut conserver les enfants, mais s'ils ne restent pas et qu'ils ont quand même pu avoir une approche sportive avec des valeurs humaines, de respect, de solidarité, de courage et qu'ils arrivent à le retranscrire, dans leur vie ou dans un autre sport, ce sera gagné pour nous aussi."

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