Stan Sutor, l'homme de glace

Le technicien slovaque, qui vit sa sixième saison à la tête des Aigles de Nice, n'a pas l'habitude de s'attarder sur son cas ni de dévoiler ses états d'âme. Un lundi soir, dans son petit bureau logé dans les entrailles de la patinoire Jean-Bouin, on a tenté de faire tomber quelques barrières. Pas évident quand on se trouve en face d'un ancien gardien de but. Mais cela valait la peine de persévérer.

"Vous êtes en train de me faire transpirer là ! Je n'ai jamais fait une interview aussi longue…"  Ça ne fait pourtant pas si longtemps que l'on cuisine Stan Sutor. Sur la glace, on entamerait à peine le deuxième tiers-temps. Quand on est un homme de peu de mots, c'est déjà beaucoup. Mais pour mieux cerner le personnage, c'est le tarif minimum. 

"C'est vrai qu'au premier abord, je suis très froid. Je me laisse difficilement approcher. Pour certains joueurs, ça peut être difficile à comprendre. Mais ça installe des limites à ne pas dépasser. Quand on a du mal avec l'autorité, on n'a rien à faire dans un sport collectif."

Stylo main, le regard de Stan Sutor vissé dans le nôtre, on se dit que les soufflantes du coach doivent être mémorables. Quelques minutes plus tard, on le verra pourtant tempérer les ardeurs de son adjoint, Pascal Margerit, qui voulait justement passer un gros savon à quelques gaillards devant le reste du groupe.

Pas pour être bien vu, non. Juste parce qu'il trouvait que le message passerait moins bien. "De toute manière, à partir du moment où on devient décideur, on ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Quand vous faites plaisir à quelqu'un, vous enlevez quelque chose à une autre personne. Je ne peux pas me permettre de me demander si je suis aimé ou pas par les joueurs."

Du glaçon au béton

Quand il était encore sur le glaçon, le Slovaque était déjà un peu à part, arc-bouté devant des filets qui ne devaient jamais trembler. Entraîner ? Il avait essayé avec des jeunes pendant sa carrière. Mais de là à en faire son métier…

"J'ai commencé très tôt à entraîner, un peu par hasard. C'était en 1998, déjà à Nice (il avait 28 ans). L'entraîneur de l'époque a été coupé et j'ai récupéré le poste par défaut. Ça a duré trois ans, j'y ai pris goût". 

Puis le club a perdu pied, caisses vidées. "A ce moment-là, j'ai laissé tomber le hockey pour créer mon entreprise de rénovation de bâtiments. Ça m'a pris énormément de temps. Mais quand l'activité s'est stabilisée, je suis retourné à mes premières amours."

De Poprad à Nice

Les journées commencent tôt, se finissent alors que le soleil a regagné sa tanière depuis belle lurette. Stanislav (c'est son prénom complet), l'enfant de Poprad, n'en a cure, sa passion n'a pas de limite. 

Il aime le hockey, il aime Nice, qu'il n'a plus jamais voulu quitter après avoir traîné ses guêtres à Gap, Dunkerque, ou Nantes, quand il était encore joueur. 

"Quand j'ai signé, je ne pensais pas forcément rester longtemps. Mais quand je suis arrivé à l'aéroport, je me suis dis que je voulais vivre ici. Cette ville m'a énormément plu. Maintenant, c'est la mienne. J'ai des attaches, beaucoup d'amis aussi."

Lorsqu'on a vu le jour dans une patrie où le hockey a valeur de religion, se diriger vers une contrée où les taquineurs de palets font presque figure d'extraterrestres, ce n'était pourtant pas une évidence.

"C'est vrai que Nice a fait du chemin. A l'époque, ce n'était pas le choix le plus évident. Mais le club se structurait et le projet que le coach m'avait présenté me plaisait. J'y ai trouvé mon bonheur."

Le chaud et le froid

Passer de l'autre côté de la balustrade, ce ne fut pas si naturel pour celui qui se décrit comme un personnage "entier, qui ne fait jamais les choses à moitié."

"Avec l'expérience, on arrive à se comporter différemment, à ne plus avoir la mentalité d'un joueur, même si on voudrait parfois intervenir. Ce métier, il a fallu l'apprendre. Maintenant, chaque match est une fête pour moi. Gagné ou perdu, je suis déjà en train de penser au samedi suivant, à voir ce qu'il faudrait faire pour avoir la satisfaction de la victoire."

Quand d'autres techniciens sortent le parachute à toute vitesse dès lors qu'il s'agit de revenir sur un échec, Stan Sutor ne se défile pas un instant. Pas question d'éclaircir le tableau après une saison 2012-2013 terminée en quarts de finale de D1 (le deuxième échelon français, après la Ligue Magnus) contre Bordeaux.

"J'ai très mal vécu la saison dernière. C'était un soulagement qu'elle se termine. Heureusement qu'on n'est pas allés plus loin ça aurait été un hold-up. Vu ce qu'on a fait subir à notre public pendant tout le championnat… On ne méritait pas mieux que ce qu'on a eu."

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