"Un joueur ne fait pas une équipe"

Profession : team manager

Bernard Veronico a rejoint l'AS Monaco en juin 2012, quelques jours seulement avant Claudio Ranieri. Avec ses collaborateurs, le Team Manager veille au bon déroulé des choses et à faciliter la vie et l'intégration des joueurs.

Il parle peu de lui. Il ne s'exprime quasiment jamais dans les médias. On croirait presque qu'il n'aime pas la lumière. Et on ne serait pas loin d'avoir raison. On l'aperçoit pourtant sur le banc, au côté du coach. Souvent un carnet à la main. Il l'avait d'ailleurs lors de notre rencontre. On le devine près des joueurs lors de certaines opérations. On voit sa silhouette au centre d'entraînement. On l'a lu, une fois, lors de sa présentation. 

C'était à son arrivée au club, en 2012. Depuis, plus rien. "Je n'aime pas trop me mettre en avant. Je préfère bosser dans l'ombre. Les stars, ce sont les joueurs et l'entraîneur." Bernard Veronico n'est pas homme à se placer au premier rang d'une photo. Un trait de caractère qui colle plutôt bien à son boulot. Car Bernard Veronico est le Team Manager de l'AS Monaco.

Mais c'est quoi, un Team Manager ?

Lorsque l'on regarde une équipe de football, on voit un coach, des joueurs, les adjoints. On devine la cellule communication, les membres des différents services. Mais le Team Manager est un concept qui n'existe que depuis quelques saisons en France, alors qu'il vit déjà depuis de nombreuses années dans les autres pays. 

Bernard Portrait

Si les prérogatives du Team Manager sont aussi diverses que variées, mieux vaut être un touche à tout lorsque l'on postule pour ce genre de job. "C'est quelqu'un qui est au contact permanent de l'équipe et du staff, qui gère toute leur organisation quotidienne. On essaye de répondre à toutes les demandes qu'ils peuvent avoir, tant sur le plan professionnel et l'activité football que sur le plan personnel." Par exemple, lorsqu'un joueur signe à l'AS Monaco, il est alors pris en charge par l'équipe de Bernard Veronico qui va l'installer, lui procurer un téléphone, une voiture, inscrire ses enfants à l'école. L'idée est tout simplement de permettre une acclimatation et une intégration rapide du joueur dans son nouvel environnement, tant au niveau du club que de la ville. 

"Avec mon équipe, nous sommes là pour leur faciliter la vie et mettre de l'huile dans les rouages. Même si on leur mâche le travail, on essaie aussi de les responsabiliser. Il n'est pas non plus question d'en faire des assistés. Mais il faut aussi savoir ce qu'on veut. Cela leur permet de se concentrer sur le football et d'être performant le week-end."

Un quotidien chargé

S'il est épaulé par son adjoint, Pierre-Joseph Gadeau, trois intendants, Bachir Néhar, David Dejoie, Souleymane Sow et un chauffeur, Amir Benslimane, Bernard Veronico a un quotidien relativement chargé. Présent à La Turbie, où il a son bureau, son emploi du temps est souvent rythmé par celui des pros. Réunion avec le coach, passage au vestiaire avant l'entraînement pour voir si les joueurs ont besoin de quelque chose, Bernard Veronico note tout dans ce carnet qui l'accompagne. 

Et après la séance, retour au vestiaire, "histoire de voir s'il n'y a pas un bobo ou un truc comme ça. On refait une petite réunion avec le coach pour vérifier si tout est bon pour le reste de la semaine. Ensuite, je reste l'après-midi pour organiser la prochaine mise au vert, caler les bus, les avions, les hôtels, fixer les prochaines couleurs avec lesquelles on va jouer. Il y a plein de choses à faire", détaille Bernard Veronico. Il doit aussi gérer les demandes des autres services du club lorsque ces derniers ont besoin de joueurs. 

Un exercice qui n'est pas toujours facile. "Le plus dur est de concilier les besoins des différents services du club avec l'agenda des joueurs, qui est souvent chargé, mais aussi, parfois, leur volonté, parce que, comme tout le monde, il y a des choses qu'ils aiment bien faire et d'autres moins." Egalement présent sur le terrain, il officie en liaison avec les délégués des matches, que ce soit en L1 ou sur les coupes européennes.

Confiance et relation

Un rôle de tampon où la confiance des joueurs est un plus. Car dans le métier de Bernard Veronico, nouer des liens avec les membres de l'effectif est une condition sine qua non pour mener à bien sa mission. Tout en réussissant à garder une certaine objectivité quant aux garçons. 

"Il faut construire une relation de confiance qui soit basée sur du concret. Et pour qu'elle soit forte et dure, il faut être proche des joueurs, complice mais sans être complaisant. Car il faut être capable de leur dire, et avoir la légitimité pour le faire, que ce qu'ils font, la façon dont ils se comportent, ne va pas. Si on n'a pas cette complicité avec le joueur, vous n'allez pas y arriver et on va aller directement au clash. Si vous en avez trop, c'est difficile aussi d'avoir une vision claire des choses et d'être objectif." 

Si le point d'équilibre à trouver est le respect mutuel, cela n'empêche pas le Team Manager, qui parle couramment 5 langues - "un plus indéniable à l'AS Monaco"- de nouer des liens particuliers avec les joueurs. En témoigne ce groupe de discussion sur WhatsApp. "On discute encore avec tous ceux qui faisaient partie de l'équipe championne la saison dernière. Il s'est passé quelque chose d'extraordinaire. Et les joueurs nous intègrent tellement à l'équipe que nous aussi nous l'avons vécu de façon très intense", témoigne le Team Manager, dont les poils se hérissent encore à l'évocation du titre glané la saison passée. 

Un travail de tous les instants, donc, qui confèrent certaines satisfactions. Et quelques coups de stress. "Il y a deux ans, on avait décollé d'Angers et on allait atterrir à Nice. Le pilote nous dit que finalement on doit atterrir à Marseille, alors que notre bus était à Nice. Mais à cause des orages, on a été dérouté et on a finit par rentrer à 6 ou 7 heures du matin. Sur le coup tout le monde râle, mais personne ne vous en veut et on finit par en rire." Une histoire de confiance… 


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