Dossier

Jérémy Toulalan : "On pensait 
que j'étais fini"

Dès ses premières apparitions, l'ancien Nantais a trouvé ses marques parmi l'effectif haut de gamme mis sur pied par l'AS Monaco. A 30 ans, Jérémy Toulalan court toujours autant, l'air débraillé et le cheveu poivre et sel. Précieux travailleur de l'ombre sur le terrain, il est tout aussi discret en dehors. Très économe de sa parole dans la presse, il nous a laissé l'occasion de mieux le connaître.

Il est arrivé dans le bon timing pour le rendez-vous que l'on avait fixé au Monte-Carlo Bay, l'hôtel où il a séjourné une quinzaine de jours avec sa famille avant de trouver un autre nid douillet. Visiblement de bonne humeur, Jérémy Toulalan fêtait ce jour-là son arrivée dans le club des trentenaires. 

On s'excuse de vouloir le passer à la question au lieu de le laisser souffler ses bougies. "Oh, c'est pas grave. De toute manière, je n'aime pas trop qu'on me souhaite mon anniversaire. Être au centre de l'attention, c'est pas trop mon truc." 

A contre-courant de ce milieu dans lequel les batailles d'égos sont monnaie courante et où le paraître prévaut sur l'être, le néo-Monégasque est souvent dépeint comme un homme atypique et tout ce qu'il y a de plus "normal" dans la presse. 

Un portrait qui amuse Jérémy Toulalan, qui parvient à conserver un regard distancié sur le monde du football et sa démesure. Terriblement marqué par le fiasco de la Coupe du monde 2010 et les polémiques qui ont suivi, il a pris le temps de se reconstruire en Espagne, loin de l'agitation médiatique et de la vindicte populaire. Apaisé, même s'il semble encore incapable d'aborder sereinement son avenir (?) en Bleu, le numéro 28 de l'ASM nous a consacré plus d'une heure et quart d'entretien. Sa formation, sa conception du football, le projet monégasque, son rapport à la notoriété, ce qui le passionne, ce qui le révulse: le milieu défensif a ratissé large. Efficace, comme toujours.

Il se dit que vous n'avez pas toujours eu le goût de l'effort sur le terrain. Est-ce exact?

C'est vrai que ce n'était pas ma qualité première chez les jeunes. C'était même un défaut. Je prenais le ballon et dès que je le perdais, je marchais. Le déclic est intervenu en CFA. On me le reprochait souvent et je me suis rendu compte que si je voulais devenir pro, il fallait que je fasse ces efforts, sinon je n'y serais pas arrivé. Finalement, c'est devenu une de mes forces.

C'est tout de même dur d'imaginer un jeune Toulalan dilettante…

C'était un peu ça, pourtant. En fait, je suis un peu paradoxal. J'ai tendance à faire l'inverse de ce qu'on me demande. Je ne le fais pas forcément exprès, ce n'est pas de la provocation, mais je suis comme ça.

Vous avez toujours été milieu défensif?

J'ai pas mal bougé. Chez les jeunes, j'ai joué sur les côtés, meneur de jeu et même numéro 9. Ça fait toujours un peu rigoler quand je dis ça! C'est le coach Amisse qui a décidé de me fixer au poste de milieu défensif, en CFA. J'avais fait une bonne année et je n'ai plus bougé.

Si vous n'étiez pas devenu footballeur, qu'auriez-vous aimé faire?

J'ai toujours été attiré par les métiers manuels. Mon parrain travaille beaucoup le bois, il fait des meubles. J'aime les métiers anciens, le fait de produire quelque chose qui reste. Je trouve ça beau, assez magique même. J'ai fait un peu de sculpture, je bricole un peu, même si je suis maladroit.

Pour vous épanouir dans ce sport, avez-vous dû forcer votre nature?

Dans ma vie personnelle, je suis quelqu'un d'assez solitaire, c'est vrai. Bon, je suis souvent avec ma femme et mes enfants (il en a deux, ndlr), mais sinon, j'aime bien la tranquilité. Ce sont mes parents qui m'ont amené au foot quand j'avais 6 ans. Ils cherchaient quelque chose pour que je me défoule, ils avaient pensé au judo ou au karaté. Finalement, mon père connaissait des gens à la Saint-Pierre de Nantes, alors je m'y suis mis.

Comment avez-vous fait pour vous intégrer dans un cadre collectif?

Quand on est adolescent et qu'on est timide, c'est toujours plus difficile d'aller vers les autres. C'est de plus en plus le cas, parce que si tu ne marches pas sur les autres, tu as du mal à te faire une place. Mais au fur et à mesure, tu arrives à ce que tu veux, sans marcher sur tout le monde. Chez les pros, c'est un peu la même chose. Après, le foot, c'est aussi le reflet de la société.

Voyez-vous une manière de faire évoluer la situation?

Partout, que ce soit dans la société ou dans le foot, on voit qu'il y a un manque de respect. Bien sûr, les parents doivent jouer leur rôle. Mais les éducateurs ont peut-être une part de responsabilité, ils pensent trop à gagner au détriment du reste. J'ai discuté avec certains d'entre eux à Monaco, et ils reviennent à une autre approche. On forme un joueur, mais on doit aussi former une personne. C'est sans doute ce qu'on a oublié à un moment donné, il y a eu du laisser-aller.



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