"Ce sont tous des écorchés vifs"

Il vit dans la région et est récemment venu présenter "Ma part d'ombre" aux membres de l'Academy de l'AS Monaco. Olivier Dacourt, ancien footballeur professionnel reconverti consultant pour Canal+ nous revient ici sur son parcours dans les médias et l'évolution du monde du football.

En dehors des plateaux de Canal+, Olivier Dacourt porte toujours une casquette, un bonnet, un béret. Mais se décoiffe systématiquement pour saluer la personne face à lui. "Je respecte tout le monde", glisse-t-il au détour d'une question. Un respect qui se retrouve dans son travail.

Joueur, comment voyiez-vous votre après-carrière ?

Quand je jouais, je me suis toujours dit qu'un des grands avantages de l'après-carrière, c'est l'indépendance financière, pour faire ce qu'on a envie, et non pas par obligation. Je suis un passionné d'art. TF1 et Eurosport m'avaient contacté, ils voulaient un œil différent. Au même moment, j'étais sur RMC, car j'étais fatigué d'entendre parfois d'anciens joueurs ou des journalistes raconter des choses qu'ils ne connaissaient pas. Il y a un peu d'omerta et comment peut-on se mettre à assassiner des gens alors que deux ans avant on était encore sur un terrain ? Surtout qu'au football, les gens n'ont rien demandé.

Votre arrivée dans les médias n'était donc pas une réelle volonté ?

Non, tout est parti de ça. J'ai fait une maîtrise de droit et d'économie du sport à Limoges. J'ai participé à la création de l'Indian Super League, donc je ne me destinais pas aux médias. J'étais à fond sur ce projet-là. Comme pour tout, je me fixe des objectifs et une fois que j'ai fait le tour, je passe à autre chose. Ça a été la même chose dans ma carrière. D'autant que, joueur,vous étiez rare dans les médias … Je suis assez timide, d'une part, et je n'ai pas besoin de ça pour exister. J'ai un très bon ami qui me disait toujours, "l'argent c'est comme pour tout, moins t'en as, plus tu l'étales". Tu dis les choses que tu dois dire et basta, le trop tue le trop. Et ce que j'aime énormément, ce sont les interviews. A l'époque, je faisais des court-métrages et je m'éclatais. Je suis venu à Canal + parce qu'ils me proposaient de faire des documentaires et ça a été le cas, mais c'est ce à quoi j'aspire. En plateau, par rapport aux autres, c'est vrai que je suis le plus discret, alors que hors plateau, c'est moi qui ai la plus grande bouche (rires). 

Devenir consultantn'était donc pas forcément une envie au départ… (il coupe)

Très souvent, les gens ne se rendent pas compte à quel point il est dur d'être footballeur professionnel. C'est plus dur que de devenir dentiste, avocat ou docteur. Quand des jeunes sont en centre de formation, ça montre qu'ils ont plus de talent que les 3/4 des gamins de leur âge. Ils font déjà partie de l'élite, et parmi cette élite, certains sont plus forts.

Qu'est-ce qui est le plus durdans le métier de consultant ?

C'est la critique. Lorsqu'un joueur n'est pas bon, il n'est pas bon. Mais c'est la manière de le dire. Je ne veux pas blesser les gens parce que je sais à quel point ça peut faire mal. Parfois, on est obligé de dire des choses, sinon ça ne sert à rien d'être en plateau. Donc j'essaie de le faire avec respect. La vérité d'aujourd'hui n'est pas celle de demain. Je n'ai jamais eu de retour de joueurs, seulement de dirigeants qui n'étaient pas très contents. Mais ça je m'en fiche. Parce que les gens qui n'ont pas l'habitude qu'on les critique, ils ont toujours un peu de mal. Et je vais plus critiquer des entraîneurs ou des dirigeants que des joueurs. Je vais plus sur la partie qu'on ne voit pas. Parce que c'est le directeur sportif, le manager ou l'entraîneur qui construit l'équipe. Ils sont là, on ne les voit pas, et pourtant, des conneries (sic), ils en font. 

Le consultant pourrait-il évoluer sans journaliste ou le remplacer ?

Il le remplace déjà ! Ça se voit un peu. Habib (Beye), c'est un journaliste ! Il se renseigne sur tout, les stats, etc. Ceux qui commentent les matches, comme Daniel Bravo par exemple, il remplace parfois le journaliste, par moments c'est lui qui donne les informations. On voit que consultant, tout le monde peut l'être, même quelqu'un qui est ici (il montre le bar où l'on est). Des personnes sans expertise. C'est ce que je dis toujours. Quand on va voir un avocat qui s'occupe de droit immobilier, on l'écoute, un cardiologue, il parle du cœur, on l'écoute avec attention. Le football, comme c'est le sport le plus populaire du monde, même celui qui n'y a jamais joué, qui joue une fois tous les 10 ans, qui est là, il pense que son avis est plus important que le mien. Et pourtant ça a été mon métier et j'ai vécu dans le vestiaire. J'ai aussi connu ça avec un journaliste.

C'est-à-dire ?

On avait un débat sur le PSG. C'était en plateau, sur RMC, dans l'After. Le débat portait sur le fait de savoir s'il y avait ou non un problème entre les Français et les étrangers dans le vestiaire du PSG. J'explique qu'à l'Inter Milan, il y a avait les Brésiliens, les Argentins, donc les Sud-Américains, et nous les Européens. Mais Argentins et Brésiliens ne s'aimaient pas, et nous, on était au milieu. Mais ça ne nous a pas empêché de gagner. Et là, le journaliste, en direct, me dit "non c'est pas vrai, ce n'était pas comme ça". Donc qu'est-ce qu'on peut dire ? J'y étais, j'ai été champion d'Italie avec l'Inter et le mec me dit "non ce n'est pas vrai." Donc ça, ce sont les médias et parfois, on entend des énormités. Parce qu'ils n'ont aucune connaissance. Certains connaissent le football, mais pas de l'intérieur. Ils ne savent pas ce que c'est que d'être dans une équipe, avec le côté égocentrique. Tout le monde a un ego dans le football et sans ça, on ne peut pas s'imposer. Encore plus dans un grand club.

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