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Nelson Caldeira, l'adaptation

Quand on évoque le rôle de préparateur physique avec Nelson Caldeira, l'adjoint de Leonardo Jardim nous dit que pour lui, cette dénomination est erronée. Commence alors un cours sur "l'adaptation" et la méthode mise en place par cet universitaire. Retour sur les bancs de la fac.

Depuis des lustres, les préparateurs physiques font partie intégrante du monde du football. Chaque club professionnel, de même que chez les amateurs à certains niveaux, dispose d'un spécialiste de la condition physique. Si l'ASM ne déroge pas à cette règle, Nelson Caldeira, adjoint de Leonardo Jardim, refuse cependant l'étiquette de préparateur physique. Et ce pour une raison simple, comme il l'explique lui-même. "Le concept de préparation physique, nous avons un problème avec ça, car c'est la division du football. Dans notre modèle d'entraînement, il n'y a pas une préparation physique. Il y a l'entraînement qui a pour objectif l'adaptation." Et c'est justement ce concept d'adaptation qui régit la manière de travailler développée par le staff asémiste. 

Avant-saison

Quand la grande majorité des clubs font enchaîner tours de terrain et autres exercices de fractionné à leurs ouailles alors que la chaleur du mois de juillet est accablante, les Monégasques ont la joie de travailler exclusivement avec le ballon. "Nous ne faisons pas de préparation physique avant la saison, nous avons une période d'adaptation", martèle Nelson Caldeira. "Pour construire l'entraînement, il faut savoir ce que le coach veut. Pour lui c'est de bien jouer, d'avoir un jeu bien maîtrisé. Mais quand on commence, c'est comme un fleuve qui vient se jeter dans la mer. Il y a une confluence d'idées entre celles de l'entraîneur et les caractéristiques des joueurs. Cette période d'adaptation est donc plus intense, mais on ne s'entraîne pas plus pour améliorer la condition physique comme cela se fait dans d'autres méthodologies." 

Le début de saison se déroule donc en deux-temps dans cette période estivale. Il faut d'abord faire comprendre aux joueurs la méthodologie en place afin que ceux-ci puissent comprendre le modèle de jeu et leur entraîneur. L'autre point concerne les joueurs et leur positionnement, comme le précise celui qui continue un doctorat entamé à la faculté de motricité humaine de Lisbonne. "On fait le plus d'expériences possibles entre les différents joueurs, parce que parfois nous avons l'idée qu'un joueur est un défenseur droit, mais il peut être bon à un autre poste. Nous essayons de voir quels joueurs sont les plus complémentaires sur les côtés, au milieu, etc. On tente donc beaucoup de choses différentes en pré-saison et c'est pour ça qu'on s'entraîne plus.

Cette volonté de travailler de la sorte, c'est aussi et avant tout pour favoriser la réflexion du joueur de façon continue. Car une préparation physique classique ne le permet pas d'après le natif de Santo Antonio Funchal. "Si on fait simplement de la course, il y a deux problèmes. Tout d'abord, la spécificité. Les efforts musculaires que nous faisons pour jouer au foot ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux de la course. On sera donc adapté à la course mais pas à la pratique du football. Donc on fait le minimum d'efforts non spécifiques possibles. La deuxième idée, c'est la prise de décision. Si je fais de la course, qui prend la décision ? Le préparateur physique siffle, le joueur court. Il siffle, le joueur s'arrête."

Pouvoir de réflexion et récupération

Grâce à cette méthodologie, les joueurs de l'ASM passent donc leur temps d'entraînement à répéter des phases de jeu dans le but d'améliorer ces choses-là en match. "Dans une séance, il y a différentes intensités, différents besoins de choix tactiques et c'est pour ça que nos exercices sont surtout des situations de jeu. Parce que les situations de jeu vont demander des exigences de réflexion tactiques, avec par exemple un 3 contre 2 ou 4 contre 3, des attaques placées, etc. Les choix sont différents d'un exercice à un autre, au même titre que les demandes physiologiques, techniques et tactiques.

Travailler tout en forçant les joueurs à penser, c'est là où se trouve l'un des points essentiels de la méthode appliquée par Nelson Caldeira. "Quand on joue, on a besoin de faire les deux (travailler physiquement et mentalement). C'est pour ça qu'il n'est pas correct de séparer les deux choses. Le problème du foot, c'est qu'il faut prendre des décisions avec de la fatigue, surtout en deuxième mi-temps. Quand on joue au football, on a besoin de se déplacer, de courir. Dans notre méthodologie, on fait une adaptation de l'espace et du temps pour intensifier les actions, c'est-à-dire mettre les actions à un niveau plus élevé que ce qu'elles sont en match. Mais il faut être attentif parce que si on met toujours une intensité plus élevée que dans le match, on va être adapté à ça, mais on va perdre autre chose.Cependant, la répétition des matches met régulièrement à mal les organismes, de même que les capacités de réflexion des footballeurs. 

Outre la cellule médicale qui a un rôle prépondérant dans la récupération des joueurs, le staff technique de Leonardo Jardim doit lui aussi adapter ses séances. "Il y en a une part qui vient se faire sur le terrain, à savoir la récupération spécifique. Pour celle-là, qui se passe dans le jeu, avec une intensité réduite et sans avoir besoin de prendre des décisions comprimées par le temps, le joueur essaye de faire des situations de jeu avec plus de temps." Lorsque le club joue tous les trois jours, difficile de récupérer et de préparer le match suivant dans les meilleures conditions. Pour ce faire, Nelson Caldeira explique que la récupération fait parfois office "de préparation pour l'autre match. D'un point de vue physiologique, l'intensité est très basse, les décisions que le joueur doit prendre ne sont pas comprimées par le temps, et le joueur peut avoir le système nerveux plus relâché, mais en même temps l'entraîneur va donner quelques idées de construction, surtout dans l'idée d'organisation générale de l'équipe pour le prochain match.

En lien avec les idées du coach, Nelson Caldeira parle lui aussi de méthode écologique quand il s'agit de définir leur façon de travailler. Et va même un peu plus loin en expliquant que "cette méthode repose sur le principe de psychologie écologique de penseurs comme Bernstein ou Gibson. Ça dépend donc de 3 facteurs : l'environnement, à savoir ce qu'il y a autour, l'organisme, donc le joueur, et la tâche à accomplir, soit les exercices, le match. L'adaptation émerge de ces 3 facteurs." 

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