"J'aime le basket organisé et contrôlé"

Zvezdan Mitrovic est à la tête de l'équipe première de l'AS Monaco Basket depuis mars dernier. Auparavant, cet ancien étudiant en économie a longtemps coaché en Ukraine après avoir fait ses classes chez lui, au Monténégro.

Au cours des matches de la Roca Team, impossible de ne pas apercevoir un grand gaillard qui s'agite au bord du terrain. Zvezdan Mitrovic donne régulièrement de la voix pour donner ses consignes à son groupe. Après avoir découvert le basket à l'âge de 13 ans, le Monténégrin n'a jamais lâché la discipline qui est finalement devenue une passion.

Qu'est ce qui vous plaît dans ce sport ?

A mon avis, le basket est, sans hésiter, le sport de ballon le plus intéressant. J'aime ce monde et tout particulièrement le basket européen. Le regarder et y travailler. Je regarde également l'Euroleague. Aujourd'hui par exemple, les joueurs ont un entraînement au tir. Ils me demandent toujours si je ne m'ennuie pas à les regarder. Je ne pourrais jamais m'ennuyer devant du basket. Je peux suivre deux à trois matches par jour, je ne m'en lasserai jamais.

Y a-t-il une différence entre le basket ukrainien et le français ?

Non, du basket reste du basket ! En Ukraine, il y avait 5 ou 6 joueurs étrangers, venus de Yougoslavie, des États-Unis ou des Pays Baltes par exemple. Le championnat français est très spécifique parce qu'il y a beaucoup de bons joueurs très athlétiques, même en Pro B. Dans cette ligue, il y a des leaders que tout le monde peut battre. Par exemple, Nancy, qui est une bonne équipe, n'a pas encore gagné de match*. C'est peut-être à cause de cela que ce championnat français est très intéressant car il est plein de surprises. C'est une belle invitation pour le public à regarder les matches car tout le monde a sa chance de gagner et de perdre. Par exemple, après mon arrivée l'an dernier, nous avons joué 11 matches en Pro B. On en a gagné dix et perdu un seul à domicile, contre Provence, qui était dernière au classement. C'est la différence entre le championnat français et les autres championnats européens. En Espagne par exemple, c'est très difficile de battre le Real Madrid ou Barcelone.Vous vous occupez également des U21 du Montenegro. 


En quoi est-ce différent du quotidien en club ?

C'est vraiment différent, même si cela reste du basket. Avec les U21, nous travaillons un mois et après on se disperse car c'est une sélection nationale. L'année dernière par exemple, j'ai eu quelques soucis, des blessures. Un des joueurs jouait dans la ligue espagnole. Ils n'avaient pas fini le championnat en Espagne que celui des jeunes commençait déjà au Monténégro. A Monaco, c'est totalement différent. Ici, ce sont des joueurs expérimentés. Nous devons trouver les bons moyens pour que tous soient en bonnes conditions. J'ai de bons assistants, comme par exemple Diego Goncalves, qui est très expérimenté. Il apprend sans cesse, il applique de nouvelles méthodes. Ce n'est pas facile parce que, par exemple, d'un côté nous avons Yakuba (Ouattara) et Cyril (Akpomedah). Le premier a 23 ans et l'autre 36 ans. Les joueurs monégasques ont tous des compétences qui leur sont propres. 

C'est-à-dire ?

Il leur faut des analyses et des programmes individuels. Pour la préparation physique, c'est important d'avoir une bonne équipe. Olivier (Basset) et Diego sont des personnes essentielles pour que l'équipe fonctionne. On ne peut avoir de bons résultats qu'en ayant une bonne équipe. C'est pour cela qu'il était important de sélectionner non seulement les joueurs mais aussi mon staff. En ce qui concerne le basket, nous faisons les mêmes choses. Si le joueur est bon en tir, on le mettra à tel ou tel poste... etc. C'est de la tactique.

Votre rôle de sélectionneur en U21 vous aide à repérer de jeunes espoirs pour le club ?

J'observe tous les joueurs, en premier dans la ligue française. Pas seulement la Pro A mais également la Pro B, les espoirs, les jeunes. Si je vois quelque chose d'intéressant, je suis prêt à les inviter. L'an dernier, lors de notre match contre Denain, j'ai repéré Yakuba. Et je pense qu'il joue encore mieux cette année en Pro A que l'année dernière en Pro B. J'ai vu son talent, je savais qu'il travaillerait dur. Il est là à tous les entraînements optionnels. Et cela donne des résultats. Lors des matches de préparation, nous lui avons donné beaucoup d'énergie, nous l'avons aidé. Et il nous donne beaucoup en retour. 

Que pensez-vous de votre équipe, largement remaniée à l'inter-saison ?

Ce n'est pas bon de changer l'équipe. Mais, nous ne pouvions pas jouer en Pro A avec la même équipe que l'an dernier. Tout le monde le savait. Pour rester dans la ligue, et jouer les playoffs, il était nécessaire de changer. Après, il est vrai que c'est dangereux de renouveler tout l'effectif. Il ne reste plus que Cyril Akpomedah et Darrel Mitchell du groupe de l'an dernier. Ce n'est pas facile de faire une équipe tout d'abord, mais également de créer une bonne atmosphère, une bonne alchimie. Nous avons encore besoin de construire l'équipe, mais les gars font du bon boulot, ce sont des professionnels et ils semblent se comprendre. 

Comment avez-vous choisi les nouveaux joueurs ?

Vous savez, nous avons un budget et le marché est ouvert. Nous avions besoin de trouver des nouveaux joueurs, alors nous en avons beaucoup observés, tout l'été. Il existe également un programme appelé Synergy, qui donne de nombreuses informations sur les joueurs. Nous en avons approchés mais beaucoup voulaient jouer des coupes européennes, ce qui n'est pas encore notre cas. Mais les joueurs que nous avons recrutés cette année, nous les avons choisis et pour le moment ils font leur travail. 

Quel type de jeu préférez-vous ?

J'aime quand on joue au basket-ball, quand il y a une bonne défense car après on peut y aller et faire du bon boulot. Mais si une défense garantit de bons résultats, j'aime les jeux de phases, le jeu ouvert où l'on marque beaucoup de points. Mais cela avec des règles et non pas d'une manière un peu folle. J'aime le basket organisé et contrôlé. Je ne veux pas restreindre les joueurs et les empêcher de montrer leurs talents. J'aime le jeux de phases avec les règles de transition, avec toutes nos règles de positionnement que nous devons savoir mais je n'aime pas quand on passe la balle et que l'on fait les choses n'importe comment. Je n'aime pas par exemple quand un joueur marque 35 points lors d'un match, puis plus rien le match d'après. Je veux voir toute l'équipe jouer. Je veux que tous jouent comme une équipe. Pour moi, ce n'est pas un, deux ou trois meilleurs joueurs et le reste de l'équipe s'assoit et regarde. J'ai treize joueurs et tout le monde a une chance de montrer ce qu'il vaut. Sans compter que cela n'est pas aisé pour les adversaires lorsque les joueurs changent à chaque match.

Quelles sont vos ambitions ?

Elles sont très grandes ! Mais, en premier, c'est important pour moi de monter une équipe qui sait ce qu'elle fait sur les terrains, qui sait identifier ce qu'elle a mal fait. Nous devons y aller pas à pas. Si nous y parvenons, je pense que nous ferons de bons résultats. Et pour nous, de bons résultats équivalent à jouer les playoffs.

Vous envisagez une coupe européenne pour la saison prochaine ?

L'Eurocup, pourquoi pas. L'année dernière, nous avons franchi une sacrée étape. Nous avions la meilleure équipe et nous sommes montés. Cette année sera difficile pour nous. Nous devons d'abord devenir une équipe de Pro A solide, commencer à jouer de bons matches, être dangereux à la maison et gagner des matches en extérieur. Nous avons bien commencé mais je ne veux pas me projeter trop loin dans le futur. Je ne vois pas plus loin que le match à venir et en faisant pas à pas, je pense que nous pourrons avoir de bons résultats. Après, mon désir est de voir la salle Gaston Médecin remplie. 

*L'interview a été réalisée le 21 octobre. 

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