Chute sur la dernière marche

Alors que la saison était mal embarquée, l'arrivée de Sasa Obradovic a remis de l'ordre dans la maison monégasque. Mieux, il a conduit la Roca Team jusqu'en finale de Jeep Elite. Mais, face à l'ASVEL, ses hommes n'ont pas réussi à faire la différence lors de l'ultime rencontre. Et ont échoué pour la deuxième année consécutive sur la dernière marche menant au titre.

Charles Kahudi, le capitaine de l'ASVEL, longe le bord du terrain, ballon sous le bras. Son visage, déformé par un sourire rageur et son poing, serré, traduisent l'inéluctable fin qui se profile alors qu'il n'y a plus qu'une poignée de secondes à jouer. Un dernier lancer-franc, un ou deux temps de jeu dans la foulée. Voilà ce qu'il reste. Trop peu pour les hommes de Sasa Obradovic. Trop peu pour refaire leur retard, accumulé au cours d'un troisième quart-temps fatal. Et rageant. Car avant cette période, la Roca Team avait ce dernier match de la saison, cette finale 5, bien en main. Mais cette ultime rencontre résume finalement assez bien l'exercice vécu par l'AS Monaco basket. Des moments difficiles et d'autres, euphoriques. Après le coup de sifflet final, alors que les supporters de l'ASVEL fêtent la victoire des leurs (66-55 dans le match 5), certains visages se ferment. La fatigue, mais la déception, surtout, prennent le dessus alors que l'adrénaline retombe.

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 La remise des prix s'apparente à un lent chemin de croix pour les Rouge et Blanc. Sasa Obradovic rumine et tourne en rond. Les joueurs ont la mine défaite. Certains préfèrent ne pas garder leur médaille de second autour du cou, à l'image de Georgi Joseph ou d'Oleksiy Yefimov, directeur général du club. En tribunes, la centaine de supporters monégasques n'a pas le cœur à la fête. Malgré tout, il point dans leurs yeux une lueur. Celle de la fierté d'avoir vu leurs hommes se battre jusqu'au bout. Une fierté largement exprimée le lendemain lors d'une petite fête organisée par le board asémiste dans l'enceinte de la salle Gaston Médecin. Mais aussi sur les réseaux sociaux, où les envolées lyriques en 280 caractères ont fleuri une fois l'adrénaline retombée et le coup de massue digéré. Car il faut bien le dire, personne n'aurait misé sur une finale de Jeep Elite avec l'AS Monaco au cœur de l'hiver.

Nouvelle saison, nouveau coach, mauvais départ

Après l'ère Mitrovic (parti à l'ASVEL), au cours de laquelle le club est revenu en Pro A, désormais appelée Jeep Elite, glanant au passage un titre de champion de Pro B et trois Leaders Cup, l'AS Monaco s'est tournée vers Sasa Filipovski. Le Slovène est arrivé sur le Rocher avec un joli CV. Passé notamment par le Banvit Bandirma, il avait écarté l'AS Monaco de la finale de Champions League deux ans auparavant. Battu la saison dernière par l'ASM, Filipovski avait donc pu avoir un aperçu de son groupe, d'autant que l'effectif a peu bougé l'été dernier (7 joueurs sont restés). Malgré de bonnes choses entrevues en préparation et l'arrivée de quelques nouveaux, la mayonnaise n'a jamais réellement pris. Les débuts en championnats sont laborieux (l'AS Monaco pointe à la 16e place après 10 journées, avec 5 victoires et 5 défaites), même si les prestations en Eurocup permettent au club de se maintenir en vue de la qualification pour le Top 16. 

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En difficulté sur la scène nationale jusqu'à l'hiver, les Roca Boys manquent d'ailleurs le bus de la Leaders Cup. Pourtant triple vainqueurs de l'épreuve sous Mitrovic, les coéquipiers de Paul Lacombe n'ont pu cette année défendre leur bien. Si quelques blessures handicapent l'équipe, à l'image de la longue absence du capitaine Amara Sy ou des pépins de Gerald Robinson, la méthode Filipovski ne prend pas. Quelques victoires de prestige donnent cependant des raisons d'y croire, à l'image de ce succès face à Belgrade (75-91), sur le parquet des Serbes, en phase régulière d'Eurocup. Une phase bouclée avec 7 victoires et 3 défaites (79,6 pts marqués en moyenne, pour 75,7 encaissés). 

La deuxième partie de saison européenne sera beaucoup plus délicate. Dans une poule relevée, avec l'Alba Berlin, le Rytas Vilnius et le Partizan Belgrade, les Monégasques ne passeront pas cette étape, terminant avec 2 victoires et 4 défaites en six matches (69,7 pts marqués en moyenne contre 76,2 encaissés par match). Et si dans le même temps une timide remontée s'opère en championnat, le discours du coach semble avoir de plus en plus de mal à passer. Dans un entretien accordé à la Gazette de Monaco (paru en février dernier), Paul Lacombe évoquait d'ailleurs les problèmes connus depuis le début de saison. "Nous rencontrons des difficultés en France parce que l'on a des joueurs majeurs, tout comme l'entraîneur, qui ne connaissent pas nécessairement notre championnat et ont du mal à s'adapter. Cela s'explique aussi par les blessures, on ne va pas se mentir", détaillait alors l'arrière asémiste. Avant d'ajouter qu'avec le coach Filipovski, les choses étaient plutôt délicates. "C'est assez compliqué et conflictuel depuis le début, malheureusement, et ce, pour plusieurs raisons. Nous sommes passés d'un coach, Zvezdan, avec qui l'on gagnait les matches, car il y avait une harmonie, tout en s'entraînant très peu, à Saso qui voit les choses différemment. Il a besoin que le groupe s'entraîne beaucoup pour performer, tandis que Zvezdan prônait la fraîcheur physique."  Si l'arrière confie tout de même avoir senti l'apport du travail du technicien à partir de fin décembre, le redressement de l'équipe est intervenu trop tard pour qu'il ne puisse continuer sa mission.

Obradovic remet les pendules à l'heure

Alors que le club peine à décoller en championnat, les dirigeants décident qu'il est temps de changer des choses. Et comme souvent en sport collectif, c'est le fusible de l'entraîneur qui est actionné. Filipovski est débarqué et c'est Sasa Obradovic qui reprend les rênes de l'équipe. Le Serbe de 59 ans retrouve ainsi Sergueï Dyadechko (avec qui il a travaillé à Donetsk) et Oleksy Yefimov avec lequel il avait déjà collaboré à Kiev. Très vite, les choses évoluent dans le bon sens, même si Obradovic ne peut siéger sur le banc les premiers temps, la faute à l'homologation de son contrat perturbée à cause de l'équivalence de ses diplômes. Un comble pour un homme élu meilleur entraîneur d'Eurocup sur la saison 2017/18 alors qu'il officiait à Krasnodar. 

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Avec le retour de Dee Bost à la mène (Needham partira ensuite à Vilnius), et un effectif enfin épargné par les blessures (et renforcé en décembre par les arrivées d'Eric Buckner et Sergii Gladyr), la Roca Team trouve son rythme de croisière. Les victoires s'enchaînent et Gaston Médecin devient alors une forteresse imprenable. Si l'embellie avait débuté sur la fin du mandat de Filipovski (trois victoires en championnat sur ses trois derniers matches face à Gravelines, Nanterre et Fos-sur-Mer), Sasa Obradovic va terminer la phase régulière sur un bilan hallucinant de onze victoires et une défaite. Un revers d'un petit point à l'Astroballe, déjà. Car s'il est une équipe qui a fait mal à Monaco cette année, c'est bien l'ASVEL. En saison régulière, comme en coupe de France, ce sont les Rhodaniens qui l'ont emporté à chaque fois. Si les victoires s'enchaînent, le spectacle est lui aussi au rendez-vous. Alors que l'équipe affichait une moyenne de 79,9 points marqués par match sous Filipovski (pour 76,15 encaissés), elle passe à 88,3 points scorés sous Obradovic (pour 75,9 encaissés). Un changement significatif reflétant parfaitement ce que l'on a pu voir sur le parquet à partir du mois de mars. Et qui a permis à l'AS Monaco de remonter dans les hauteurs du classement, jusqu'à terminer à la 2e place. Et de prendre part aux play-offs….

Folle série

S'ils n'apparaissaient pas comme candidats aux play-offs alors que la neige tutoyait le sud de la France, les Roca Boys n'ont pas tardé à faire office de sérieux candidats au titre une fois la qualification acquise. La première victime des Rouge et Blanc s'est avérée être le CSP Limoges. A Monaco (93-73) comme chez eux (62-90), les joueurs de François Peronnet n'ont pas tenu le choc face à la bande d'Obradovic. La bataille a été plus rude ensuite face à Dijon. Il a en effet fallu passer par la prolongation pour voir les Monégasques remporter le premier match (à domicile, 82-77), qui n'ont pas eu la tâche facile ensuite (84-75 au match 2 et victoire 78-81 à Dijon sur le match 3). Dans le même temps, l'ASVEL avait écarté Le Mans (2-0) puis Nanterre (3-0). 

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Un duel de rêve pour une finale dont le scénario allait réserver quelques surprises. Car après deux premiers matches délicats à Villeurbanne, les choses ont pris une tournure bien différente. Expulsé en deuxième mi-temps du match 2, Sasa Obradovic a, grâce à cela, créé le déclic nécessaire au retour de ses hommes. Deux matches dominés de la tête et des épaules plus tard, la Roca Team recollait donc à 2-2 pour s'offrir un final bouillant dans l'étouffante Astroballe. Si cet épilogue a vu le 19e sacre de l'ASVEL, il a cependant envoyé un message. Celui que l'AS Monaco ne s'avouait jamais vaincue. Et comme l'a dit Obradovic à l'issue de la rencontre, "il y a un investissement important, le club est arrivé très vite à ce niveau là et à un moment cela va payer." Dès l'année prochaine ?

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Le roster en formation

Alors que l'équipe part en stage, début août à Bormio pour sa préparation d'avant-saison, le board monégasque a déjà bien avancé sur son effectif pour l'exercice 2019/20. A l'heure où nous bouclions ces lignes, Sasa Obradovic comptait déjà huit joueurs. Après les prolongations de Dee Bost (pour deux ans), Eric Buckner (une saison) et Yakuba Ouattara (une saison), l'AS Monaco basket a enregistré cinq arrivées. Wilfried Yeguete (intérieur, 2,02 m) s'est engagé pour deux ans, tandis que Dylan Ennis (arrière, 1,88 m), Kim Tillie (intérieur, 2,11m), J.J. O'Brien (ailier, 2,01m) et Anthony Clemmons (meneur, 1,86) ont rejoint la Roca Team pour une saison. D'autres arrivées doivent encore avoir lieu.