Vanessa Dessi (pilote de rallye) : "Faut être un peu fêlé"

Journaliste à Monaco Info, Vanessa Dessi est aussi la présentatrice de l'émission automobile Asphalte, diffusée sur le canal monégasque. Pour la jeune femme, un rêve de gosse se réalise, car derrière ses longs cils de biche se trouve une fondue de rallye.

Un jour, on a dû présenter la Twizzy dans un reportage. J'ai fait l'essai et on a fait quelques plans, comme ça, pour s'amuser. Le caméraman, Lionel Bernardi, est un passionné de voitures, alors on s'est dit : "Pourquoi on ne ferait pas notre émission ?" C'est parti de là. J'en avais toujours rêvé", déclare-t-elle, sourire en bandoulière. Un magazine de 26 minutes mensuel, voilà à quoi s'attelle la demoiselle de 35 ans, en plus de son quotidien à Monaco Info.

"Ça me prend beaucoup de temps. Il faut démarcher les concessionnaires, les pilotes et organiser un planning tenable pour tous. J'écris les plateaux le soir, chez moi. Lionel s'occupe de filmer et de monter l'émission. C'est beaucoup de boulot, mais c'est tellement de plaisir."

La passion pour la course auto, Vanessa la tient de son père, Marc Dessi. Cela fait plus d'une trentaine d'années que le Monégasque court en championnat du monde des rallyes (WRC). Il a notamment participé à près d'une trentaine de rallyes de Monte-Carlo, dont sept avec Vanessa dans le rôle de copilote.

Piquée petite

"Ma mère me disait toujours : "Va te coucher, demain y a école !". Je voulais rester avec mon père et ses copains qui venaient à la maison pour préparer le rallye. Pour moi, c'était l'événement. Mon père m'a toujours dit : "Une fois que tu auras 18 ans, tu viendras avec moi, tu seras copilote."

Rôdée à la conduite depuis l'âge de quinze ans, il lui aura fallu attendre un peu. Une fois le permis en poche, papa Dessi a embarqué Vanessa dans l'aventure. "Et à partir de là, ça a été fini. Tu te dis que tu ne peux plus t'en passer. On parle souvent d'être piqué, d'avoir le virus", lance-t-elle.

Et d'ajouter, "pour être copilote, faut être un peu fêlé quand même. Tu te laisses guider. Si la voiture s'en va, elle s'en va. J'ai déjà fait de grosses sorties de route. Mais c'est aussi toi qui donnes le rythme, c'est très stimulant."

En 2005, elle s'est lancée dans le pilotage, avec sa sœur cadette, Pamela, en copilote. "Je n'ai confiance qu'en la famille. Je ne pars pas avec n'importe qui."

Sous le tailleur, la combi

"Pour la petite histoire, quand ma mère était enceinte de moi, elle ne le savait pas au début et est partie rouler avec mon père. Je me dis qu'à tous les coups, c'est parce que j'ai fait un rallye dans son ventre que je suis mordue (elle explose de rire) !"Petite, la demoiselle jouait plus aux voiturettes qu'à la poupée, et ça ne l'a pas dérangée outre mesure. "J'ai toujours eu tendance à être plus avec des mecs en fait", explique-t-elle.

"En tant que femme, je trouve qu'on est vachement chouchoutées. Il n'y a pas de machisme du tout, on est accueillies les bras ouverts. Et pourtant, j'ai commencé en 1998, ça fait un bail. J'ai toujours vu des copilotes femmes. De toute façon, dès que j'ouvre la bouche et que je discute avec des hommes du milieu, ils constatent qu'on parle le même langage et que je m'y connais autant qu'eux, donc ils me respectent."

Cheveux brushés, maquillée et bien sapée, on a du mal à gommer la féminité pour imaginer Vanessa en combi. Et pourtant. "Combi, cagoule, gants. T'es comme tous les autres. Tu viens pas pour un défilé, on te voit même pas. Ce n'est pas très féminin, les combis sont taillées pour les mecs. Ils ont toujours pas compris qu'il faudrait faire des coupes filles… (Elle sourit) Pour trouver la bonne taille, c'est galère."

Michèle Mouton, un modèle même pour les mecs

On lui parle de références féminines, elle nous coupe. "Michèle Mouton. Pour moi, c'est incroyable ce qu'elle faisait. C'est un modèle, même pour les mecs, je pense. Les voitures, fallait les mener avant, t'avais pas de direction assistée, elles faisaient 500 chevaux pour 700 kilos. C'était du vrai pilotage. Aujourd'hui, on a plus de facilité."

La Grassoise, surnommée le "beau volcan noir" a été quatre fois vainqueur de manches du WRC et vice-championne du monde en 1982. Aucune femme n'a jamais égalé le niveau de Michèle Mouton. Et ce n'est pas le but de Vanessa. Elle ne cherche pas à percer. "Je fais ça par passion et pour m'amuser. Je ne suis pas là pour faire des temps. J'ai récemment fait l'acquisition d'une 205, comme à l'époque. C'est une voiture que mon père avait quand j'étais petite. Je m'étais toujours dit, dès que je peux, je l'achète. Je suis allée la chercher à Avignon et je la retape avec lui." 

Maman est en course

Très proches, père et fille ne se lâchent pas, en tout cas, lorsque ça concerne la mécanique. "C'est paradoxal parce que je suis très indépendante dans la vie. Mais c'est lui qui m'a emmenée dans cette voie, j'ai besoin de lui. Si je n'avais pas son soutien, je ne sais même pas si je continuerais."

De génération en génération, les Dessi se transmettent le goût de la course. Vanessa a un loupiot de huit ans, Stan. Il a déjà l'habitude du circuit. "Je l'ai mis au kart. Il roule bien, il a déjà un bon coup de volant." Et pour Stan, rien de surprenant à ce que sa mère soit adepte du sport auto. "Il sait que maman est en course."

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