Sur le toit du monde

Le Monégasque Stéphane Richelmi a vécu une très belle année 2016. Engagé en endurance sur une Alpine avec le Team Synatech, le jeune homme a remporté son premier titre de champion du monde. De quoi lui faire passer de belles vacances de fin d'année en attendant la nouvelle saison.

Il  faut parfois savoir revoir son plan de carrière pour rencontrer les sommets. C'est un peu ce qu'il s'est passé sur les dernières saisons pour Stéphane Richelmi. La précédente fois que nous l'avions vu, il s'apprêtait à courir en Blancpain GT Series avec son compatriote et ami Stéphane Ortelli. Et nous le retrouvons donc tout juste auréolé de son titre de champion du monde en LMP2 (Le Mans Prototype) décroché avec le Team Synatech-Alpine. Une belle récompense pour le jeune homme qui a travaillé dur depuis plusieurs années pour réussir une performance de cette envergure. D'autant que l'endurance et la LMP2 n'étaient pas forcément au programme de celui qui était aux portes de la F1.

De la monoplace au baquet partagé

Après quelques années passées au volant d'une GP2, l'antichambre de la F1, Stéphane Richelmi décide finalement de bifurquer et de s'orienter vers une autre voie, mais toujours sur l'asphalte. Direction donc les GT pour ce qui n'aura finalement été qu'une "année de transition", comme il le dit lui-même. "Même si les 24h du Mans ont toujours été un objectif, après le GP2, je suis parti en Blancpain où je voulais devenir pilote Audi. Mais je ne suis pas tombé sur la bonne année", analyse, lucide, Stéphane Richelmi. 

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La faute à la conjoncture qui devenait compliquée mais aussi au scandale des moteurs Volkswagen, Audi étant une marque appartenant au groupe VW. Mais sur les bons conseils de son manager, qui gère également les intérêts de Thierry Neuville, Richelmi entrevoit de nouveaux horizons. "Il m'avait conseillé de faire les 24h du Mans plutôt que de faire du GT où les pilotes sont soit en fin de carrière, soit des personnes qui n'ont fait que ça. Il m'a dit qu'ayant été aux portes de la F1, ce serait dommage pour moi de faire ça." 

Alors qu'Alpine avait déjà son casting quasi-complet pour la saison à venir, un investissement venu de Chine a redistribué les cartes. "Les Chinois ont financé une voiture avec deux pilotes, il en manquait donc un pour leur voiture et une place s'était libérée dans l'autre baquet", raconte Stéphane Richelmi. Un "oui" plus tard, le Team pouvait se mettre au boulot pour une saison qui allait vite rouler sous les meilleurs auspices.

Entre attente et partage

En faisant ses premiers pas dans le milieu du WEC et de l'endurance, le Monégasque a également découvert de nouvelles facettes de son métier. Car dans cette discipline, l'une des caractéristiques est de partager le volant entre trois pilotes. Faisant équipe avec le jeune et inexpérimenté Gustavo Menezes (pilote Silver), "l'Américain dans toute sa splendeur, un super mec" et Nicolas Lapierre (pilote Gold, le leader du groupe), "qui roule en monoplace depuis 10 ans", Richelmi a découvert l'importance du partage, mais aussi de nouveaux amis. "Il faut une bonne ambiance, une bonne entente, c'est un vrai "team spirit" qui se met en place. Pour moi qui venait de la monoplace, c'est différent. Je me suis toujours entendu avec mes coéquipiers, mais ce n'est pas la même chose, parce que ça reste un adversaire une fois sur le circuit. Alors que là, il faut que l'on progresse ensemble." 

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Si son aventure en Blancpain lui avait déjà donné une idée de ce que le partage de volant implique, Stéphane Richelmi loue surtout l'état d'esprit de ses coéquipiers. "Quand il y en a un qui veut tirer la couverture sur lui, c'est compliqué, tandis que nous, ce n'était pas le cas. C'est très simple d'évoluer en groupe quand tu tombes sur des mecs bien, simples et ouverts d'esprit. L'entente joue énormément et quand tu te sens bien avec tes collègues, tu te sens bien dans la voiture. On était continuellement dans le partage. Et même si, au départ, tu n'es pas les plus rapides sur le papier une bonne entente peut te faire réaliser de belles choses sur une course ou une saison." 

Autre point qui a pu déstabiliser Stéphane, l'attente sur les courses. Qu'elles durent 6 heures, pour la majeure partie des épreuves de la saison, ou 24, à l'image de la mythique course du Mans, les pilotes doivent alterner dans le baquet. "Au niveau du pilotage, pour moi c'était plus simple que dans une GT, donc j'ai été au taquet tout de suite. La durée de l'épreuve, en dehors de celles de 24 heures, ça ne me changeait pas beaucoup parce qu'on fait du relais. Le plus dur était de trouver comment me comporter quand les autres roulaient", confie Stéphane. 

Car quand il n'est pas au volant de son Alpine, le Monégasque doit attendre son tour. "Quand tu es derrière l'écran avec la radio, c'est particulier. La chose la plus délicate, c'est de ne pas trop stresser quand on ne conduit pas et réussir à se reposer un peu, surtout sur les courses de 24 heures comme au Mans. Après, quand on reprend le volant, on gère, on est aux commandes."

La consécration du Mans

Les 24 heures du Mans étaient d'ailleurs l'objectif principal de Stéphane Richelmi. Si son Team visait surtout une victoire sur la saison, celui qui est aussi chef d'entreprise voulait s'imposer au Mans. Cependant, à mesure que l'événement se rapprochait, le jeune homme sentait grandir l'appréhension, mélangée à une certaine excitation. "J'avais une certaine appréhension de tout ce qu'il peut se passer, parce que ne serait-ce qu'au niveau du trafic, il y a encore plus de monde, c'est une course mythique, tu vises la victoire, mais il peut se passer tellement de choses sur 24h. J'ai essayé de prendre des avis d'autres pilotes, mais on ne sait pas non plus à quoi s'attendre. Je voulais profiter des moments sans me prendre la tête." 

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Une découverte totale pour lui qui n'avait jamais pris part à ce monument du sport auto. Et s'il s'est rendu compte que cela peut-être usant, ce sont surtout les sollicitations autour, plus que la course elle-même, qui l'ont fatigué. "C'est juste long, il ne faut pas perdre patience. On a fait une petite erreur au départ, à cause des conditions météo et de notre choix de pneumatiques, on s'est retrouvé un peu loin mais on a refait notre retard au fil de la course. Lapierre a pris mon relais de nuit, et moi j'ai pris son relais du matin, du coup j'ai pu dormir 4h. C'est ultra long, et la dernière heure, quand tu es en tête, elle est très très longue. Parce que tu as peur de devoir abandonner sur une bêtise au dernier moment, et c'est très dur. Mais c'est une super aventure humaine aussi. C'est vraiment une course à part." 

Un titre en attendant la suite

Et comme les bonnes nouvelles n'arrivent jamais seules, la saison a été bénéfique et réussie de bout en bout pour Richelmi et ses coéquipiers. Les trois lascars ont en effet remporté le titre de champion du monde à l'issue d'un exercice rondement mené. "C'est la transformation de quelque chose pour laquelle on a bossé toute l'année. Et personnellement, après quelques années de déception, c'est un super sentiment. Outre les résultats, c'est une super année de partage, il y a la victoire, mais aussi tout ce qu'on a fait ensemble. La façon dont je me suis senti en y allant, c'était top." Une année qui demande dorénavant confirmation pour le pilote monégasque. 

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À l'heure où nous bouclons ces lignes, Stéphane Richelmi est d'ores et déjà assuré de faire à nouveau les 24 H du Mans et reste pilote Alpine. Il aura également, sans doute, l'opportunité de faire quelques courses dans la saison avec ce team.

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