"On est des hommes de défis"

Daniel Elena, le copilote monégasque de Sébastien Loeb, se montrait satisfait de la 4e place du duo sur ce 87e Rallye Monte-Carlo. Même s'il l'avoue, finir sur la boîte aurait laissé un meilleur goût à ce retour à la maison.

Un marathon. C'est ce qu'ont réalisé Daniel Elena et Sébastien Loeb. Après 10 jours de course au Dakar, un bref passage à la maison, ils ont changé de combinaison et de terrain de jeu pour celui du WRC. Découverte de la voiture, de l'équipe, du parcours, le tout en un temps record.

Comment s'est passé ce retour en WRC, quelques jours seulement après le Dakar ?

Bien, mais pas trop bien non plus puisque l'on avait l'habitude de le gagner (rires). Plus sérieusement ça s'est mieux passé que la dernière fois puisqu'en 2015 on avait tapé un rocher quand on était en bagarre pour la gagne et on avait fini 8e. Donc c'est plutôt bien parce qu'on a fini le Dakar, on est rentré le vendredi à la maison et le lendemain on découvrait la voiture sur la neige. Ce ne sont pas les meilleures conditions pour le faire, ensuite on a eu un jour d'essais. On a fini vers 19 h 30 aux alentours de Gap pour ensuite rentrer à Nice, où on est arrivé vers 22 h30, ça vraiment été un rythme de fou.

Tenir le coup a dû être compliqué durant ces quelques jours ?

On en parlait avec Seb' avant la Power Stage (la dernière spéciale de ce Monte-Carlo), on en était presque à chercher un endroit pour faire une sieste. Mais on a tenu. Physiquement, avec le décalage horaire en plus, ça n'a pas été simple. Parce que le Dakar est tout de même une épreuve atypique, bien que plus courte cette année, avec dix étapes intensives, dans le sable, avec la chaleur, c'est très éprouvant physiquement. Et arriver, découvrir une nouvelle équipe, un nouveau mode de fonctionnement, la voiture… Parce que, même si ce sont des tops voitures, elles ont chacune leurs spécificités. La Citroën, on la connaissait bien parce que ça faisait 20 ans qu'on connaissait leur philosophie. Je rentrais dans la voiture, tout était à la même place. Là, tous les jours on découvrait des nouveaux trucs.

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Est-ce difficile justement d'arriver sur une nouvelle voiture si peu de temps avant la course ?

Compliqué non, parce que le job on sait le faire. Mais pour être performant à 100%, il faut du temps. Que ce soit pour le contact avec l'équipe, le développement de la voiture, de la comprendre aussi… Malgré tout, finir là, au pied du podium, parce qu'on a fait quelques erreurs de pneumatiques, on est quand même content de notre résultat. On a été là, on a été au bout. On n'a pas fait le rallye à 100% dans de bonnes conditions, mais on a fait le job.

Vous tirez donc un bilan positif de ce rallye ?

Avec Sébastien, on a été embauché chez Hyundai pour ramener des points par rapport au championnat du monde constructeur. Et ce que je retiens, c'est que ce soir (dimanche 27 janvier), c'est Hyundai qui repart de Monaco en tête du championnat du monde des constructeurs. Donc on a fait notre boulot.

Comment se sont passés vos premiers pas chez eux d'ailleurs ?

On a signé, on est parti au Dakar et pendant qu'on était là-bas, ils ont changé de directeur sportif. Donc on est arrivé, on ne connaissait personne. Je ne savais même pas qui était mon ingénieur. On a donc appris à se découvrir, à travailler ensemble, et on va continuer à le faire. Comme je leur disais en rigolant, "on va arriver à Gap je ne sais même pas par où on rentre dans votre maison" (rires).

Est-ce compliqué de passer du Dakar au rallye en 48 heures ?

Ce sont deux disciplines complètement différentes. On a pratiqué le rallye dans tous les sens donc c'est très naturel pour nous. Notre façon de travailler avec Seb est restée la même. Pour la préparation du rallye, les reconnaissances et autres, mais c'est sûr que, quand on est sur la ligne de départ, je ne lui dis pas "Cap 130 sur 4km", je suis sur du "gauche, droite, gauche". On a réussi à faire le on/off, passer en reset dakar pour se mettre en mode WRC. Ce qui manquait, c'étaient les heures de sommeil et le décalage horaire. Il faut savoir que sur un Dakar, la moyenne pour un copilote, c'est 3 à 4  heures de sommeil par nuit. Pendant le rallye, j'ai réussi à dormir 8 heures sur une seule nuit. Je me suis levé encore plus fatigué que la veille.

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Était-ce une bonne chose pour vous d'enchaîner sur le Rallye après un Dakar frustrant (3e place) ?

Le challenge était difficile. On sait très bien que si on veut être à 100%, il ne faut pas faire le Dakar. Tous les autres concurrents ont fait 5-6 jours d'essais, là où nous n'en avons fait qu'un. Mais c'était un pari à tenir, on est des hommes de défis. Et je pense qu'on l'a relevé. Même si au Dakar il s'est passé ce qu'il s'est passé (erreur présente dans le road-book qui les a fortement pénalisés, eux ainsi que d'autres concurrents), je l'ai toujours en travers de la gorge, mais on termine quand même sur le podium, en étant dans un Team privé, dans le sable, qui n'est pas notre terrain de jeu préférentiel. Mais on a très bien marché, on aurait pu le remporter, et on termine quand même sur le podium. Ici, finir au pied du podium, on se bouffe (sic) la course tout seul jeudi soir avec notre choix de pneus.

Pourquoi ?

On n'a pas voulu prendre de risques. C'était le premier jour du rallye, avec deux spéciales de nuit et découvrir d'entrée la voiture, en nocturne, sans avoir fait d'essais de pneus, on s'est dit qu'on allait passer le jeudi comme ça et qu'on irait plus fort le vendredi. On fait quand même deux temps scratch, parce qu'on a été un peu plus finauds sur les pneus justement, mais c'est sûr, on aurait aimé être mieux classé parce qu'on reste des compétiteurs. On ne peut pas non plus être déçu. Mais l'an prochain, on va tout donner. On n'ira pas au Dakar, on connaîtra mieux la voiture, donc ce ne sera pas pareil.

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