Gazelles un jour, Gazelles toujours

Fin mars, 330 équipages de 16 nationalités différentes sont partis de Nice pour le 28e Rallye Aïcha des Gazelles. Une rallye-raid 100% féminin et hors-piste sans GPS. Parmi elles, cinq équipages ont fièrement représenté les couleurs de la Principauté.

Des souvenirs plein la tête et pour certaines la furieuse envie de remettre le couvert. Difficile de ne pas être contaminé par l'enthousiasme des gazelles qui perdure toujours quelques semaines après leur retour au train-train du quotidien. Elles étaient cinq équipages liés à la Principauté. Des personnalités sous les feux des projecteurs, comme Pauline Ducruet, la fille de la Princesse Stéphanie (Team 243) et sa coéquipière Schanel Bakkouche ou encore la fille du Prince Albert II, Jazmin Grace, accompagnée de Kiera Chaplin (504). Mais aussi des personnes comme on en rencontre tous les jours, qui travaillent en Principauté depuis des années, comme Sophie Richard et Sarah Es Seddiqi (les Gazelles du Coeur - 222), Isabelle Faust et sa coéquipière Sandrine Martial (Intrépides Gazelles - 310) ou Sophie Challet et sa copilote Delphine Pohardy (les "Phi"lles du désert - 145). Retour sur les pistes marocaines.

L'appel de l'aventure

Mais qu'est-ce qui incite ces aventurières à se lancer un tel défi ? "Nous avons vu le premier rallye partir au Journal de 20 heures il y a 28 ans alors que nous étions colocataires et étudiantes. J'ai dit à Delphine qu'on le ferait avant nos 50 ans. On en a 46 ans !", explique Sophie. Isabelle et l'autre Sophie ont aussi eu le déclic en assistant au départ. "En discutant avec les équipages, je me suis prise au jeu. J'ai appelé Sandrine qui m'a dit qu'elle avait toujours rêvé de faire ça", raconte Isabelle. 

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Mais si la première étape consiste à se jeter à l'eau, le plus dur reste ensuite à faire. Entre la recherche de sponsors, la location du matériel, il aura fallu un an, voire deux pour certaines, pour concrétiser cette aventure. Elles ont dû aussi effectuer des stages obligatoires de conduite, en France ou à l'étranger. "Nous avons eu un entraînement de trois jours dans l'Utah en janvier. Plusieurs trainings sont proposés par l'organisation : navigation, conduite, mécanique", a déclaré Pauline Ducruet à Monaco-Matin, le jour du départ. 

Enfin des départs. Puisque pour marquer la toute première participation de véhicules 100% électriques, un premier coup d'envoi a été donné à Monaco par la Princesse Stéphanie. Quelques heures après, les tandems s'élançaient de la Promenade des Anglais sous les encouragements de leurs familles et amis. Les collègues de Sophie et Sarah, du Centre Cardio-thoracique, étaient eux aussi venus en nombre. "Quasiment tout notre service était présent", se souvient encore émue Sophie. De là, direction Sète, où les gazelles embarquaient sur un bateau pour Tanger. "Un jour et demi, presque deux, le trajet a été long", confirme Isabelle. "D'autant qu'après, nous avions encore 10 heures de route à travers l’Atlas pour se rapprocher le plus possible du bivouac où on était attendue le lendemain. On n'était plus qu'à 70 km de notre hôtel mais on était tellement fatiguée qu'on a décidé de se poser avant. On a bien fait. Le lendemain la route était magnifique et on avait passé une bonne nuit". De quoi partir du bon pied, car leur arrivée au bivouac marquait le début des choses sérieuses. Portables rendus, cartes récupérées, le prologue pouvait commencer.

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A l'ancienne

Dunes, désert rocailleux, lacs asséchés… au Maroc les paysages se suivent mais ne se ressemblent pas. Et les gazelles ont beau se préparer pendant de nombreux mois – certaines ont même parfois fait un stage sur place -  une fois sur le terrain, la réalité est toute autre. Les réveils à 4 heures, la nuit qui tombe brutalement, les amplitudes thermiques. Sans oublier les cartes… des années 60. "On n'y voit pas grand-chose. Et le peu qu'il y a, comme une piste éventuellement passante ou pas, est effacé", explique Isabelle. "Alors on se repère aux montagnes. On compte les grandes dunes, comme celles de Chegaga et de Merzouga, qui sont bien foncées sur la carte et existent toujours. Mais d’autres plus petites se sont formées". 

Rapidement, les automatismes se mettent en place. Alors que les coéquipières prévoyaient initialement d’alterner entre conduite et coapilotage, chacune a rapidement trouvé son équilibre à un poste précis. "Une fois qu'il y en a une qui connaît la voiture et l'autre qui a relié ce qu'il y avait sur la carte à l'extérieur, si l'on échange, on repart de zéro", souligne Sarah, qui jouait le rôle de copilote. Un poste qui nécessitait une attention constante, personne n'étant à l'abri d'un enlisement. Isabelle et Sandrine, elles, en ont d'ailleurs vécu trois dans la même journée. "Avec les reports de cap, on galérait pour trouver les balises. Du coup, un jour on s'est dit : peu importe, on va au cap. On a "tanqué" dans une zone sablonneuse. On a dû sortir toutes nos plaques pour creuser sous la voiture, on a mis du temps. On a eu de la chance car un 4X4 est passé et nous a sorti avec une corde."

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Pour les bonnes causes

Si le Rallye des Gazelles soutient l'association Cœur de Gazelles, cela n'empêche pas certains équipages d'aller plus loin dans la démarche humanitaire. A l'image de Sarah et Sophie du Centre Cardio-Thoracique de Monaco, qui ont choisi d'associer leur projet au Monaco Collectif humanitaire, qui permet chaque mois à quatre ou cinq enfants africains d'être opérés en Principauté. Elles ont même eu le soutien d’Olivier Giroud, l'ambassadeur de l’association monégasque. Isabelle et Sandrine, elles, reverseront les fonds supplémentaires à l'Amicale d'entraide et de prévoyance des fonctionnaires de la Sûreté Publique. "Une amie m’a parlé de cette association, dont je n'avais jamais entendu parler alors que je travaille à Monaco depuis 20 ans. Je voulais la faire connaître parce qu'elle apporte un soutien aux enfants orphelins, malades ou souffrant d'un handicap", explique Isabelle. Sophie et Delphine, elles, ont mis en avant la Fondation Béatrice Schonberg tandis que la fille du Prince Albert II possède depuis longtemps sa propre fondation, the Jazmin Fund. Enfin, pour l'occasion, Pauline Ducruet et sa coéquipière ont créé l'association Schapau (pour Schanel et Pauline), "pour encourager l'organisation de conférences et l'apprentissage des métiers de la création pour les jeunes femmes à travers le monde", comme elles l'ont expliqué à Monaco-Matin avant leur départ.