Le Dakar dans le viseur

Adrien Maré est un jeune homme déterminé mais patient. Et la patience semble porter ses fruits puisqu'il devrait prendre part au prochain Dakar, en 2018. Mais avant cela, c'est une préparation drastique, tant sur le plan du pilotage qu'en terme de logistique qui l'attend.

L'idée du Dakar lui trottait dans la tête depuis déjà pas mal de temps. Et Adrien Maré semble bien décidé à ce que les choses se mettent en place pour de vrai. Il est d'ailleurs fort probable qu'en janvier 2018, on le retrouve sur la ligne de départ du prochain Dakar. Sa progression lors des dernières saisons va d'ailleurs en ce sens. Car le pilote du Moto Club de Monaco, désormais membre du Team Casteu, a gravi les échelons étape par étape depuis quelques années avec cet objectif ultime en tête, prendre le départ du plus grand rallye-raid du monde. 

Srr16 Pp 050616 02774

Après son titre de champion du monde des Bajas fin 2015, il s'est orienté l'année dernière vers les rallyes afin de découvrir le roadbook et la navigation. En prenant part à deux courses du championnat du monde (Sardaigne et Maroc), il a pu se faire une idée de ce qui l'attendrait sur le Dakar. L'année 2017 sera celle de la préparation à cette grande aventure, aussi bien humaine que sportive. Mais sans forcément viser la performance au départ. "L'idée d'un premier Dakar, c'est de le finir. Mon challenge, c'est, avec mes propres moyens, faire du mieux que je peux et me rapprocher au plus des meilleurs pilotes. Mais mon but ultime sera de le terminer. C'est de me dire, je ne sais pas si j'aurai les moyens d'en faire un autre, donc autant y aller le plus sérieusement possible et arriver au bout pour se dire après, j'ai fait un Dakar et je l'ai terminé."

Des courses pour se préparer au mieux

Qui dit Dakar dit forcément préparation. Sur ce point, mieux vaut ne pas lésiner, car tous les pilotes s'unissent généralement d'une même voix pour louer la difficulté de l'épreuve. Et la première partie à voir est bien entendu l'aspect physique. "Là-dessus, je ne lâche pas. Il faut rester dans le rythme, c'est un travail sur toute l'année. Je me dis toujours qu'il faut que je m'améliore parce que j'ai le Dakar en tête depuis 3 ans et je veux être sûr de tenir la route physiquement. Donc je m'entraîne toujours avec mon coach, Olivier Oumailia, mais aussi avec Fabrice Morin, qui fait partie de Be You, qui nous est mis à disposition. J'ai donc deux préparations par semaine avec deux coaches, plus la piscine et la course en dehors de ça." De quoi arriver en forme sur les pistes d'Amérique du Sud. Et si l'aspect psychologique est sans doute le plus important, compte tenu de la longue durée de l'épreuve et des spéciales, avaler du kilomètre reste la meilleure des choses à faire pour être sûr ou presque d'être prêt au moment de s'aligner sur la ligne de départ. 

Srr16 Aa 040616 02701

Pour ce faire, Adrien Maré est parti fin mars en Espagne afin de rouler et de travailler son roadbook. Mais au-delà de ces kilomètres espagnols et de sa volonté de prendre part à quelques courses en Bajas, il a surtout deux grosses échéances dans les mois à venir. "En mai, je vais m'aligner sur le Merzouga Rallye, qui fait partie des Dakar Series. Et pour les amateurs qui, comme moi, n'ont jamais fait le Dakar, si l'on gagne le Merzouga, on remporte une inscription au Dakar. Ce qui n'est pas rien car cela représente 15 000 euros. Il y a beaucoup de monde qui y vient, donc le challenge est assez relevé. Mais on a réussi à gagner un titre alors pourquoi pas !" lance le pilote. Le deuxième gros morceau de sa saison devrait avoir lieu en octobre avec le rallye Oilibya du Maroc. "J'espère avoir ma moto de rallye pour celui-là car l'idée sera de la prendre bien en main avant de partir pour le Dakar. Au Maroc, ce sera comme l'an dernier pour moi à la seule différence que je n'aurai qu'un ravitaillement au lieu de deux avec la moto d'enduro." 

Une nouvelle monture

En effet, pour le Dakar, c'est une moto spécialement conçue pour les rallyes qui est nécessaire. Et cela ne se trouve pas à tous les coins de rue, ce qui en rend l'acquisition encore plus compliquée. Raison pour laquelle Adrien Maré risque de devoir faire le Merzouga sur une moto d'enduro, à moins d'en louer une de rallye. Mais là encore, les coûts sont élevés. "Je vais regarder si je peux y partir avec l'enduro, car une moto rallye-raid coûte environ 10 000 euros à la location et 30 000 à l'achat. En occasion, c'est très dur à trouver et les neuves ne se commandent que sur la période juin-juillet. L'idée est donc de passer commande à cette période et de l'avoir vers septembre-octobre pour l'Oilibya. Ce sera forcément une KTM car c'est ce qui se fait de mieux. C'est la 15e année qu'une KTM gagne le Dakar. Ils ont une vraie moto de rallye, qui est vraiment clé en main réservée pour les compétitions clients, ça se rapproche d'une moto d'usine et sur le Dakar, il y a un camion KTM avec les pièces qui suit. 

Npo 16 Fr 6068

Ça évite d'avoir une malle avec toutes les pièces en stocks à apporter avec soi." Une condition sine qua non pour prendre part au Dakar, car les motos d'enduro ne sont pas conçues pour les distances à parcourir, ni adaptées au "confort" nécessaire. Petites et légères avec des rapports de boîte un peu différents des modèles pour les rallyes-raids, les enduros sont plutôt pour les petites spéciales. Du côté des grosses cylindrées, elles sont plus longues, de quoi assurer une meilleure stabilité. La boîte de vitesse a des rapports plus longs et elles sont aussi plus lourdes du fait des réservoirs qui sont plus importants. La moto est rendue plus maniable du fait des poids répartis vers le bas. Au niveau du poste de pilotage, tout est placé sur le châssis, notamment en ce qui concerne la navigation. De quoi gagner en stabilité par rapport à une enduro "où tout est placé sur le guidon quand on part sur un rallye, donc ça ne fait que bouger et ça rend le roadbook difficile à lire", précise Adrien Maré. 

Roadbook et navigation

C'est là aussi un point important du Dakar et sur lequel celui qui est soutenu par l'association Be You doit travailler cette année. Les erreurs de navigation peuvent coûter très cher sur l'épreuve reine des rallyes, aussi bien en terme de temps que sur le plan de la sécurité. Et les GPS ne sont pas forcément d'une grande aide, comme l'explique Adrien Maré. "Ils ont vraiment renforcé la difficulté de l'épreuve en mettant des points cachés cette année (way point). Tu as ton roadbook sur papier et en plus tu as un GPS, fermé la plupart du temps, il t'indique juste ta vitesse, le cap que tu suis et le way point vers lequel tu te diriges. Les way points s'affichent, ou non, sur ton GPS si tu t'en rapproches assez. En cas de manquement d'un de ces points, tu as une pénalité de temps. Sur le Dakar, c'est une heure par point manqué." 

Srr16 Aa 060616 02721

Mais au-delà de la navigation en elle-même, c'est surtout la préparation du roadbook qui pose encore quelques petits problèmes au pilote du Team Casteu. "C'est une carte sur papier, en rouleau, que tu te fais défiler manuellement au fur et à mesure de ton avancement. Tu le découvres la veille au soir pour le lendemain et il faut 2-3 heures pour le préparer. Tu mets des codes couleurs pour essayer de le simplifier au maximum, mais il ne faut pas oublier que tu es sur la moto et tout tremble, le roadbook est écrit en assez petit, donc généralement, les flèches, on les surligne pour les rendre plus visibles, les changements de direction d'une couleur, une autre avec un point d'exclamation pour les dangers. Histoire que ça nous saute au visage quand on est sur la moto et qu'on perde le moins de temps possible à le regarder. Les ¾ du temps, quand tu tombes, c'est à cause de ça, parce qu'on a les yeux dessus et non pas sur la route." 

Logistique et financement

Mais le Dakar, ce n'est pas qu'une question de physique, de mental ou de pilotage. Il y a aussi tout un aspect logistique à prendre en compte. Et bien entendu, la donnée financière n'est jamais bien loin. Pour un Dakar, il faut donc compter environ 100 000 euros afin d'y prendre part. "Entre la moto, les accompagnateurs, un camion pour le mécanicien, à bord duquel ils doivent être deux pour des questions de sécurité, le salaire du mécanicien, plus les consommables, les billets d'avion et les hébergements, on arrive facilement à ces 100 000", constate Adrien Maré. Et pour réduire les coûts, le mieux est donc de fonctionner en Team ou de s'arranger avec d'autres équipes. 

Srr16 Pp 020616 02757

Pour ce faire, le pilote du Moto Club de Monaco peut compter sur David Casteu. Même si ce dernier est désormais responsable du Team Sherco, il n'oublie pas pour autant le sien et ses pilotes. Mais Adrien Maré ne veut pas se reposer uniquement sur cet ami de longue date, d'autant qu'il aime prendre les choses en main et savoir comment tout fonctionne. Il peut cependant aussi compter sur ses sponsors et notamment l'association Be You qui le suit, lui comme d'autres sportifs et artistes. De quoi lui permettre de préparer son Dakar tout en continuant son activité professionnelle. En attendant d'embarquer pour l'Amérique du Sud en fin d'année...

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos