"Un bilan positif"

Chef de mission aux JO d'hiver de Pyeongchang en février dernier, Sébastien Gattuso dresse le bilan de l'aventure, aussi bien d'un point de vue sportif que sur le plan humain.

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Le chef de mission est un observateur privilégié des Jeux Olympiques. Au plus près des athlètes et de l'ensemble de la délégation, le bon déroulé des événements dépend en grande partie de lui. De quoi s'assurer une bonne dose de pression, différente de celle de la compétition, mais tout aussi stimulante.

Quel bilan faites-vousde cette XXIIIe édition des Jeux Olympiques d'hiver ?

Le bilan est très positif et nous avons eu une délégation très dynamique. Malgré leur déception, je trouve que Rudy (Rinaldi) et Boris (Vain) ont fait une prestation très honorable en terminant dans le top 20 (19e). Ils s'étaient fixés des objectifs très élevés, mais compte-tenu des mois précédents, où ils ont été blessés, sur le plan physique, il leur a manqué un peu et ça s'est notamment ressenti sur leur poussée. Mais leur résultat est pour moi très honorable. Olivier (Jenot) a fait son job après avoir vécu une année difficile. Il aurait pu un peu mieux faire, c'est sûr, mais avec tout ce qu'il a eu après son opération, je trouve que ses résultats sont très bons. Il a mis pas mal de monde derrière lui, et des personnes qui étaient en pleine possession de leurs moyens. Alexandra (Coletti) était déçue de sa descente et de ne pas avoir pu prendre part à la dernière course (combiné alpin). Sur la descente, elle avait des douleurs au genou, elle n'a pas trouvé les bons set up. Et son inflammation au genou l'a empêchée de prendre part à la dernière. Le matin même, elle n'arrivait pas à faire une flexion complète. La piste était exigeante, vu l'implication physique et technique demandée, il y avait trop de risques.

Cette éditioncoréenne est donc positive ?

Les 4 athlètes ont été à leur niveau du moment, donc c'est positif. Olivier et Alexandra sont sur la fin, mais pour Rudy et Boris c'est une première étape. Quand ils sont arrivés là, j'ai vu que ce seraient des jeux d'expérience. Si une performance arrivait, on l'aurait prise avec plaisir. Mais une compétition comme ça, c'est difficile, c'est sur 4 manches, nerveusement c'est compliqué, mais ils ont le potentiel pour, selon moi, faire de grandes choses. Ils feront sans doute une bien meilleure performance dans 4 ans, mais ils ont posé les fondations de ce qu'ils vont réaliser plus tard.

D'un point de vue humain, que retenez-vous de cette aventure ?

Tout le monde s'est bien entendu, ils échangeaient le soir sur ce qu'il s'était passé dans la journée. On a réussi à faire en sorte que tout le monde mange ensemble plusieurs fois et c'était une bonne chose que les sports d'hiver se regroupent un peu parce qu'ils ne se voient pas souvent. Olivier, après ses courses, a été voir les gars du bob pour faire les patins avec eux, filmer la course. Le sport, c'est surtout une grande aventure humaine. Tu peux être un champion, chacun à son niveau, et à la fin, chacun a donné son maximum. Mais c'est surtout l'aventure humaine qui est importante, apprendre à connaître l'autre, apprendre d'autres sports, voir différentes cultures. C'est ce partage et cette aventure qui sont importants parce qu'il n'est pas donné à tout le monde de le vivre. 

Le moment qui vousa le plus marqué ?

Lors de la finale de bob à 2, il y avait trois équipages canadiens. Les deux premiers avaient terminé et n'étaient pas satisfaits de leur performance. Mais ils sont restés unis à encourager le troisième équipage qui termine champion olympique avec les Allemands. Cette image résume bien les Jeux pour moi. Il y a aussi eu un moment avec Alexandra. On se connait depuis plus de 10 ans, c'est comme une petite sœur. Je la prends dans mes bras, elle pleure et me dit "Seb, là je suis déçue", et ça a été un moment dur pour moi. En tant qu'ami et chef de mission, on a été athlète ensemble, ça a été difficile parce que je sais que quand tu mises beaucoup sur quelque chose et que tu ne peux pas l'atteindre à cause de barrières physiques, c'est très compliqué. Il y a également eu le moment où Rudy et Boris arrivent en bas de la piste à l'issue de leur dernier run et se serrent dans les bras, en sachant qu'ils avaient tout donné malgré la déception du classement.

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