Sébastien Dervieux, passion water-polo

Il n'y a pas que les athlètes qui ont représenté la Principauté lors des Jeux de Tokyo. Sébastien Dervieux, responsable du water-polo à l'AS Monaco Natation, était sur place en sa qualité d'arbitre international. Et avec le plus grand nombre de matches arbitrés, dont une finale, on peut dire que ce fut une belle aventure.

Quand il a embarqué pour le pays du Soleil levant, Sébastien Dervieux était loin d'imaginer l'aventure unique qui l'y attendait. Douze matches sifflés dont la finale olympique dames, sans oublier la présence du Souverain à sa première rencontre… L'arbitre international français, également responsable de la section water-polo à l'AS Monaco Natation, a signé des records pour sa toute première olympiade. 

La récompense d'une vie autour des bassins et d'une passion pour cette discipline découverte un peu par hasard il y a une vingtaine d'années. Car si ce sport rythme aujourd'hui sa vie professionnelle et de famille (son épouse Céline a pratiqué notamment en Nationale 2, ses fils Camille et Valentin font partie de la section), c'est par la natation que ce natif d'Arles a commencé à l'âge de cinq ans. Ce n'est qu'une fois étudiant à la Faculté des sciences du sport de Marseille que débute son histoire avec le water-polo. Spécialiste de la brasse, Sébastien devient gardien de but et se prend au jeu. "Tellement que de ma spécialité natation, je bascule en sports collectifs", raconte le professeur d'EPS. Parti enseigner en région parisienne, le poloïste continue de jouer "pour le plaisir".

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Et une nouvelle porte s'ouvre quand son club a besoin d'arbitres. Il se porte volontaire et prend des cours du soir. "La ligue Ile-de-France est celle qui compte le plus de matches. J'ai fait jusqu'à 70 rencontres régionales par saison et cela m'a plu", souligne Sébastien, "surpris" par la capacité que lui offre ce nouveau rôle "à prendre du recul sur les choses". De quoi aussi lui offrir aussi un atout supplémentaire, lui qui après être devenu arbitre fédéral en 2006 s'est attelé au diplôme d'entraîneur en 2009. "Connaître parfaitement les règles, c'était un plus pour guider une équipe."

Direction Monaco

Depuis 2010, c'est en Principauté que Sébastien Dervieux officie. Recruté pour son profil polyvalent d'enseignant, arbitre et coach, il endosse la casquette de professeur au Lycée technique et hôtelier, mais aussi d'entraîneur de water-polo à l'AS Monaco Natation, où il est notamment appelé à prendre la suite du responsable de la section, Joseph Bonci. Et avec son arrivée, son rôle d'arbitre prend une autre dimension. La région PACA lui offre un terrain de jeu de choix, à proximité des plus grands clubs de l'élite. 

L'année de son arrivée, il siffle sa première rencontre Elite, puis assez rapidement, "un grand match pour le titre de champion de France""tout se passe bien". Petit à petit, l'Asémiste fait ses armes au plus haut niveau, et dans ce milieu assez fermé, il parvient progressivement à faire sa place. En parallèle, animé par une volonté de transmission, il s'implique dans la formation des officiels au niveau régional, et s'engage pour celle de la jeune relève. "C'est important de donner du sens à tout cela parce qu'il ne peut y avoir de sport sans les juges et arbitres. Le sport, ce n'est pas que venir pratiquer, faire des compétitions. C'est aussi prendre des responsabilités, s'investir", souligne celui qui, depuis 2013, est également devenu arbitre international.

S  Dervieux

D'abord au niveau de la Ligue Européenne de Natation, puis deux ans plus tard de la Fédération internationale de natation. Et tout comme au niveau national, c'est à force de patience, de beaucoup de travail et de rigueur que Sébastien se fait sa place dans le clan restreint des arbitres internationaux. Et se voit confier des échéances toujours plus importantes - World League, Champions League, tournois qualificatifs, sans oublier des championnats du monde junior puis senior. Si bien qu'avant Tokyo, Sébastien, qui fait aujourd'hui partie des associations française et mondiale des arbitres de water-polo, affichait déjà plus de 160 rencontres internationales à son actif.

Des Jeux d'exception

Tokyo. Lui dont l'objectif premier était Paris 2024 a été surpris de recevoir une convocation pour ces olympiades, fin 2019. Et malgré le Covid-19 et un début 2021 difficile, l'expérience a été plus que belle, avec le record de rencontres sifflées sur les 27 arbitres présents. "Les matches ne sont pas attribués à l'avance. Comme pour toute grande compétition internationale, on arrive deux ou trois jours avant. On a un workshop durant lequel on passe un examen." Arbitre neutre (la France n'avait aucune équipe engagée), sa compétition se lance avec une première journée à enjeu entre les États-Unis et le Japon. 

"J'avais un peu d'appréhension mais j'arrive assez détendu, concentré sur l'objectif que tout se passe bien et de siffler le mieux possible", raconte celui qui a eu la chance de recevoir ce jour-là la visite du Prince "qui me félicite pour le match. Le rencontrer dans un contexte différent, cela a été magique. Je n'oublierai jamais ce moment". De quoi prendre un coup de boost supplémentaire, avant d'enchaîner jusqu'aux quart de finale, son objectif initial. "Ce sont les matches les plus importants car ils déterminent si l'équipe passe ou pas, si les budgets vont être débloqués. Il y a énormément d'enjeux", souligne l'entraîneur, qui a vécu une rencontre "très serrée et intense".

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A l'image, d'ailleurs, de tous celles qu'il a sifflées, avant comme après. Car l'aventure continue. On lui attribue une demi-finale hommes pour la 5 à 8e place, une finale pour la 7e place et surtout la finale femmes. "Ce fut beaucoup d'honneur", souffle l'arbitre, pour qui l'émotion fut "la même que quand j'ai été désigné pour les Jeux, même s'il fallait garder les pieds sur terre et assumer. J'ai eu du mal à trouver le sommeil, mais je n'ai pas vraiment ressenti de stress. Pour moi, ça a toujours été des bonnets blancs et des bonnets bleus."

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