Jacques Rogge : "Le mouvement olympique ne vit pas dans une bulle"

Tour à tour athlète puis chef de délégation, Jacques Rogge, président du Comité international olympique depuis 2001, a démarré son aventure olympique au Mexique, en 1968. Depuis, il n'a jamais plus quitté cet univers. L'an prochain, le Belge, âgé de 70 ans, cèdera son siège à un autre "avec le sentiment du devoir et surtout de la passion accomplis".

 Avant de passer le témoin, il reste évidemment une opération capitale à l'ancien chirurgien orthopédiste : Londres 2012. Dans la dernière ligne droite avant l'ouverture des Jeux, réussir à s'entretenir "en vrai" avec Jacques Rogge était impossible. 

Nous lui avions alors soumis une série de questions par échanges de mails, ce que nous faisons rarement. Mais à homme exceptionnel, méthodes exceptionnelles. Deux mois plus tard, on recevait un message du bureau media du CIO :  "L'agenda de notre président est très chargé, mais il a pris le temps de répondre à vos questions".

Son passé de compétiteur, le rôle social des Jeux, les menaces qui planent sur le sport (dopage, tricherie, paris truqués, terrorisme), les atouts de la capitale britannique : le président du CIO a effectué un large inventaire pour nous.

Vous aviez 26 ans en 1968, lorsque vous avez pris part à votre première olympiade. Racontez-nous "vos" Jeux de Mexico…

J’ai de fantastiques souvenirs de Mexico. Comme vous le savez, je viens d’un sport plutôt solitaire, la voile, sans spectateurs ni soutien du public. Mon souvenir le plus marquant reste mon entrée dans le stade olympique, lors de la cérémonie d’ouverture. J'étais un jeune athlète. Les acclamations de la foule, les couleurs, les applaudissements : tout cela m'a marqué à vie.

De quelle manière avez-vous vécu l'olympiade suivante, en 1972, à Munich ?

Cette olympiade fut un choc et un deuil pour tous les athlètes et tout le monde de l’olympisme. Nous avons découvert avec effroi que le monde avait changé. En tant qu’athlète, j’ai dû faire face au difficile choix de savoir si je devais poursuivre la compétition après les attentats. Le CIO, quant à lui, avait décidé de la continuer. Si la décision avait été différente, cela aurait pu être la fin des Jeux olympiques tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Vous avez participé à trois éditions des Jeux en voile (Finn) mais vous n'avez jamais réussi à obtenir de médaille. Aujourd'hui encore, est-ce que cela vous laisse un goût d'inachevé ?

Absolument pas. Je ne ressens pas d’amertume, car je n’avais pas de grand talent. Après mes années en tant qu’athlète, mon engagement auprès de l’olympisme n’a jamais faibli. J’ai le sentiment du devoir et surtout de la passion accomplis.

La suite de votre carrière vous a amené à être chef de mission durant cinq éditions. Plusieurs d'entre elles ont été marquées par des enjeux politiques forts et des boycotts…

Nous faisons de notre mieux pour éviter les interférences, mais le mouvement olympique ne vit pas dans une bulle, séparé de la réalité. À chaque édition des Jeux Olympiques, le CIO doit faire face à des problèmes politiques.

Les boycotts du passé m’inspirent surtout un sentiment de déception pour les athlètes qui ne pouvaient pas concourir parce que leurs gouvernements boycottaient les Jeux. Finalement, ce sont les athlètes qui en ont pâti.


Page 1/2

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos