Une première	réussie

La Fédération Monégasque de Ski Nautique a organisé ses tous premiers championnats d'Europe U21 et para-ski nautique sur sa base à Roquebrune-sur-Argens. Avec, en prime, la participation des deux monégasques Alexandre Marsan et Alexis Keusseoglou, surclassés pour l'occasion.

Le soleil est à peine levé. Ses rayons se fraient un passage à travers d'épais arbres bordant le lac Vaudois à Roquebrune-sur-Argens. Sur le plan d'eau, malgré l'heure matinale, de jeunes skieuses enchaînent les tours de ski, cherchant à valider les bouées les unes après les autres. A chaque passage, la corde se rétrécit. C'est le jeu en ski nautique et dans la discipline du slalom. Le long du lac, de nombreux jeunes athlètes se pressent. Près du ponton de départ, celles dont ce sera bientôt le tour terminent leurs échauffements. 

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A mi-parcours, dans la tour des juges, si le café fume encore, les yeux sont rivés sur les bouées et les écrans de contrôle. Quelques chutes viennent perturber les traits sinueux résultant des virages effectués, forçant les infortunées à rejoindre la berge à la nage, tandis que le bateau assure son demi tour à l'autre bout avant d'aller récupérer la suivante. Un spectacle annonciateur des trois jours qui allaient suivre sur ce plan d'eau géré par la Fédération Monégasque de Ski Nautique (FMSN) et le Monaco Wake and Ski. Car, pour la première fois depuis sa création, la FMSN a accueilli et organisé une compétition internationale, les championnats d'Europe U21 et para-ski nautique.

Une grosse machine

Il y aurait eu plus simple pour débuter. Mais qu'importe, ce n'est pas ce qui pose problème à Aleco Keusseoglou, président de la FMSN. D'autant que cette première a été un franc succès, comme il nous l'a confié quelques heures après que le rideau ait été tiré. "C'était super. Ça a été une grande réussite. Tout le monde était très content, toutes les équipes m'ont dit qu'elles n'avaient pas vu un championnat aussi bien organisé depuis longtemps. Le bilan est extrêmement positif. Compte tenu du fait que c'était une première pour nous, je me disais qu'on aurait peut-être pas pensé à tout, mais nous avions prévu et résolu 95% des problèmes à l'avance." Il faut dire que les équipes de la FMSN ont planché sur l'événement pendant plus de huit mois. 

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Car organiser un championnat de cette envergure demande de respecter un cahier des charges précis, édicté par la l'International Waterski and Wakeboard Federation et Europe - Africa Confederation. Plan d'eau homologué pour les trois disciplines (slalom, figures et saut), gestion des juges (hébergement, transport, etc), équipement technologique afin de coller aux normes en vigueur. Autant de points sur lesquels bénévoles et membres de la FMSN ont dû plancher. Notamment au niveau des caméras, que l'on pouvait voir sur les bateaux lors des passages en figures ou slalom. "Elles retransmettent en direct dans la salle du jury, les juges récupèrent les images du bateau pour juger soit les figures, soit les passages en slalom, donc il faut envoyer des images de bonne qualité, ce que nous avons pu faire grâce à nos transmetteurs", précise Jean-François Gilles, de la FMSN. 

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Si les choses sont pointues d'un point de vue technique et technologique, elles le sont aussi dans le déroulé des événements. Car le timing est l'une des données importantes dans ce genre de compétition. "De ce côté-là, ça a été, on a bien géré. Malgré la présence de 70 skieurs, ça peut parfois devenir un problème avec la météo, mais on a eu de la chance là-dessus, exception faite du samedi soir où le vent et la pluie nous ont poussé à décaler les qualifications masculines de saut au dimanche", précise Gilles. 

Des épreuves qui s'enchaînent

Avec 70 skieurs donc, pour 3 disciplines, et ce chez les U21 comme pour le para-ski nautique, il ne fallait pas perdre de temps. Les différentes séries se sont donc enchaîné presque sans discontinuer 3 jours durant. On passait ainsi du slalom aux figures pour revenir au slalom avant de parfois aller du côté du saut. Mais entre chaque changement, ou presque, un bateau passait le long du parcours pour effectuer quelques ajustements. Bien souvent à son bord, et encore plus régulièrement à l'eau, Marc-Antoine Cortes, entraîneur des licenciés monégasques. "Tout se joue au centimètre, que ce soit le placement des bouées ou celui du tremplin mais aussi sa hauteur. Il faut parfois bouger certains éléments entre deux tours de ski en fonction des besoins", explique cet ancien de l'équipe de France. 

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D'autant que, pour le placement des bouées de slalom, par exemple, tout est très précis. "On est sur des slaloms posés sur des corps morts au fond de l'eau et la personne en charge de l'homologation vient avec un théodolite (instrument de mesure topographique) et vise les bouées, ce qui lui donne ensuite les distances exactes et il nous fait parfois bouger les bouées sur 2 ou 3 cm et il pointe tous les matins." Pas le droit à l'erreur donc. Et lorsque l'on jette un œil aux tours de ski effectués sur cette discipline par les athlètes, on se rend facilement compte de l'importance de la précision du placement. Notamment lorsque la corde se rétrécit de plus en plus. 

Précision, show et longue distance

Si les coulisses regorgent de petites histoires, le show était bel et bien sur le plan d'eau. Et pour tout novice à ce niveau, les tours de ski des sportifs avaient de quoi être impressionnants. De précision, d'abord, notamment en slalom. Le bateau avance à une vitesse constante (55 km/h pour les filles, 58 pour les garçons), mais les cordes, elles, rétrécissent à chaque passage réussi. "Il faut que le skieur passe par la porte d'entrée et de sortie et contourne chacune des bouées pour valider son tour", explique Annie Coitou, juge française de la Fédération internationale. Et plus les cordes se raccourcissent, plus le passage est compliqué. Les bouées étant situées à un peu plus de 11 mètres de l'axe du bateau, les virages sont donc très précis. 

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Dès les qualifications, les compétiteurs présents ont mis la dragée haute. Pour entrer en finale, le dimanche, il a ainsi fallu valider plusieurs bouées à 11,25 m chez les garçons et à 12 mètres chez les demoiselles. Des scores trop élevés pour Alexandre Marsan et Alexis Keusseoglou, les deux monégasques en lice dans ces championnats. Tous deux ont cependant réussi de bons passages. Surclassés, car évoluant habituellement chez les U17, ils ont fait face à des skieurs plus aguerris et plus vieux. De quoi lire leurs performances différemment. "Ils ont bien skié. On avait des petits soucis avec Alexandre qui était dans une phase négative et a réussi à sortir de ça et signe une course à 2-3 bouées de son maximum. Pour Alexis, on aurait espéré qu'il prenne le 12 parce qu'il skie bien et il ne lui manque pas grand chose pour aller au bout, donc c'est dommage mais c'est déjà bien", détaille Marc-Antoine Cortes, leur entraîneur. 

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"Ils évoluent tous deux une catégorie plus bas et ont 3-4 ans de moins que les meilleurs qui étaient présents, ce qui fait une énorme différence", place d'entrée Aleco Keusseoglou. "Alexandre ressent parfois un peu trop la pression mais il a fait un très bon résultat et qu'Alexis se classe 15e, si près des finales, c'est une très bonne chose pour lui." Car il faut dire que face à eux, l'adversité était plus que relevée, avec la présence d'athlètes parmi les tous meilleurs mondiaux à leur âge, certains évoluant déjà en catégorie open, où l'on retrouve les skieurs professionnels. 

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Notamment en figures, où le jeune Lindsay Bordier a fait très fort, en qualifications comme en finale, remportant au passage le titre européen de la catégorie (voir encadré résultats). Certains vainqueurs ont d'ailleurs eu l'honneur de recevoir leur médaille des mains du Prince Albert II, venu y assister le dimanche. Le Souverain, en plus du slalom, a également pu voir les prouesses des spécialistes des figures, ces derniers, chez les filles comme chez les garçons, n'hésitant pas à donner un accent aérien aux mouvements proposés. 

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De quoi assurer le spectacle pour les personnes présentes tout le long du lac. Et comme prendre de la hauteur fait aussi partie de ce sport, c'est par le saut (qui ressemble fortement au saut à ski pour les plus montagnards) que la compétition s'est terminée. Un domaine où Joel Poland s'est particulièrement illustré, tout comme Aliaksandra Danisheuskaya. Ce sont d'ailleurs les deux athlètes qui l'ont emporté au combiné, qui mixe les résultats dans les trois disciplines. 

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Et comme la fête ne pouvait pas s'arrêter en si bon chemin, tout ce petit monde a ensuite pu se décontracter dans la plus grande convivialité lors de la cérémonie de clôture. "Après les dernières remises de médailles, il y a ensuite eu un dîner et les plus jeunes ont poursuivi la fête lors d'une soirée dansante", précise le président de la FMSN. Une manière de bien terminer cette première pour le plan d'eau monégasque qui accueillera l'an prochain, à pareille époque, les championnats d'Europe U14 et U17. 

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Le para-ski nautique

Qu'ils soient assis sur un siège monté sur un monoski, accompagné par un guide, tous ont pris part aux championnats d'Europe de para-ski nautique en parallèle de la compétition réservée aux U21. Peu nombreux à pratiquer cette discipline à très haut niveau, ils est nécessaire que leurs championnats soient organisés en même temps que ceux des valides afin de bénéficier de l'organisation en place. Engagés sur les trois disciplines, ils étaient 13, hommes et femmes confondus, à s'aligner sur le lac du Vaudois ce week-end-là. Parmi eux, Delphine Le Sausse (slalom et figures assis), Pietro De Maria (slalom assis), Daniele Cassioli (slalom, figures, saut et combiné, malvoyant) ou encore Philippe Turchet (saut et combiné assis) ont particulièrement brillé.