Lisa Caussin-Battaglia, cœur de battante

Lisa Caussin-Battaglia est du genre à avoir un emploi du temps assez chargé. A même pas 22 ans, la jeune fille s'attaque aux championnats du monde de jet à bras. Soutenue, entre autres, par le Comité Olympique Monégasque dans cette aventure, l'étudiante en philosophie n'a pas peur de voir loin.

Une chevelure dorée, un petit sourire et une vitesse d'élocution qui friserait parfois l'excès de vitesse. Lisa Caussin-Battaglia ne s'arrête jamais et cela se sent dès lors que l'on prend un moment avec elle. Et difficile d'en trouver un tant son emploi du temps peut s'avérer chargé.

Entre ses cours et ses examens à la faculté de Lettres, Arts et Sciences Humaines de Nice, où elle est en Master de Philosophie, ses répétitions au théâtre ou ses séances de musique, peu de créneaux restent libres. D'autant que les rares moments d'accalmie sont dédiés au sport et au jet ski. Car l'étudiante de 21 ans, 22 en octobre, a désormais le statut d'athlète de haut niveau. 

Et pour cause, elle s'attaque cette année au championnat du monde de jet à bras. Une nouvelle aventure pour elle, qui a été rendue possible par ses performances ainsi que le soutien de la Principauté, par l'intermédiaire du Comité Olympique Monégasque et de l'Education nationale, de la jeunesse et des sports. Une compétition qu'elle aborde avec stress et ambition, mais devant laquelle elle ne reculera pas. Un peu comme pour tout ce qu'elle a pu entreprendre ces dernières années.

Difficile apprentissage

Née à Monaco, la jeune fille n'a quasiment jamais quitté la Principauté. En dehors d'une escapade parisienne le temps d'une année scolaire, Lisa a toujours vécu en terre princière, chez elle. Pourtant, tout n'a pas été rose au cours de ses premières années. La faute à des difficultés au niveau scolaire, aussi fou que cela puisse paraître quand on voit où elle en est aujourd'hui. "J'ai eu un bac littéraire avant d'entrer à la fac, mais ma scolarité a été très dure parce que je suis une PAI, une élève en situation de handicap. Je suis dyslexique, dysgraphique et dysorthographique. Quand j'étais petite, on me prenait pour une attardée et certains de mes professeurs pensaient que je n'irais même pas au collège." 

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Difficile donc d'évoluer sereinement dans l'univers scolaire. Mais après avoir fait des tests qui ont révélé ces problèmes, les résultats ont également décelé qu'elle était "précoce, donc l'un compensait l'autre", précise Lisa. Pour combattre ces difficultés, elle est donc passée par des séances d'orthophonie des années durant. Si les soucis ne sont pas forcément réglés aujourd'hui, elle compense autrement, notamment grâce à des activités annexes, comme le théâtre, découvert avec sa maman. "Pour la lecture, grâce au théâtre et ma mère qui m'y a amené parce qu'elle en faisait, j'ai commencé à lire et à m'exprimer correctement, avec une ponctuation orale, ce que je ne faisais pas avant. Ça m'a permis de comprendre la syntaxe et plein de choses dans la langue française. Pour l'orthographe, j'ai eu un déclic, c'est devenu comme un jeu en première année de licence à la fac." 

En trouvant des moyens mnémotechniques pour apprendre, les choses ont évolué et les résultats ont suivi. Mais c'est aussi grâce à une sacré volonté qu'elle a réussi à aller au bout de ses envies et qu'elle s'est ouvert les portes de nouvelles choses, autant culturellement que sportivement.

Force de caractère

Face à ce genre d'obstacles, d'aucuns se seraient découragés ou auraient nourri une certaine rancœur. Mais ce n'est pas le cas de la blondinette qui, à force d'efforts, a su montrer aux gens qu'elle était bel et bien capable de réussir tout ce qu'elle décidait d'entreprendre. "J'avais des problèmes partout, et au final j'arrive jusqu'en Master 1 de Philo. Il faut savoir écrire, argumenter, tenir un plan, alors qu'avant j'étais bordélique au possible. Parfois je suis très dispersée, je le vois en jet aussi. Tu me dis une chose, je l'applique de suite, tu me dis une deuxième chose, je l'applique aussi, mais j'oublie la première. Donc je vais réussir à être forte rapidement, mais évoluer est compliqué. On pourrait croire que je vais aller plus vite, mais au final je vais plus doucement. En violon c'est pareil. Dans tous les domaines, c'est pareil." 

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Tout cela aurait pu la décourager de se lancer dans de longues études, lui faire envisager un métier différent pour l'avenir ou la tenir éloignée de certaines disciplines. Mais non. Après le théâtre, c'est la musique qui vient s'ajouter à la liste de ses activités. Et qu'importe si le doute s'installe au départ. "Je n'ai jamais eu confiance en moi, que ce soit à l'école, en musique, au théâtre ou en jet. Mais je me bats." 

De trois bouées aux championnats du monde

Une battante, voilà qui définirait bien Lisa Caussin-Battaglia. Une personne qui une fois décidée ne lâche pas le morceau tant que l'objectif n'est pas atteint. Une motivation qui devrait la conduire au professorat dans les années à venir, afin de réaliser un de ses premiers rêves. "C'est un peu une revanche, mais c'est avant tout une passion. Je me suis toujours dit que j'aimerais créer une école pour les élèves en situation de handicap, une façon d'aborder le programme de manière complètement différente de ce qui se fait. Et si j'ai abandonné cette idée, je me dis qu'être prof et pouvoir faire apprécier une matière peut être un beau challenge, notamment la philosophie."

Et Lisa a d'autres échéances en approche, mais sur un autre terrain. Car 2016 va la voir s'aligner sur le départ des différentes étapes du championnat du monde de jet à bras en GP1. Une discipline qu'elle pratique depuis quelques années seulement. Hyperactive depuis petite, elle a toujours aimé le sport. Après des années à s'exercer aux arts du cirque, elle découvre le jet ski grâce au Pass'port Culture. Et y retourne pour une semaine de pilotage sur jet à bras à quelques encablures de la reprise des cours. Le coup de foudre est immédiat avec cette nouvelle pratique. Même si, encore une fois, tout n'a pas été simple. "J'ai toujours été dynamique parce que j'aime bouger, mais si tu me demandais de faire de l'endurance, au bout de 100m j'étais en train d'agoniser. Et en jet au début c'était ça. Mais je ne tenais pas parce que je respirais mal et que je fatiguais vite. En mer, on s'entraînait, je faisais 3 virages et je m'asseyais dans le baquet pour reprendre mon souffle, j'étais obligée d'enlever le casque pour le reprendre." 

D'autant que ses problèmes d'asthme n'arrangent pas les choses. Mais encore une fois, Lisa s'accroche et fait ses preuves. Motivée, impliquée, elle gagne le droit de participer aux compétitions avec le Roca Jet Club. Au départ sur un jet à bras fixe, pour qu'elle s'habitue à la débauche d'énergie nécessaire, puis sur un "classique". "Lors de ma première compétition, j'avais collé des oreilles pour signaler aux autres que j'étais débutante, que c'était ma première course et qu'il ne fallait pas trop venir au contact." 

Si les oreilles sont restées, les performances n'ont pas tardé à arriver. Pour sa première saison, elle termine à la 7e place sur 25 pilotes. Plutôt pas mal pour un début. Et tout s'est ensuite enchaîné très vite. En 2015, elle a terminé championne du Grand Sud, l'une des deux grandes compétitions régionales et s'est classée 2e sur une coupe du monde à Doncaster. De quoi laisser naître de nouvelles ambitions, avec sa participation cette année aux championnats du monde.

Une compétition qui l'emmènera en Chine, à Dubaï, mais aussi en Europe, à commencer par l'Italie début juin. Avec un titre à la clé ? Difficile, mais pas forcément hors de portée.

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