Yacht club de Monaco : six décennies de nautisme

Tuiga, la machine à rêver

Cela fait dix-huit ans que les membres du yacht club de Monaco nourrissent un amour sans borne pour lui. Le "vaisseau amiral" les a tous conquis. Tuiga, ce voilier de près de 30 mètres, a d'abord gagné le cœur du Prince Albert II en 1995 et plus largement, celui du Tout-Monaco.

Il trône là, quai Antoine-1er. Le cotre aurique, originellement construit en 1909, coule des journées ensoleillées en Principauté. Des journées paisibles? Pas vraiment. Il y a toujours quelqu'un auprès de lui, aux petits soins. 

Tuiga et ses matelots quittent le port chaque week-end, lorsqu'ils ne sont pas en partance pour un circuit de régates. Il faut donc le bichonner, ce voilier de 104 printemps et de près de 28,70 mètres de long. Et si aujourd'hui il est lustré et éclatant, cela n'a pas toujours été le cas.

Début d'une autre vie

C'est en 1994 que l'œil bleu du Prince Albert II se pose sur Tuiga pour la première fois. Tuiga, figé dans le néant, gît là, en ruine, dans le port de Cannes. Seul un regard de marin averti pouvait deviner le charisme et la beauté de l'embarcation derrière sa perdition apparente. Le voilier avait été acheté par un armateur scandinave et n'avait plus navigué depuis une trentaine d'années.

"Depuis longtemps déjà, je souhaitais que notre Club se dote d'une unité prestigieuse qui témoignerait de la fidélité dont Monaco fait preuve à l'égard du patrimoine maritime et du Yachting traditionnel. Aussi, quand j'ai découvert Tuiga dans le port de Cannes et que l'opportunité d'en faire l'acquisition s'est présentée en 1995, j'ai été heureux de pouvoir la saisir", a déclaré le Prince.

Tuiga et son sister ship

Pourquoi avoir laissé le vaisseau dans un tel état? Tout cela s'explique. D'abord, il est crucial de souligner que Tuiga vient de loin. "Pour la petite histoire, le Roi d'Espagne Alphonse XIII avait un navire qui s'appelait Hispania. Et il suggéra à l'un de ses amis, le Duc de Medinaceli, de s'en faire faire un similaire afin qu'ils puissent régater ensemble", rapporte Olivier Campana, actuel chef de pont de Tuiga. 

C'est ainsi qu'en 1909, l'architecte et constructeur naval écossais William Fife dessine les plans du 15 Mètre en s'inspirant d'Hispania. En six mois, le navire est prêt à prendre le large et c'est à partir de là qu'il collectionne les deuxièmes places. "La légende dit que Tuiga ne pouvait pas battre son sister-ship, par politesse vis-à-vis du Roi", sourit Campana.

Une classe perdue dans l'Histoire

Nicolas Rouit, capitaine du bateau, revient sur cette époque et ce style d'embarcation. "Des 15 Mètre, début 1900, il y en avait plusieurs. C'était une classe de bateaux à part entière et il y en avait un certain nombre, dont beaucoup avaient été dessinés par William Fife. 

Ils faisaient des courses entre eux. Puis l'enchaînement des guerres a fait que la population a eu d'autres impératifs que les régates. De surcroît, on allait se servir en matériaux sur ces bateaux. On prenait le bois, le laiton et surtout le plomb des quilles. À cette époque, beaucoup de navires ont disparu", explique le passionné, non sans tristesse.

"Puis il y a eu un moment où techniquement, les 15 Mètre étaient dépassés. On arrivait à faire plus rapide, plus simple. D'ailleurs, les voiliers d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec ceux du début du XXe siècle. La technologie et les événements ont fait qu'ils sont tombés en désuétude. Certains ont été brûlés, d'autres démantelés. Il en reste désormais quatre dans le monde", explique-t-il, solennel.

On peut se demander pourquoi avoir attendu si longtemps pour restaurer ces monuments. Nicolas Rouit, l'encyclopédie nautique du Yacht club de Monaco, explique que le gréement doit attendre qu'on l'aime à nouveau. "Il a fallu que la passion revienne chez certaines personnes, afin qu'elles trouvent l'intérêt, l'envie et l'argent pour les ramener à la vie. Jusqu'en 1995, le Tuiga que l'on connaît était méconnaissable. Ses propriétaires d'alors l'avaient modifié et il avait dû couler au moins une fois. Il a été très abîmé puis rebricolé."

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