Les seigneurs des anneaux

Avant de fermer pour trois mois de travaux, le bassin olympique du stade ­Louis-II a connu une fin de saison en apothéose en accueillant son traditionnel rendez-vous du mois de juin, le Meeting International de Monte-Carlo.

Rendez-vous était pris dès 9 heures le samedi matin pour les séries qualificatives de ce 35e Meeting International de Monaco, le 23e sous la bannière Mare Nostrum. Il n'en fallait pas moins pour mettre en place ce programme des plus chargés. Du 100 au 400 mètres, en brasse, papillon, dos, crawl ou encore quatre nages … sans oublier le tournoi de vitesse sur 50 mètres, unique au monde, toujours très apprécié par les amateurs du meeting. Ils étaient environ 235 nageurs, venus d'une trentaine de pays du monde. C'est un tout petit peu moins qu'à l'accoutumée, mais cela se compense largement par un plateau des plus exceptionnels, qui comptait pas moins de 20 médaillés olympiques, et tout autant de médaillés mondiaux ou européens. En se baladant autour du bassin, difficile d'ailleurs de ne pas noter l'abondance d'anneaux olympiques gravés à jamais sur la peau des nageurs. 

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On reconnaissait certains visages : Cameron van der Burgh, Laszlo Cseh, Andriy Govorov, sans oublier la fidèle Katinka Hosszu, toujours suivie de près par son mari-entraîneur, qui ne manquait pas de mettre du rythme et de l'animation à chacune des longueurs de son épouse. Si l'on ne s'attendait guère à voir les Américains et les Allemands, occupés par leurs qualifications pour les Mondiaux de Budapest, il y a cependant une délégation qui était moins importante que d'habitude, celle des nageurs français. Point de Charlotte Bonnet, ni de Fabrice Pellerin, ni même de représentant des voisins niçois. Les jeunes pousses de la natation française manquaient également à l'appel. Il faut dire que pour la toute première fois, la fédération française a tenu ses championnats de France Elite fin mai, et non fin mars-début avril, histoire de laisser le temps aux olympiens de se remettre de Rio. "L'idée pour la plupart était de partir sur du repos et sur un cycle de travail pour les échéances estivales. Il était peut-être trop tôt pour eux pour programmer un meeting", avance Michel Pou, directeur technique du tournoi. Notons toutefois la présence de quelques olympiens du Cercle des Nageurs de Marseille, Clément Mignon, Cloé Hache ou encore Anna Santamans, qui était d'ailleurs l'une des rares nageuses à représenter les couleurs tricolores à Budapest.

Les Australiens, en nombre et en force

On attendait également en masse les Japonais, friands du rendez-vous de la Principauté. Mais c'est finalement un autre pays de la zone Pacifique qui a joué les stars de ce 35e meeting. "La délégation australienne s'est annoncée très tôt. Avec 26 nageurs, c'est la plus grosse cette année, et ceux qui ont ramené le plus de médaillés", souligne Guillaume Dazun, membre de l'organisation. Arrivés dès le lundi, ils ont pu bénéficier des structures de la Principauté pour se préparer au mieux. "On s'est organisé pour qu'ils puissent s'entraîner dès le lundi matin deux fois par jour, sauf le mercredi, jour de nettoyage de la piscine. On a aménagé les horaires spécialement pour eux et demandé un accès à la salle de musculation"

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Jacco Verhaeren, l'entraîneur principal de l'équipe nationale australienne, connaît bien le meeting. "C'est toujours un bon rendez-vous. Et j'aime ce système avec le tournoi de vitesse. C'est fantastique et surtout c'est une très bonne préparation et opportunité pour les sprinters de concourir plus souvent. Il y a toujours un très bon niveau de compétition ici et c'est ce que l'on recherche". Avec dans ses rangs les sœurs Campbell, Cameron McEvoy, Emily Seebohm, Mack Horton, James Magnussen… le spectacle était garanti ! "La natation australienne est assez intéressante à évaluer et à voir évoluer", confirme Michel Pou, qui regrette le peu de Japonais présents. "Dommage que la natation japonaise n'ait pas joué le jeu, sinon on aurait eu deux délégations du Pacifique, particulièrement prêtes à en découdre à Tokyo. Ce sont deux natations qui s'opposent au niveau des médailles et en terme de résultats, mais aussi au niveau du gabarit et des méthodes d'entraînement".

Des records en pagaille

A quelques semaines des Mondiaux de Budapest (12-28 juillet), tout ce petit monde venait voir si la forme était au rendez-vous. Et pas question de laisser les choses au hasard. Tandis que les nageurs australiens et leurs coachs visionnaient les courses, iPad en main, pour corriger ce qui pêchait, les autres récupéraient avec leurs masseurs ou dans le bassin habituellement réservé au plongeon. Après avoir marqué les esprits l'an dernier par l'enchaînement des épreuves et ses cinq médailles d'or sur les 6 courses réalisées, la Hongroise Katinka Hosszu semblait bien partie pour faire de nouveau son show à Monaco. Engagée cette année sur 5 épreuves, elle améliorera son meilleur temps de la saison sur le 200 mètres quatre nages, battant par là-même le record du meeting. Mais l'attention s'est très vite détournée de celle que l'on surnomme "la Dame de Fer" pour se porter sur celle qui est la personne à suivre cette saison, la championne olympique suédoise Sarah Sjostrom. 

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Complètement transcendée pendant ce Mare Nostrum, la spécialiste du papillon et du crawl a tout raflé en Principauté. "Je me sens vraiment très forte depuis quelques semaines", confiait-elle à la sortie des bassins. "C'est vraiment super pour la confiance en soi". Engagée en 50 m et 100 m nage libre et papillon, elle explose tous les records du meeting et du circuit Mare Nostrum dans chaque catégorie, battant même à trois reprises des temps établis quelques heures auparavant en séries ou en demi-finales, ce qui n'a d'ailleurs pas manqué de susciter l'effervescence dans le public. Elle s'approche également du record du monde. "J'y ai presque cru", souligne Michel Pou, observateur.

"Le plaisir de nager"

Si Japonais et Français étaient bien moins représentés qu'à l'accoutumée, il y a bien une délégation sur laquelle on peut toujours compter. Enrichie de nouvelles têtes, on y reconnaissait les fidèles du meeting, que l'on trouve toujours grandis d’une année sur l’autre. Claudia, Marcus, Pauline, Tifenn, Théo, Lison, Valentin, Romain, Alessandro… au total une trentaine de jeunes nageurs aux couleurs monégasques avaient repris leurs quartiers sur leur tribune réservée. Et donnaient de la voix pour soutenir leurs camarades.  

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Pour eux, pas question de louper ce rendez-vous à la maison. Et ce, malgré un calendrier des plus chargés. "Il y a deux semaines, nous avions des jeunes en championnat de France Elite et Promotionnels. Puis, derrière, nous avons enchaîné : Cassandra Petit aux championnats universitaires, une délégation aux Jeux des Petits États d'Europe et Lisa Pou aux championnats de France eau libre", souligne Michel Pou. "Ils sont là pour le plaisir de nager, je n'attends rien sur le plan sportif. L'idée de ce meeting est déjà de se remettre dans une logique de travail, de commencer à mettre des orientations pour la suite. La manière dont les courses sont réalisées comptait plus que la performance chronométrique", souligne leur entraîneur, impatient de se remettre au travail. 

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D'autant que pour beaucoup, la saison était loin d'être finie. Tifenn Bertaux a participé fin juin à la Coupe de la COMEN avec l’équipe de France. Juillet voyait bon nombre d’entre eux partir aux championnats de France minime (jeunes) et cadet et plus (16 ans pour les filles et 17 et plus pour les garçons) tandis que les Monégasques Claudia Verdino, Théo Chiabaut, et Oumar Touré pour le Mali, ont été à Budapest pour les Mondiaux. Puis place aux dernières échéances, avec les championnats d'Europe junior en eau libre (4-6 août) pour Lisa Pou et les Mondiaux universitaire pour Cassandra Petit (20-27 août). 

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