Stéphane Cordinier, l'envol de l'ailier

Ancien joueur professionnel passé par Créteil et le PSG, ailier gauche des "Barjots", le technicien de l'ASM a vécu de l'intérieur les premiers chapitres de l'ascension du handball en France.

Créteil, fin des années 70. Les barres d'immeubles cachent déjà l'horizon et les trois petits derniers de la famille Cordinier commencent à user leurs semelles dans les gymnases. La première fois qu'il goûte au handball, une discipline longtemps étiquetée comme "sport de préau", Stéphane a 7 ans. À mesure que sa passion grandit, son club prend du poids sur la scène française puis européenne. Lui poursuit patiemment sa formation. "À l'époque, j'étais demi-centre. On m'a déporté à l'aile à cause de mon physique. Je n'ai jamais été très costaud". 

Dans le grand bain à 19 ans

À défaut de muscles surdéveloppés, Stéphane Cordinier a des qualités qui font la différence. Vitesse de course, rapidité d'exécution, bonne perception du jeu. Un cocktail détonant qui lui permet de se glisser dans le groupe pro au début de la saison 90/91. L'année précédente, Créteil a fait le doublé et a atteint la finale de la Coupe de coupes. Président du club, Jean-Claude Tapie, le "frère de", a composé un effectif constellé d'internationaux français et de perles yougoslaves. "Dès ma première saison, j'ai joué une demi-finale de Ligue des champions contre le grand Barcelone. Je n'avais aucun blocage, j'apprenais en étant entouré de joueurs d'exception." Au même poste que lui, il y a Mile Isakovic. Un génie du jeu, champion olympique en 84. "C'était un des premiers joueurs à montrer autant de créativité."

Cordinier s'endurcit sous la coupe de techniciens venus des Balkans, Sead Hasanefendich d'abord, Branislav Pokrajac ensuite. "Ils ont apporté beaucoup de choses à la France. Ils étaient plus qu'exigeants, ils avaient vraiment l'esprit de la gagne. Dans les petits jeux, ils allaient presque jusqu'à tricher pour s'imposer."

Changement d'air et d'ère au PSG

La médaille obtenue par les "Bronzés" aux JO de Barcelone 92 permet au hand de gagner en popularité. Sans repères, cantonnée pendant des lustres aux salles miteuses et aux compétitions anonymes, la discipline entrevoit un coin de ciel bleu. Réjouissant, mais pas encore suffisant pour changer le quotidien d'un joueur de D1. "Pour moi, évoluer à ce niveau, c'était la cerise sur le gâteau. J'ai toujours eu l'impression que c'était un rêve. À côté de ça, j'étais éducateur sportif à la mairie de Créteil. Presque aucun club ne pouvait être entièrement professionnel." Le Paris Saint-Germain handball, alors intégré au projet omnisports de Charles Biétry, fait figure d'exception. En 93, Cordinier est contacté par le club de la capitale. Il dit "banco", comme Stoecklin, Lathoud et quelques autres pointures. "J'ai voulu sortir de mon cocon. Et même si les salaires étaient bien inférieurs à ceux d'aujourd'hui, on nous payait pour ne faire que du handball !"

Il restera jusqu'en 1999 dans le club de la capitale, avant de tenter l'aventure en Allemagne. Le TV Niederwürzbach accueille Stéphane et trois autres Français outre-Rhin (Joulin, Schaaf, Houlet). Rapidement, l'exil prend des airs de chemin de croix. "J'avais envie d'évoluer dans le meilleur championnat du monde. Le club avait de l'ambition, mais un gros sponsor l'avait lâché en cours de route. L'ambiance était moyenne…" Plusieurs fois touché à la cheville, bientôt papa pour la deuxième fois, "un peu blasé aussi", Cordinier dit stop à 29 ans. Sans regret.

Du Bleu au cœur

Celui qui est aujourd'hui éducateur à la mairie de Beausoleil estime avoir croqué à pleines dents dans sa vie de handballeur. Même si le sort l'a éloigné de la gloire à plusieurs reprises. Souvent appelé en Bleu par Daniel Costantini à partir des Jeux méditerranéens 1993, il ne prend pas part au Mondial 95, remporté par les "Barjots". En 96, il fait les Jeux d'Atlanta, conclus à une frustrante quatrième place. "C'était une grosse désillusion. Il y avait beaucoup d'attente autour de nous, mais on avait manqué de solidarité dans les moments difficiles."

"Jamais titulaire à part entière", le Martiniquais empochera tout de même une médaille de bronze lors du Mondial 97, au Japon. Ce qui brille le plus aujourd'hui, ce sont les yeux de ces jeunes joueurs dont il prépare l'avenir…

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