Martin Cottarre, clap de fin

A l'AS Monaco handball depuis 6 ans, Martin Cottarre, capitaine de la Nationale 2, a décidé de mettre un terme à sa carrière de joueur. Un choix mûrement réfléchi et avant tout familial. Mais le désormais ex-demi centre ne quitte pas le club pour autant.

A33 ans, après plus de 25 ans passés à jouer au handball, de la D2 à la N2, de Lille à Monaco, Martin Cottarre a tiré sa révérence le 1er juin dernier. Il s'oriente désormais vers un nouveau chapitre, notamment professionnel, avec l'apprentissage de l'ostéopathie. Cependant, le hand y aura toujours une place. 

Son dernier match

"Ma femme m'a organisé une surprise. Je savais qu'il se tramait quelque chose et elle a convié mes potes proches, même si certains n'ont pas pu venir et m'ont envoyé des messages, mais c'était très cool. Ils ont eu l'idée de se déguiser avec une thématique de beauf des années 80 parce qu'ils estiment que je suis un vieux joueur, avec des idées de vieux, une mentalité très rétro. Du coup, ils se sont tous mis en Tuche (rires)."

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Ses raisons d'arrêter 

"Je pense avoir fait le tour de la question handball. Le projet monégasque n'a pas beaucoup évolué depuis mon arrivée et il était temps de tourner la page. J'ai un projet familial important à assumer, ma femme et mes filles vont prendre de plus en plus de place, d'autant qu'on en a tous besoin, et en plus de ça, professionnellement, j'ai commencé une école d'ostéopathe. Je ne pouvais pas tout cumuler, il me fallait réorienter ma vie. J'ai perdu pas mal de potes à Monaco avec qui je m'entendais vraiment bien, comme Benjamin Dumas, qui a arrêté l'an dernier, et m'avait déjà dit de stopper. Il m'a fallu un an de plus pour penser à tout ça. J'ai reçu des sollicitations d'autres clubs, mais j'ai finalement choisi de rester sur ma décision. Le départ de Xavier Mangematin (ancien manager du club) a aussi un peu entériné tout ça. Je me serais bien vu entraîner avec lui par exemple, je pense qu'on aurait fait une bonne doublette. C'est un super entraîneur, avec de très bonnes idées. Je pense que si je m'étais arrêté plus tôt, on aurait pu faire ça avant. Il est parti, je m'arrête, mais je reste au club en tant que dirigeant. Aujourd'hui, le plus important, c'est ma famille. Ma femme n'y croyait pas, elle ne croyait d'ailleurs pas trop que ce soit pour elle, mais je le réaffirme aujourd'hui, si j'arrête le handball, c'est pour ma femme."

Ce qui va lui manquer

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"Le groupe, les vestiaires, les conneries (sic). Je ne suis pas le premier à en raconter mais j'ai une vie qui fait que les gens rigolent. J'ai eu le brassard pendant 4 ans, j'arrive à fédérer, même si je ne le fais pas forcément exprès, j'ai de l'empathie pour les gens et eux en ont pour moi. La compétition va aussi me manquer, puisqu'il y avait l'objectif du week-end et mes semaines étaient organisées dans l'idée d'être en forme le samedi. Par contre je ne vais pas regretter les entraînements pourris (rires). Le fait de toujours courir, d'arriver en retard, mettre la casquette de kiné de côté, voir que tu entres dans la séance mais que tu n'arrives pas à te mettre dedans, du coup tu fais une mauvaise séance, tu sens le regard de l'entraîneur… Je n'ai plus envie de ça."

Sa plus grande joie de joueur

"Elle a été collective. En moins de 18 ans (il évoluait alors à Villeneuve-d'Ascq), on a fait une demi-finale de championnat de France élite et on perd contre Montpellier. On avait joué ce match devant 1 500 personnes, dans notre salle, devant nos familles, à Villeneuve-d'Ascq. Dans mes plus grands regrets, c'est de ne jamais avoir connu de montée. On a eu des maintiens, à l'époque en D2 ou en N1, qui ont été très difficiles à avoir, de grosses batailles parce qu'on n'avait pas de grosses équipes. La saison que je fais en D2, on part avec 6 anciens et 6 jeunes, on sortait tous du pôle espoirs. On est parti à la guerre comme ça et on s'est maintenu à 6 journées de la fin, c'était incroyable. La montée, c'est mon plus grand regret et c'est vraiment ce que je visais en venant à Monaco. J'en vivrai peut-être plus tard, en tant qu'entraîneur. Je ne l'avais pas forcément envisagé au départ, mais le fait d'avoir été sollicité, ça me motive à me former là-dessus."

Ceux qui l'ont le plus marqué à Monaco

"Forcément Xavier (Mangematin), puisque c'est lui qui est à l'origine de ma venue à Monaco. On a passé 6 belles années ensemble ici, même s'il y a eu des conflits, mais ça nous a permis d'évoluer aussi chacun de notre côté. Bernard Martin, un des dirigeants, qui s'est retiré cette année, mais qui nous a beaucoup suivi, avec son fort caractère, son fort chauvinisme, mais dans les valeurs d'un groupe, c'était super important et j'ai adoré son contact. Il y a Amir (Hamada) aussi, que j'adore, et même si on ne se voit pas beaucoup, il y a une vraie relation de confiance avec lui. Il y a eu des joueurs comme Benjamin Dumas, qui est mon super pote, mon fidèle compagnon des années monégasques. Guillaume Oversteyns  aussi, que j'ai connu à Lille, avec qui j'ai vécu des choses assez fortes. J'ai fait la rencontre de Jordan Perronneau et Sam Balestrini, on a bien rigolé ensemble et c'était peut-être nos plus belles années ici. Malgré la difficulté des résultats, il y a eu un super état d'esprit. Je pense aussi à Florian Martin, le jeune Plaquin, Grégoire Breemersch, Etienne Claire, ça a été de fidèles compagnons et plus que des potes de handball. Danilo Nedovic aussi, une personne importante, spéciale, mais une belle personne. Armand Gomis également, on a joué qu'une saison ensemble mais il fait partie des gens que je respecte. Et j'en oublie sûrement d'autres."

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Son regard sur sa carrière

"Je suis très fier d'avoir joué à ce niveau-là et de ne pas avoir perdu de temps au niveau professionnel, en devenant kiné, ce qui me permet de continuer d'être dans le sport. Je suis fier aussi d'avoir trouvé cette empathie réciproque avec les joueurs que j'ai croisés et d'avoir pu jouer ce rôle de meneur, aussi bien dans le jeu que dans l'état d'esprit, comment fédérer un groupe, comment les piquer, les consoler, aller chercher un résultat. Après je suis frustré de me dire que j'ai des potes qui n'ont pas fait le choix du double projet, qui ont fait une carrière pro et je ne saurai jamais si j'en aurais été capable. C'est une question qui me revient en tête, je ne m'arrête pas dessus, mais elle revient. Je regrette aussi de ne pas avoir eu tout le temps confiance en moi. Ça a pu me faire avancer, mais j'ai eu des périodes de doutes, qui me disent que si j'avais été plus confiant, j'aurais pu faire encore d'autres choses en double projet. Mais dans l'ensemble, ça a été très correct, même si j'aurais aimé défendre un peu plus lorsque je jouais à Monaco. C'est pour Xavier ça (rires). Parce qu'il m'a dit "quand tu défends, tu es largement moins bon en attaque. Donc je ne veux pas que tu défendes." Alors que j'ai toujours gagné ma place en défendant fort et en faisant ce qu'on pouvait en attaque. Et à l'inverse, on m'a mis dans une case d'attaque, où je devais gérer le jeu, et parfois ça m'a pesé."

Ce que le hand lui a apporté

"Un équilibre, ce que ma femme ne croit pas (rires). Elle prend beaucoup de place aujourd'hui, encore plus depuis quelque temps, et je suis heureux d'arrêter pour lui prouver à quel point je l'aime. Elle m'a accompagné, elle a subi, heureusement qu'elle était là, mais à l'inverse, le sport m'a créé un équilibre dans ma vie de couple et familiale. Elle n'y croit pas non plus, mais c'est comme ça que je le ressens. Et je me rends compte que grâce au hand, j'ai une belle communauté d'amis forts, le genre d'amitiés assez rares en général dans une vie. Même le noyau des dernières années est très fort à Monaco."

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