Dossier

Monte-Carlo golf club : une toile de "Maître"

Homme de loi, Maître Henry Rey a la démarche franche malgré une récente opération du genou. Il nous a conquis par l'amour qu'il porte au Monte-Carlo Golf Club. Après son père, Jean-Charles Rey, c'est lui qui a pensé les moindres transformations de ces lieux magiques, avec le souci du détail propre à sa profession, dès le début de sa présidence en 1995.

En réalité, le grand artisan du sport monégasque, également président du Comité Olympique Monégasque de 1975 à 1994, côtoie les terres du golf depuis son enfance. C'est dire s'il le connaît. Maître Rey nous a accueillis dans son "jardin", dans un temps frais de mai. Ce domaine situé sur la commune de Peille, c'est son univers. 

"Un club fermé ouvert", comme il se plaît à le dire, qui a ses 500 membres et accepte avec parcimonie les visiteurs. C'est la terre sur laquelle son père lui a transmis deux passions : le travail et le golf. En nous abreuvant d'anecdotes savoureuses, le président nous a laissés découvrir le décor et ses coulisses.

"Vous voilà! Je viens de finir mon parcours. Juste le temps d'ôter la terre de mes chaussures et je suis à vous", nous lance le maître des lieux, sur un ton vif et enjoué. Il a prévu de nous faire faire le tour du propriétaire au volant d'une des quatorze voiturettes du site. Nous enfilons nos vestes car le Monte-Carlo Golf Club se trouve à 900 mètres d'altitude, sur le Mont-Agel. Nous ne sommes qu'à onze kilomètres de Monaco, mais il y fait tout de même plus frais.

Le golf s'étend sur environ 55 hectares vallonnés. Il appartient à la Société des Bains de Mer (à 73%), à la commune de Peille et au Domaine de l'État français. Le Monte-Carlo Golf Club est une association française, locataire des terrains. Il a été inauguré en 1911 et a subi nombre de modifications avant d'afficher le visage qu'on lui connaît aujourd'hui. Son centenaire a été célébré en grande pompe en 2011, en présence de Leurs Altesses Sérénissimes le Prince Albert II et la Princesse Charlène.

En voiture

Nous voilà embarqués. Mais il y a du monde sur le green alors il nous faut être discrets. "On ne bouge pas, on ne parle pas quand les gens jouent", chuchote Maître Rey en stoppant la voiturette à l'approche d'un groupe de golfeurs. "Je vous emmène voir la table d'orientation. Peu de gens connaissent. On voit Monaco, Menton, Saint-Tropez et même San Remo." C'est devant une vue plongeante qu'Henry Rey commence à nous raconter l'histoire du golf. 

"Aujourd'hui, on a 36 salariés. Ils sont en cuisine, au secrétariat et au Proshop. Nous avons aussi trois professionnels du golf, et quatorze hommes s'occupent du garage et du terrain." Mais il a fallu les travaux successifs des différents comités, présidés par le Prince Pierre d'abord, Jean-Charles Rey ensuite, puis par Henry Rey depuis 1995.

 "À huit ans, je jouais déjà au golf ici. C'était tout petit, il n'y avait pas d'eau. On arrosait à la main avec l'eau des sources", se souvient-il. En 1911, les 18 trous se jouaient sur une surface de 4206 mètres. Aujourd'hui, le parcours s'étire sur 5923 mètres. Il est composé de neuf trous surplombant la Méditerranée, et de neuf trous tournés vers les Alpes. Un régal pour les yeux, un lieu unique en son genre et une preuve de dur labeur car le sol est rocailleux et difficile à façonner. Il faut l'aplanir un peu plus chaque année. 

"Regardez comme c'est joli, comme c'est vert. Je connais ce terrain par coeur", avoue Me Rey. Le plus incroyable c'est qu'il semble toujours autant émerveillé, malgré les années de pratique. "Rory McIlroy, qui est le numéro deux mondial, me dit: "Vous ne pouvez pas savoir le plaisir que j'ai à jouer chez vous." Je lui dis que ce n'est pas un parcours pour lui. Il me répond qu'il s'en fiche car il s'y sent trop bien."

Des travaux colossaux

Nous regagnons la voiturette. "Mon père et moi avons construit une canalisation de 600 mètres de long qui vient d'un grand bassin de 6000 mètres cubes, situé derrière le garage. Notre eau vient de La Turbie depuis ce côté-là. Mais nous avons aussi un bassin de 400 mètres cubes, du côté du trou numéro 15, qui nous amène l'eau de Peille sur un trajet de trois kilomètres", explique-t-il, précis. Trou numéro 15 d'une rare beauté d'ailleurs, qui donne l'impression de jouer sur la mer. C'est une plongée abyssale dans le bleu et l'horizon, avec les montagnes en toile de fond. 

Nous passons près du trou numéro 11. "C'est ici qu'il y avait le tir au pigeon à l'époque. C'est pour cela qu'il y a ce plateau. C'est un par cinq. Regardez comme il est grand", s'enthousiasme le bâtisseur. "Pendant les deux guerres, les occupants avaient construit des bunkers en pierre dans les forêts. Moi, j'allais jouer dedans. J'y ai trouvé des casques. Et un jour mon père m'a grondé, me disant qu'il risquait d'y avoir des mines. Ces morceaux de bunkers, on les a laissés. Ils font partie du lieu", il nous en montre certains, en passant sur une étroite route qui sillonne le golf et contourne les trous. 

"Nous avons construit plusieurs kilomètres de route goudronnée pour faciliter le travail des jardiniers." Cela leur permet de se frayer un chemin un peu à l'écart des golfeurs, afin de ne pas les déranger. Henry Rey est conscient du travail qu'ils abattent et souhaite leur faciliter la tâche tout en ne troublant pas le plaisir et la concentration de ses hôtes. 

"Avec mon père, j'ai planté 1200 arbres. Depuis, j'en ai replanté 100. Le terrain demande beaucoup d'entretien." C'est sous la présidence de Jean-Charles Rey, entre 1953 et 1995, qu'a été mis en place l'arrosage automatique des 18 trous, perfectionné ensuite par Henry Rey et étendu aux trous aménagés depuis 1995.

"La terreur gentille"

Nous passons par le trou 14. "Celui-ci, on l'a fait de toutes pièces. On a dû amener quinze mille mètres cubes de terre. Chaque fois qu'il y a des travaux à Monaco, j'en profite pour que les ouvriers me montent de la terre. Ça leur rend service et à moi aussi. C'est comme ça qu'on a fait le practice. Il nous a fallu 100 000 mètres cubes de terre pour le faire."

"Buongiorno, grazie", glisse Maître Rey à l'attention d'un joueur qui laisse passer notre convoi exceptionnel. Il connaît et salue chacun de ses visiteurs et membres. Il signale: "Je suis un peu la terreur gentille. Chacun veut faire ce dont il a envie. Mais c'est un sport éthique. Il faut respecter certaines règles pour éviter les accidents. Je n'accepte pas plus de cinq cents membres pour que cela se passe bien."

Il nous faut traverser la route pour rejoindre le hangar. Maître Rey active le portail électrique. "Les portails, on les a montés nous-mêmes. Il y en a onze et on les a électrisés pour empêcher les sangliers de venir. Ça fait quatorze kilomètres de grillage électrifié. J'ai vu les ouvriers pleurer les fois où les sangliers étaient passés la nuit", rapporte-t-il.

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