Rosberg décoche une deuxième flèche

La 72e édition du Grand prix de Monaco a été l'occasion, pour Nico Rosberg, de réaliser un doublé en Principauté. L'Allemand à même pris la tête du championnat devant Lewis Hamilton, resté sur la deuxième marche du podium, juste devant Daniel Ricciardo (Red Bull).

Décidément, la Principauté qui l'a vu grandir semble booster la confiance de Nico Rosberg. L'Allemand de 28 ans a remporté sa deuxième victoire de suite sur le circuit de Monaco le 25 mai, la cinquième d'une carrière entamée en 2006. 

Le fils du champion du monde 1982 Keke Rosberg détient désormais autant de succès que son paternel lorsqu'il a pris congé des circuits, à 38 ans. Grâce à cette sixième course de la saison de F1 et avant le Grand prix du Canada (6-8 juin), le pilote Mercedes prenait la tête du championnat avec 122 points, après s'être montré victorieux en Australie, en mars. Juste derrière lui, son coéquipier Lewis Hamilton fulminait, crédité de 118 points. 

Hamilton a chuté de son piédestal

Avant l'étape monégasque, confortablement installé dans son siège de leader, Hamilton faisait savoir qu'à Barcelone, cela "n'aurait pas dû être aussi serré entre [eux]". Le Britannique expliquait qu'il souhaitait, à l'avenir, battre son coéquipier avec une "plus grande avance à l'arrivée". On imagine facilement la difficulté avec laquelle le champion du monde 2008 a avalé la pilule Monaco. 

Cela ne manquera pas d'attiser une rivalité toujours plus nette entre les deux "amis". D'autant que personne ne semble en mesure de venir troubler la toute-puissance des monoplaces Mercedes. Depuis le début de la saison, aucun rival n'a réussi à passer le moindre tour en tête.

Au classement des constructeurs, l'écurie allemande comptait 240 points (sur 253 possibles). À elles trois réunies, ses poursuivantes n'avaient accumulé que quatre unités de plus (99 pour Red Bull, 78 pour Ferrari et 67 pour Force India).

La poisse de VettelSi le week-end monégasque s'est bien déroulé pour Ricciardo, qui signait son deuxième podium consécutif et pointait alors au quatrième rang du classement général, l'autre membre du team Red Bull n'en gardera pas un grand souvenir.

Titré en 2011 dans les rues de Monaco, Sebastian Vettel a été contraint à l'abandon. Au bout de seulement sept tours, le quadruple champion du monde a été trahi par son moteur. La veille, il connaissait déjà des problèmes de puissance avec l'un de ses moteurs électriques.

Durant une épreuve où la safety car a fait son apparition à deux reprises, plusieurs batailles intéressantes pour les points se sont déclarées. Relativement isolé (à près de 23 secondes derrière Ricciardo et très loin devant Nico Hulkenberg (Force India), Fernando Alonso s'est solidement accroché à sa quatrième place.

Des essais en dents de scie…

Lors de la première séance d'essais libres, le jeudi, tout semblait aller dans le sens de la hiérarchie déjà établie. Dominé par Nico Rosberg pendant un certain temps, Lewis Hamilton parvenait à prendre le meilleur sur l'Allemand en le devançant de 32 millièmes à l'arrivée (1'18"271).

Déjà là, le pilote Red Bull Daniel Ricciardo attaquait et arrivait troisième (+0,235). Derrière lui, Fernando Alonso (Ferrari, +0,659) s'accrochait. À l'occasion des deuxièmes essais, arrosés par la pluie et quelques rasades de grêle, personne ne parvenait à effacer le temps inscrit par le Britannique, mais Alonso tirait son épingle du jeu en signant un tour en 1'18"482. 

Derrière lui, on retrouvait Hamilton (+0,482) et Sebastian Vettel (Red Bull, +0,535). Lors des derniers essais libres, Lewis Hamilton reprenait la main (1'16"758), suivi de Ricciardo et de Rosberg. 

…Puis la pole pour Roserberg

C'est lors des qualifications que la tension entre les pilotes Mercedes s'est accentuée. Alors que Rosberg tenait le tour le plus rapide (1'17"678), il a tiré tout droit à Mirabeau à quelques secondes de la fin, neutralisant la séance et empêchant son coéquipier de tenter de le devancer. 

La FIA, qui avait ouvert une investigation à ce propos, à fini par conclure "qu'aucune infraction n'avait été commise par le pilote numéro 6". La rage d'Hamilton se lisait dans ses yeux et sur le rictus figé affiché en conférence de presse. Une conférence durant laquelle Nico Rosberg présentait ses excuses et affirmait que la manoeuvre n'était pas volontaire.

Les ordres sont les ordres

Les dés étaient jetés et le poleman de Monaco était à nouveau Nico Rosberg. Lorsqu'on sait combien il est difficile de dépasser sur les 3,34 kilomètres du tracé, cela en disait long. Hamilton allait pouvoir admirer son aileron arrière, suivi lui-même du pilote Red Bull qui monte, Daniel Ricciardo. 

Sans embûche particulière, hormis deux blocages de roues sans conséquence, l'Allemand a conservé la tête de la course de bout en bout. L'unique moment décisif était l'arrêt aux stands pour le changement de pneumatiques. 

Hamilton pouvait choisir de ne pas s'arrêter au même moment que son coéquipier afin de prendre l'ascendant, et Rosberg pouvait se retrouver pris dans le trafic à la sortie des stands. Mais les consignes de l'écurie étaient claires  : Rosberg entrait et Hamilton suivait. Aucun moyen d'appliquer une stratégie. 

Furax sur les ondes qui le reliaient à ses ingénieurs, Lewis Hamilton demandait des explications quant à cette décision du team. Gêné ensuite par une poussière dans l'oeil gauche, le Britannique prenait jusqu'à 9 secondes de retard sur la première Mercedes. 

Mis au parfum de ce souci physique, Daniel Ricciardo tentait de ravir la deuxième place, sans succès. À l'issue des 78 tours, il conservait 4 dixièmes de retard et enlevait la troisième place.

Bianchi a inscrit ses premiers points

Pas vraiment en réussite depuis le début de saison, les pilotes français ont repris des couleurs. Relativement moyen en qualifications, Romain Grosjean (Lotus) a vu le drapeau à damiers pour la première fois de sa carrière en Principauté. 

Tandis que son coéquipier Pastor Maldonado était out avant même le départ, bloqué par un problème de propulseur, réussissait à garder sa concentration, évitant de se retrouver dans les mauvais coups. 

Un accrochage survenu au 74e tour entre Kimi Räikkönen (Ferrari) et Kevin Magnussen (McLaren) lui a permis d'entrer dans les points. Neuvième à l'arrivée, Romain Grosjean a grimpé d'un rang dans la hiérarchie après coup et pointait à la huitième place, comme en Espagne. 

Son compatriote, Jules Bianchi, avait écopé d'une pénalité de cinq secondes pour être parti de la mauvaise place sur la grille de départ. Pénalité reconduite après la course car le pilote s'en était acquitté pendant le passage de la safety car. 

Il perdait donc une place pour terminer 9e.Pas de quoi altérer la joie du Niçois, qui a inscrit les deux premiers points de sa carrière en F1, mais également ouvert le compteur de Marussia en championnat du monde.

"C'était vraiment super, une course chanceuse aussi. Je suis très heureux pour le team qui a fait un très bon travail aux essais libres. Je suis fier de ce qu'on a réussi à faire." Le jeune homme de 24 ans a fait du beau travail en arrivant au bout d'une course que seules quatorze monoplaces ont terminée, et en réussissant un dépassement osé sur Kamui Kobayashi (Caterham). 

"Il fallait que je le tente parce que si j'étais resté derrière lui, ma course aurait été complètement différente. Mais il faut garder les pieds sur terre parce qu'on sait que ce ne sera pas tous les jours comme ça. Il faut continuer à travailler."

Le troisième Français en lice, Jean-Eric Vergne, avait nettement moins de raisons de sourire. D'abord pénalisé pour une mauvaise sortie des stands, le pilote Toro Rosso a ensuite été contraint à l'abandon.

Effervescence sans limites

En passant l'accréditation autour de son cou, il faut avoir à l'esprit que l'on va en prendre plein la vue. Plein l'ouïe (enfin, un peu moins qu'avant). Plein la figure. Mais nous, on aime bien ça, être à l'affût et glisser l'œil partout. Pour se mettre en jambe, on filait au motorhome flottant de la maison Red Bull. 

Non pas que ce soit notre écurie favorite, mais il faut bien avouer qu'ils sont généreux, ces Autrichiens. Lattes de bois sur le sol de la vaste terrasse, bar blanc clinquant où de jolis minois distribuent toutes sortes de boissons, et petits plats à gogo.  Si l'on voulait vraiment se prendre pour des privilégiés, on montait à l'étage, près de la piscine, et on regardait le Tout-Monaco en sirotant un cocktail. 

Ricciardo en position selfie

Les motorhome des diverses écuries étaient interdits au tout-venant. Les fans de F1 en quête d'une photo ou d'une signature devaient attendre à l'extérieur de la zone, derrière des grilles. Et au passage de Daniel Ricciardo, qui se rendait lui aussi chez Red Bull, tous s'agglutinaient instinctivement, bras tendus et yeux écarquillés.

Le pilote de l'écurie "qui donne des ailes" ne se faisait pas prier. Il gribouillait volontiers une photo et se mettait en position selfie avec son public. David Coulthard, qui passait par là, se montrait plus habitué et un poil plus distant mais serrait volontiers quelques mains, alors que Jackie Stewart, pantalon et casquettes écossais, se faufilait dans la masse. Parmi ceux qui déclenchent le plus les passions, on ne peut pas ne pas citer Lewis Hamilton, qui signait de son bras droit tatoué.

Traits tendus ou très "happy"

Le moment le plus curieux est sans doute celui qui précède la course de F1. C'est là qu'apparaît le grand décalage entre les pilotes aux traits tirés, contraints d'apparaître devant la foule électrique, et les gens heureux. 

Près des stands, on croisait un Antonio Banderas hilare, une Karolina Kurkova au sourire immense ou encore Elisabetta Gregoraci, la "girlfriend" de Flavio Briatore, faisant des "coucous" devant les photographes. Même Jean Todt avait l'air détendu. 

Evidemment, pour Nico Rosberg et le reste du peloton, ce n'était pas le moment de blaguer mais plutôt celui d'enfouir la tête dans son casque et de prier pour que sa machine ultra sophistiquée soit bien disposée.

La course passée, comme tous les soirs en période de GP, la route rouvrait et l'on venait enfoncer ses talons sur les lamelles de gomme laissées sur le bitume. Que ce soit sur les gigantesques yachts ou aux terrasses éphémères installées sur le port Hercule, l'événement était le prétexte à de furieuses fêtes qui ne prenaient fin qu'au petit matin. 

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