Grand prix de Monaco : Un 78 tours mythique

Michel Boeri : "Bon courage à ceux qui nous succèderont"

Ses années de gouvernance, ses rapports avec les divers présidents de la FIA qu'il a vus défiler, l'attraction suscitée par le Grand prix de Monaco, son point de vue sur l'évolution des règlements en F1, l'arrivée de la Formule E : Michel Boeri, le président de l'Automobile club de Monaco (ACM) a abordé tous ces sujets avec sa verve habituelle.

Une fois arrivé sur le pas de la porte de son bureau, le doute n'est plus permis. Michel Boeri est un patron, naturellement. Après une franche poignée de mains, il nous invite à démarrer la discussion autour d'une table de réunion au centre de laquelle est posé un sabre sur socle. Pendant notre entretien, celui qui gouverne l'ACM depuis plus de quatre décennies a fait étalage des traits de caractère qui expliquent certainement sa grande longévité. Vif d'esprit, peu friand des tournures de phrases alambiquées pour noyer le poisson, connaissant son sujet sur le bout des doigts, Michel Boeri pourrait parler de l'ACM pendant des heures, mais il préfère agir. Au cours de notre échange, on a pu mesurer la forte dose de conviction qui anime cet homme plus soucieux de défendre cette institution bec et ongles que de recevoir des louanges.


Vous occupez la présidence de l'ACM depuis 1972. De quelle manière a évolué le monde du sport auto depuis cette époque ?

D’abord, je n'occupe pas la présidence, j’ai été élu en 1972, c’est quand même un espoir pour la démocratie (il rit). Je crois que le terme "changer d’époque" n’est pas un vain mot en Formule 1. Nous sommes passés d’un système de bénévolat, d’amateurisme éclairé, à un système tout à fait commercial, encadré par des règlements contraignants. 

Par exemple, les contrats sont majoritairement rédigés en langue anglaise, selon le droit anglo-saxon, ce qui nécessite des batteries d’avocats pour vous soutenir. On ne peut pas comparer 1972 et 2014, ce sont absolument deux mondes différents. Le seul point commun entre ces deux époques, c'est qu'il reste encore des gens passionnés, des bénévoles pour certains, et d'autres qui sont vraiment devenus des professionnels de la course automobile. 

Cet assemblage a quand même permis à la Formule 1 d’occuper, au fil du temps, une place médiatique de plus en plus conséquente. J'ai tout de même envie de dire "bon courage" à ceux qui nous succèderont. S'ils ne sont pas disponibles à temps plein, la gestion sera difficile. Malheureusement qui dit "temps plein", suppose un salariat et une hiérarchie face à l’autorité, ce qui vous prive d’une liberté de ton et d’action pour se faire entendre.

De quelle manière vous y êtes-vous pris pour changer les choses dans un environnement où les décisions sont parfois prises au terme de très longues tractations ?

Je crois que le maître mot c’est la confiance. Alors, bien sûr, on s’est aperçu récemment que même les grands de ce monde se font trahir. Mais je ne suis pas un grand de ce monde, donc je continue à penser que la confiance donne à chacun l'envie de travailler sur un sujet qui le passionne et qui s’inscrit dans l’intérêt général mais dans lequel il doit se sentir libre de conceptualiser ce qu’il aimerait faire adopter. Cela évite la monotonie du travail, et favorise une vision d’ensemble. Bien sûr, il faut avoir la certitude que celui à qui on laisse la bride sur le cou, mérite cette confiance.

Vous parlez souvent d’honnêteté, vous estimez avoir pris plus de coups dans l'exercice de vos fonctions à l'ACM que dans n'importe quelle autre de vos fonctions. Qu'est-ce qui vous pousse à rester si longtemps président ?

Moi, je ne revendique aucune honnêteté. Comme je ne me sens pas voyou, je n’ai pas le besoin de proclamer ma virginité. Je suis une vestale et je mourrai vestale (une vestale était une prêtresse romaine qui accomplissait un sacerdoce de trente ans durant lesquels elle veillait sur le temple de Vesta, ndlr). 

L’Automobile Club est confronté à des conflits d’intérêts locaux et internationaux. Il a, de ce fait, une action locale et une action internationale. Sur l’action internationale, l’ACM a connu des combats difficiles du temps de M. Balestre (Jean-Marie de son prénom, président de la FIA de 1978 à 1991), puis des débats à fleurets mouchetés avec son successeur (Max Mosley, président de 1993 à 2009). 

Avec M. Todt, ça se passe mieux. Mais on n’est jamais tranquille, ça, c’est clair. Sur le plan local, vous connaissez Monaco comme moi, tout le monde fait monter la mayonnaise. On s’accuse de tout, on imagine le pire, pour s’apercevoir, avec un peu de réflexion, que tout n’était qu’emballement inutile. Quelque part, c'est le jeu d’attaquer celui qui est en vitrine. Ce serait trop beau d’exercer un pouvoir sans en subir les contraintes ou les critiques justifiées ou infondées.

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