Une histoire de tradition

Le Grand Prix de Monaco offre ce que peu de circuits peuvent proposer. Une épreuve en ville, un tracé sinueux où le dépassement est impossible ou presque. Et pourtant, il offre, chaque année, un réel spectacle. Il faut dire que, depuis quelques temps, nombre de pilotes assurent le show en prenant des risques afin de remonter au classement, souvent à la suite de qualifications délicates. Lorsque l'on arpente le circuit, notamment depuis notre point de vue privilégié, la proximité dont on dispose avec ces bolides lancés à une vitesse vertigineuse a littéralement de quoi vous décoiffer. Il n'est d'ailleurs pas rare de recevoir un peu de gomme chaude des pneus alors que la flèche d'argent ou le cheval cabré sont déjà loin. Mais c'est aussi ce qui fait le charme de cette course très prisée des pilotes. D'autant qu'elle est aussi révélatrice des talents de chacun, comme le soulignait à l'époque un certain Damon Hill, "Monaco est le circuit qui distingue encore les hommes des gamins." On jette un œil dans le rétro et on repart faire un saut sur les cinq dernières éditions, avant de retrouver l'an prochain l'Historique (23-25 avril), le e-Prix (8 mai) et la F1 (20-23 mai).

2015 - Le triplé de Rosberg 

Certaines victoires sont plus savoureuses que d'autres. Surtout lorsque le scénario a ce petit supplément d'imprévisible. Et à Monaco, un grain de sable peut vite venir enrayer une mécanique parfaitement huilée. Cette année-là, Lewis Hamilton l'a appris à ses dépens. Poleman, homme le plus rapide la quasi-totalité du week-end, celui qui filait alors vers son troisième sacre mondial avait clairement coché la date monégasque dans son calendrier. A ses côtés sur la grille de départ, le local de l'étape et résident monégasque, mais aussi son coéquipier, l'Allemand Nico Rosberg. Une première ligne 100% Mercedes, derrière laquelle Sebastian Vettel prenait la 3e place au volant de sa Ferrari. Jusqu'au 64e tour de cette course, le trio de tête ne bouge pas, Hamilton ayant même creusé un écart confortable (+ 20 secondes) sur Nico Rosberg. Mais, comme souvent, un événement extérieur va avoir des conséquences inattendues. 

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Max Verstappen, parti dixième sur la grille et, comme toujours, assez agressif dans sa conduite, tente de dépasser Romain Grosjean. En confiance après une attaque subtile dans le sillon de Vettel pour gagner deux places quelques minutes plus tôt, le jeune Hollandais ne parvient pas à passer le Français. Pire, il fracasse la roue avant-gauche de sa Toro Rosso et provoque la sortie de la safety-car. Lewis Hamilton en profite alors pour filer aux stands et changer ses gommes. Ce que ne font pas Rosberg et Vettel. L'Anglais ressort derrière ses deux poursuivants et ne parviendra jamais à reprendre le meilleur sur eux, devant se contenter d'une frustrante troisième place. Devant lui, Vettel défend bien et Rosberg file vers son troisième succès consécutif à Monaco. De quoi lui permettre de rejoindre un cercle très fermé, seuls trois autres pilotes ayant réussi cela avant lui : Ayrton Senna (cinq victoires consécutives, six en tout), Alain Prost (trois victoires consécutives, quatre en tout) et Graham Hill (trois à la suite, cinq en tout). 

Les débuts du e-Prix

2015 est une année ayant également marqué les débuts d'une nouvelle compétition de sport automobile. Et pas n'importe laquelle, puisqu'il s'agit de la Formula-E. Un championnat du monde de monoplaces électriques. Il était bien évidemment impossible pour Alejandro Agag, promoteur de la manifestation, de ne pas venir sur le circuit monégasque pour leur première année. Quelques semaines avant le Grand Prix, la moitié du tracé a ainsi été ouverte à ces bolides que l'on n'entend pas. Ou presque. Contrairement à la F1, c'est sur une journée que tout s'est joué (contre 4 pour l'épreuve reine). Essais non-qualificatifs le matin, retour sur l'asphalte aux alentours de midi pour jouer la pole, parade, puis départ vers 16 heures. De quoi rythmer la journée pour les curieux venus observer cette course d'un genre nouveau. Juste après le départ, un premier accrochage poussait un pilote à l'abandon. Le ton était donné. Il y aura du spectacle. Un spectacle dont ont profité les 23 000 spectateurs présents pour l'occasion et ont pu assister à la victoire de Sebastien Buemi, premier pilote à remporter le Monaco e-Prix.

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2016 - Lewis is winning in the rain

La proximité d'un événement avec le Festival de Cannes est rarement de bon augure pour la météo. La pluie s'invite souvent à la montée des marches et, cette année-là, a également jugé bon de venir apporter un peu de piment à une course qui n'allait pas en manquer. Il faut dire que ce Grand Prix de Monaco 2016 allait être entouré d'une aura électrique. Avant, pendant comme après. Chez Mercedes, déjà, où les deux pilotes, Nico Rosberg et Lewis Hamilton, sortaient d'un accrochage au précédent GP d'Espagne, forçant les deux voitures à l'abandon. Chez Red Bull ensuite, où Ricciardo aura des raisons d'en vouloir à son équipe. Dans le ciel, aussi, puisqu'une pluie battante a accueilli pilotes et spectateurs pour la grand-messe de la F1. Une édition spectaculaire en tous points. Y compris pour les commissaires, particulièrement sollicités cette année-là. Déjà propice aux accrochages et sorties de route en tout genre, le circuit monégasque, sous la pluie, est d'autant plus un terrain où les pilotes risquent plus qu'ailleurs de finir dans le décor. 

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Et cette année-là, ils ont été sept à ne pas voir le drapeau à damier (Ericsson, Nasr, Verstappen, Magnussen, Kvyat, Raikkonen et Palmer). Le drapeau à damier, lui, Daniel Ricciardo l'a bien vu. Mais avec des yeux où se mêlaient larmes et rage. Avalant les courbes à une vitesse folle tout au long du week-end, la facétieux australien semblait voguer vers une victoire bien méritée. Mais en F1, tout peut se jouer sur un détail. Le pilote peut réaliser la course parfaite et être victime d'une erreur de son team. Et c'est ce qui est arrivé à ce pauvre Daniel Ricciardo. Alors qu'il arrive aux stands pour un changement de pneumatiques, son équipe n'est pas à l'heure. Résultat, de longues secondes de perdues et Lewis Hamilton lui grille la politesse de retour en course. Malgré ses efforts, Ricciardo ne réussira jamais à dépasser l'Anglais qui, tout en maîtrise, parvient à contenir son concurrent. Et franchira la ligne d'arrivée la Red Bull dans le rétro, alors qu'il avait passé la majorité de la course dans celui de son adversaire. Cruel. L'accolade entre les deux hommes a d'ailleurs montré à la fois le respect entre eux et le désarroi d'un Ricciardo pensant enfin tenir sa première victoire ici. De son côté, ce succès a apporté à Hamilton son deuxième titre à Monaco, huit ans après son premier obtenu sous les couleurs de McLaren-Mercedes. 

Saut dans le passé

C'est une donnée importante pour quiconque aime les choses anciennes. Les amoureux d'histoire automobile ont, tous les deux ans, un rendez-vous majeur en Principauté. Le Grand Prix de Monaco Historique. L'occasion pour les passionnés de Formule 1 de voir, ou revoir, des monoplaces (mais pas que) ayant couru sur ce circuit lors des décennies passées. D'avant-guerre, des années 50, 60 ou 70, sept séries étaient au programme de cette 10e édition de la manifestation. Casques ouverts et lunettes accrochées, combinaisons ''old school'', tout semble d'époque et c'est un réel saut dans le temps qu'offre l'Historique, une quinzaine de jours avant la F1. Et s'il y a quelque chose que l'on retient facilement de cet événement, ce sont le bruit et l'odeur qui se dégagent de ces vieilles dames. Une mélodie bien différente de celle jouée par les véhicules contemporains, mais au charme si particulier. 

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Se balader au milieu des paddocks durant ''l'histo'', c'est entendre quelques moteurs ''pétarader'' alors que les mécanos peaufinent les réglages. Avant de les voir s'aligner, en file indienne, ronronnant de plus belle, pour leur entrée en piste. Une piste sur laquelle la compétition fait rage dès lors que le départ est donné. De quoi, aussi, permettre à bon nombre d'entre eux de réaliser un rêve, celui d'évoluer sur ce circuit mythique au volant d'une F1, quelle que soit son époque d'origine. Et d'en mettre plein les mirettes à leurs homologues assis en tribune…

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