"Je jouais numéro 10"

Réalisateur français, Jean Becker a signé quelques unes des plus belles œuvres du patrimoine cinématographique de l'Hexagone, avec notamment "Les enfants du marais" ou "L'été meurtrier".

Président du jury des podiums d'or pour les Sportel Awards, Jean Becker a évoqué les liens entre le sport et sa mise en image. Qu'elle soit réelle, dans la chaleur du direct ou, fictive, dans la reconstitution.

Que faut-il pour avoir une bonne vidéo de sport ?

Il y a d'abord l'événement en lui-même. Le metteur en scène chargé de la retransmission doit bien connaître son boulot. Et puis les a-cotés, lorsque l'on peut filmer quelque chose qui d'un coup est émouvant ou d'une grande violence, comme lors de la retransmission d'un match. L'avant, l'après, des témoignages. Il y a plein de choses à faire pour essayer de faire vivre l'événement qui se déroule.

En tant que pro, c'est une matière noble de filmer du sport ?

J'ai vu un extrait, dont je ne peux rien vous dévoiler (il s'agissait de Francesco Totti au Stadio Olimpico de Rome), d'une vidéo faite sur un joueur qui faisait ses adieux et c'était d'une émotion extraordinaire, avec tout le public qui pleurait, c'était formidable, je n'ai jamais vu un truc comme ça. Mais le type qui a fait cette vidéo, vous suivez ça comme un long métrage, comme la fin d'un long métrage émotionnel, et c'est du vrai.

Faire un film sur le sport, ça ne vous a jamais tenté ?

Je n'ai pas trouvé de sujet qui correspondait à ce que j'aime raconter, mais j'aurais pu parce que j'ai fait beaucoup de sport. J'aurais bien aimé. Mais j'ai fait venir des sportifs au cinéma. Quand mon père a fait "Le trou", son dernier film, il voulait des acteurs qu'on ne connaissait pas. Je faisais du volley-ball à l'époque. Il y avait les smasheurs, qui étaient grands, et les autres, plus petits, comme moi. Je faisais partie de l'équipe de Paris et mon capitaine était Michel Constantin. Je l'ai présenté à mon père et il l'a pris. Je l'ai fait engager comme acteur.

On voit rarement de bonnes séquences de sport collectif au cinéma. Pourquoi est-ce si difficile à reproduire ?

Quand ce n'est pas du direct, refaire une partie de football par exemple, on peut faire des bouts de match, mais il est très difficile de mettre tout ce qu'on a quand on fait de la reconstitution. Une partie de foot, l'émotion qu'on ressent, c'est parce qu'on est dans le moment. Mais quand on le refait, c'est différent. Alors il y a des films sur la boxe comme ça, mais ce n'est pas simple d'en faire un où le sport a une importance de vérité.

Très peu de films ont été une réussite sur ce thème, "Raging Bull", "L'enfer du dimanche"…(il coupe)

J'ai un ami, Hugh Hudson, qui a fait "Les chariots de feu", un film sur la course à pied. Il a refait quelque chose dans l'émotion, dans les ralentis, par rapport à deux jeunes qui ont des éducations très différentes. Mais ce n'est pas comme reconstituer un match de boxe. Dans la boxe, ils ont réussi. J'aime énormément "The set up". Les combats y sont très intenses, très bien faits. Quand on a la chance de voir des films comme ça, c'est superbe. Sinon c'est trafiqué. Pour moi, les films Rocky, ça me fait chier (sic), j'ai horreur de ça, c'est complètement bidon.

Vous avez fait du sport jeune, auriez-vous pu vous lancer dans une carrière de sportif ?

J'ai joué au football, au Racing (Paris), où j'évoluais comme numéro 10. Je me suis posé la question de savoir si j'allais continuer ou pas et puis je suis parti dans le cinéma avec mon père. Mais c'est un problème qui aurait pu se poser parce que j'étais fou de ça. Et après je me suis mis au volley grâce à une bande de copains qui jouait. J'étais assez adroit.

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