"J'ai toujours écouté mes rêves"

Présent à Monaco pour le Sportel, Christophe Pinna a emprunté un long chemin qui pourrait l'amener jusqu'aux Jeux Olympiques 2020. Un pari un peu fou que l'ancien quadruple champion du monde de karaté raconte.

Impliqué pendant quelques années dans le karaté après son dernier titre en 2000, Christophe Pinna avait ensuite tourné la page. Mais la récente arrivée de son sport aux Jeux l'a poussé à écrire un nouveau chapitre.

Comment est née cette idée d'aller aux JO de Tokyo ?

Pendant la session de Rio, ils ont annoncé que le karaté allait devenir olympique. Quelques semaines après, je me suis demandé si j'aurais le courage d'aller chercher cette qualification, ce qui représentait un vrai changement de vie. Mais j'ai toujours écouté mes rêves et j'ai décidé de repartir.

Quand on sort d'une retraite comme ça, après 17 ans, pour le corps ça doit être compliqué ?

Je suis un sportif avant d'être un karatéka. J'ai fait le marathon des sables, celui de New York, je suis un passionné de sport. Mais il y a une différence fondamentale entre s'entraîner dur et s'entraîner très dur. D'un côté, vous êtes à 90% et ça passe. De l'autre, vous êtes à 110% et ça casse. Ces derniers mois, j'étais sur le 110% et j'ai eu beaucoup de blessures. Mais là j'en sors. J'avais annoncé qu'il faudrait que je sois au top en janvier 2018, je pense que je le serai.

Le retour à la compétition a-t-il été difficile ?

Oui car tout l'est. Il faut trouver un équilibre. Et j'ai un déséquilibre parce que psychologiquement, je suis plus fort que mon corps peut l'être. C'est dur physiquement mais aussi psychologiquement parce que depuis que j'ai repris, je n'ai accusé principalement que des défaites. Je n'ai gagné aucune compétition. Je m'y étais préparé, mais quand on croit être prêt et qu'on sort du tapis quand on a perdu, il y a un long silence.

La discipline a-t-elle changé depuis l'arrêt de votre carrière ?

Le matériel a changé, avec des protèges-pieds, des protège-poings, un plastron. A l'époque, on n'avait pas tout ça. Et le matériel a fait changer la physionomie du combat. Quand on n'avait pas de plastron et des gants fins, idéalement, on cherchait à mettre un gros coup au corps et il hésitait à revenir ensuite. Aujourd'hui ce n'est plus le cas parce qu'on est surtout sur de la touche. Les règles d'arbitrage ont changé, la forme aussi puisque les athlètes sont vraiment axés sur de la vitesse pure. Alors que nous il y avait un compromis entre vitesse et puissance.

Ce doit être déstabilisant de revenir face à de nouveaux adversaires et dans, en quelque sorte, une nouvelle discipline ?

J'affronte les enfants de mes anciens adversaires (rires). Le plus déstabilisant, alors que j'ai un préparateur mental, c'est que pour ma première compétition, comme pour les autres, j'y suis allé en tant qu'athlète d'aujourd'hui. Et beaucoup de personnes venaient me demander des autographes, ce qui me renvoyait à mon passé. Et on n'avait pas travaillé sur ce point. Donc je signais un autographe et 5 minutes après je perdais au premier tour. Psychologiquement, je n'y étais pas prêt. Avec le temps, j'ai recommencé à progresser et du coup on me félicite par rapport à mes performances d'aujourd'hui. Et ça fait du bien.

Le fait que le karaté, art martial japonais, entre aux JO à Tokyo, c'est un signe du destin ?

C'est aussi ce qui a fait que j'ai eu envie de me lancer dans l'aventure. Gagner les JO à Tokyo, ce serait génial. Et la chance qu'on a, c'est qu'après ce sera 2024 et Paris. Parce que pour moi, il y a deux choses dans le karaté qui rendent vraiment spéciale une victoire : soit d'être dans le pays où le karaté a vu le jour, soit d'être dans son propre pays.

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