"Si j'étais allé aux JO, je ne serais probablement pas ici"

Le champion du monde de planche à voile et de kitesurf, Robby Naish, était présent à Monaco en sa qualité de membre de la Laureus Academy.

Tenue décontractée, cheveux décoiffés, Robby Naish a le look qui va bien. A bientôt 54 ans celui qui est considéré comme l'un des précurseurs des sports de glisse aquatiques n'a jamais quitté les planches. Et en parle toujours avec passion.Vous pratiquez la planche à voile, le kite, le paddle… 

Quel est votre préféré ? 

Je suis chanceux de pouvoir tout pratiquer. J'ai commencé le surf petit, avant de passer à la planche à voile à 11 ans et d'y consacrer ma carrière. Puis, vers 1997, le kitesurf s'est développé et en 1999 nous avons lancé notre première ligne de produits. C'était super en tant que professionnel de pouvoir orienter ma carrière dans cette direction mais aussi de développer de nouveaux équipements. Le stand-up paddle a pris vers 2006. Deux ans après, nous lancions notre première saison commerciale. L'approche est vraiment différente, moins active ou extrême, mais dans un sens très stimulante. Mais je n'ai pas de favori. Je les pratique dans des conditions différentes. 

Le surf est associé à cette idée de liberté, les JO peuvent-ils changer cela?

Surfer reste pour la plupart une expression individuelle. C'est être dans la nature, avec ses amis, même si c'est un sport individuel car c'est toi, la planche et la vague. L'aspect compétition a changé. Le surf est devenu quelque chose de sérieux. Les gens ont des coaches, les parents poussent leurs enfants... Et ce sera encore plus important après les JO. Mais c'est agréable de voir que le surf est devenu populaire et reconnu, et qu'il a pu devenir discipline olympique. Cela apportera beaucoup aux JO, comme l'ont fait le snowboard ou les autres "free sports". Ces sports d'action sont une partie importante de la culture moderne. Les avoir aux JO, c'est aussi bon pour eux mais cela n'enlève rien à l'esprit et à la culture du surf, ni à la liberté qu'il représente. En devenant professionnel, vous avez choisi de ne pas participer aux JO. 

Avez-vous des regrets ?

Jamais ! La planche à voile était en plein essor et changeait tellement vite les premières années. Et j'ai pris part à cette évolution. Devenir pro était une décision mûrement réfléchie. A l'époque, si vous preniez ne serait-ce qu'un dollar, vous étiez considéré comme professionnel et vous ne pouviez pas aller aux JO. Je me suis dit : "Ok, je passe amateur, je vais aller à l'université et déménager sur le continent". Mais il n'y a qu'un élu par pays, choisi pendant les "trials". J'aurais pu tout gagner pendant l'année, faire une seule mauvaise course lors des "trials" (qualif') et ne pas me qualifier. Pareil aux JO. Nous étions en 1981, c'était beaucoup de risques pour trois ans. J'ai alors décidé de devenir pro. Quand les JO de 1984 sont arrivés, les planches "one design" étaient si différentes, si dépassées. Nous avions emmené ce sport tellement plus loin, techniquement et matériellement, que je ne me suis jamais senti coupable, ni eu l'impression d'avoir manqué quelque chose. Si j'étais allé aux JO, je ne serais probablement pas ici aujourd'hui.

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