Entre rires et larmes

Pour son vingtième anniversaire, la No Finish Line a vécu une édition particulièrement animée. En raison de fortes intempéries, la course a dû être arrêtée plus tôt que prévu, un drame a été évité de peu mais l'élan de solidarité autour de l'événement a été encore plus fort.

Il est aux alentours de 10 heures ce dimanche matin. La Principauté est déjà bien éveillée. Certains ont vécu une nuit mouvementée quand d'autres n'ont même pas dormi. Autour du Chapiteau de Fontvieille, il n'y a plus grand monde. Le vent et la pluie ont chassé tout espoir de voir des coureurs enchaîner les tours. Barrières et plots sont remballés tandis que les tentes de l'entrées sont désassemblées. A l'intérieur, quelques bénévoles remballent et le podium est lentement démonté. A quelques mètres, des coureurs des huit jours échangent autour d'un café. L'opportunité de croiser quelques sourires. La traditionnelle remise des prix n'a pourtant pas encore eu lieu. Mais la course, elle, s'est arrêtée la veille à 17 heures. Au compteur, 292 626 km (351 151 e récoltés)*. Philippe Verdier, l'homme à la base du projet No Finish Line, entre à son tour. Dans une tenue noire imperméable, il prend quelques minutes. Dans ses yeux, l'habituelle lueur s'est dissipée, laissant place à un voile de tristesse. "On espérait forcément mieux, de tous points de vue. C'est une édition 20 qui restera gravée dans les esprits dans tous les sens du terme." 

Tout avait bien commencé

Lancée en 1999, la No Finish Line fêtait ses 20 ans cette année. Pour marquer le coup, les ambitions étaient grandes. 450 000 kilomètres et 16 000 participants. Tels étaient les objectifs affichés par l'organisation. Des objectifs élevés qui auraient pu être atteints avec une météo plus clémente. Car, en 2018, déjà, Zeus avait fait des siennes, lâchant éclairs et pluies diluviennes au-dessus de la Principauté, ne permettant pas d'atteindre les 444 444  km visés (432 662 km parcourus pour 15 680 inscrits et 14 278 coureurs). On attendait donc un ciel plus clément pour ce 20e anniversaire. Et ce fut le cas pour l'ouverture de la NFL. En présence, notamment, du Souverain, auteur du coup de feu lançant officiellement la course, la première journée a, comme souvent, donné lieu à des moments sympathiques et vécus entre amis ou en famille. "Je fais la NFL depuis 2006 et je n'en ai manqué que deux ! Une pour cause de blessure et l'autre parce que j'étais en voyage de noces. C'est toujours très sympathique et détendu comme événement et nous avons l'habitude de faire le départ en famille. Même la petite dernière a fait une dizaine de bornes", glisse Guillaume Giordano, l'un des nombreux habitués de la course. 

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Une première journée couronnée d'un franc succès puisque les compteurs n'ont pas tardé à s'affoler face aux foulées effectuées. C'est bien simple, au bout de 24 heures, 57 672 km avaient déjà été parcourus ! Soit environ 8 000 de plus que l'an dernier. De quoi s'avancer en confiance pour la suite de la semaine. Mais le temps en a décidé autrement. Pluie et vent ont rapidement chassé le bleu du ciel et la douce chaleur des rayons du soleil pour laisser place à des conditions parfois dantesques. De quoi décourager quelques participants, même s'ils ont été nombreux à s'accrocher dans l'idée d'aller au bout. "Depuis la création de la course, on a eu des journées horribles, notamment sur le port, où on arrivait au bout de la digue, on prenait de la pluie sur la truffe, le froid, il ne manquait plus qu'un iceberg à côté. Mais le lendemain il faisait bon. Là, cette année, ça a été assez dur à cause de la pluie tous les jours", note Guillaume, généralement auteur d'une centaine de kilomètres tous les ans. 

Arrêt prématuré

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Malgré les difficultés liées au temps, les coureurs et marcheurs ont assuré. Qu'ils soient là pour les huit jours (46 dossards cette année), juste de passage le temps de quelques tours, comme les footballeurs et basketteurs de l'AS Monaco, à l'initiative de leur entreprise ou par engagement personnel, 11 624 personnes ont foulé le parcours (14 736 inscrits). "Compte tenu des conditions, voir tous ces courageux venus courir toute la semaine, qu'ils soient équipés ou non, sous un parapluie ou une simple capuche, ils ont bravé les éléments jusqu'à faire des centaines de kilomètres pour certains, c'est extraordinaire", relevait Philippe Verdier malgré son abattement. "Ça a été une vraie surprise pour nous de voir autant de monde. Cet élan de solidarité fait chaud au cœur car ils ont parfois couru ou marché dans des conditions impossibles", glisse Ariane Favaloro, présidente de Children and Future, elle aussi marquée par cette édition. 

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Au lendemain de l'arrêt définitif de la course, les bénévoles avaient d'ailleurs de quoi être éreintés et, quelque peu, abattus. La veille, une Française et résidente à Monaco, avait subi une vague de plein fouet au bout de la digue, avant de chuter quelques mètres plus bas. Après un premier bilan alarmant, les nouvelles ont été plus rassurantes la concernant. "On était surtout préoccupé par son état de santé. On est forcément déçu de l'arrêt prématuré de la course, mais c'était indispensable. On était en alerte rouge, les autorités nous ont demandé de tout arrêter. Nous avions d'ailleurs commencé avant même leur demande", explique la présidente de l'association. Après avoir passé la nuit avec des coureurs et quelques sportifs de la Principauté bloqués sur place, la remise des prix a eu lieu en catimini. De quoi, malgré tout, clôturer cette édition sur un dernier sourire. Au moins pour la photo. 

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Photos

Les résultats

Individuel hommes :
Daniele Juan Alimonti : 804 km.
Robert Miorin : 743 km.
Patrice Loquet : 730 km.
Individuel femmes :
Mimi Chevillon : 628 km.
Paola Coccato Zurcher : 599 km.
Annick Fouchard Djebli : 554 km.
Équipes :
Collaboration United We Stand : 18 900km.
Centre Cardio-Thoracique de Monaco : 9 796 km.
CMB : 9 601 km.

*Children and Future a décidé de donner 1,20 € du km au lieu des 1 € traditionnels en compensation du manque à gagner dû aux intempéries.