Le harcèlement dans le sport, une réalité

Un colloque sur le harcèlement dans le sport s'est tenu lundi à Nice au Théâtre de la photographie et de l'image. Organisé par le Comité départemental olympique et sportif des Alpes-Maritimes, ce colloque a notamment vu l'intervention d'Isabelle Demongeot en qualité de grand témoin.

Si le harcèlement dans le milieu du travail est de moins en moins tabou, la réciproque ne se vérifie pas forcément dans le sport. Même pas du tout. Il n’y a qu’à voir la dernière étude réalisée sur le sujet. Il faut remonter à 2008, comme l’ont fait remarquer les différents intervenants du colloque. Philippe Barbet, inspecteur principal de la jeunesse et des sports relevait que "11% des athlètes sondés avaient dit avoir subi un acte sexuel non souhaité." S’il est sans doute le pire, le harcèlement sexuel n’est pourtant pas le seul à sévir, que ce soit dans le sport ou ailleurs. 

Le harcèlement a plusieurs visages

Dans le milieu sportif, le harcèlement est souvent "lié à la performance. Des remarques anodines peuvent donner lieu à une forme de harcèlement", note Natacha Himelfarb, déléguée aux droits des femmes et à l’égalité. Notamment dans le sport de haut niveau, où l’exposition est d’autant plus grande. Quelque soit la pratique sportive, le résultat est le même. Et les formes de harcèlement sont aussi nombreuses que diverses. De la raillerie aux bizutages, en passant par les humiliations devant le groupe. Et certaines situations ou lieux sont par ailleurs plus propices que d’autres à ces pratiques. 

Vestiaires et douches, déplacements : terrains propices

Comme l'a expliqué Philippe Barbet lors de sa prise de paroles, certains terrains favorisent le harcèlement. "La vie de groupe peut poser problème, et les locaux comme les vestiaires, les stages ou les internats sportifs peuvent favoriser cela." Si l'on n'évoque généralement que les bons côtés de la vie en groupe et du sport, comme d'une école de la vie notamment, les parties les plus sombres ne sont que rarement mises en exergues. 

Dans un contexte où le sportif sera éloigné de son environnement, ou se retrouver exposé, le harcèlement en devient d'autant plus simple. Et ce qui peut n'être qu'une vulgaire blague aux yeux des uns pourra être traumatisant pour les autres. 

Relation

Dans certains sports, ou dans certains cas, l'entraîneur ou le dirigeant peut avoir une emprise toute particulière sur son ou ses poulains. Car cette relation peut parfois prendre une trop grande ampleur, quitte à devenir "fusionnelle, que ce soit entre l'athlète et son entraîneur ou le staff. Et ce genre de relations favorisent les abus sexuels", analyse Carole Bretteville, de Femix Sports. Et la présidente de l'antenne alsacienne de l'association ne s'arrête pas là. "Il faut aussi se méfier de ce qu'on appelle l'atteinte sexuelle, qui consiste à avoir un comportement insidieux pour inciter la victime à devenir victime." Et en ce qui concerne l'étude réalisée en 2008, elle note également que dans les chiffres, si "l'exhibitionnisme et le voyeurisme sont majoritaires, c'est aussi parce qu'il est plus facile de parler de ça que d'autre chose." 

Manque d'information

Aujourd'hui encore, les informations sur le harcèlement dans le sport sont très minces. La faute premièrement au manque d'études sur ce sujet. La seule et dernière réalisée datant de 2008, il ne serait pas fou de parier sur le fait que les choses auront sans doute changer en six ans ! Autre problème, les fédérations ne disposent pas de commission de lutte sur cette thématique. Alors que l'on trouve par exemple des commissions de lutte contre le dopage, il n'y a rien sur le harcèlement. Ce qui traduit aussi le problème majeur posé par ce colloque. L'omerta. 

Dans le milieu sportif, il semble que le sujet soit encore un véritable tabou. Pour preuve, on n'entend que peu parler d'affaires qui pourraient avoir eu lieu. Si dernièrement des affaires ont fait la une des quotidiens nationaux, rares sont les histoires qui sortent au grand jour. La faute au silence tout d'abord, mais aussi aux enjeux. Par exemple, la française Marlène Harnois, médaillée de bronze aux Jeux de Londres en Taekwondo, a été suspendue deux ans par sa fédération car elle se disait victime de harcèlement. Les enjeux sportifs sont tels, que le résultat aurait tendance à prendre le dessus sur les réalités vécues par les sportifs. Certains seraient même "prêts à accepter des mauvais traitements pour accéder à la performance visée", précisait Philippe Maccario, ancien directeur de cabinet de Christian Estrosi, lors de sa conclusion du colloque. 

Conséquences physiques et psychologiques

Si certains semblent prêts à s'infliger cela pour toucher au but, les conséquences physiques et psychologiques peuvent être assez graves. "La santé psycho-affective peut être touchée, notamment quand cela arrive quand on est jeune. Car plus on est jeune, plus on est fragile," explique Christine Caro, neuropsychologue. Les harcèlements subits à répétition peuvent également donner lieu à la naissance d'un stress chronique, qui pourra par exemple "réduire l'adaptabilité aux situations imprévues." 

L'un des grands dangers lié au harcèlement est l'éloignement de l'individu de ses émotions. L'impression de devenir un objet fait naître l'idée "qu'un objet n'a pas d'importance. Les gens peuvent alors mettre une certaine distance entre eux et leurs émotions, ce qui va les amener à se renfermer sur eux-mêmes." Une réaction enchaîne qui peut avoir pour conséquence de favoriser la dépression et la toxicomanie. De même que la répétition du harcèlement pourra provoquer un sentiment d'impuissance chez l'individu, qui verra alors "toute motivation éradiquée," précise de la neuropsychologue. 

Nécessaire d'agir

Face à cela, il semble nécessaire d'agir. Et notamment en créant des cellules au sein des fédérations et clubs. Des cellules au sein desquelles les personnes victimes de harcèlement pourront exprimer leurs problèmes. Si un grand nombre de choses ont été mises en places pour lutter contre le dopage, il devrait pouvoir en être de même, car ce problème est "au moins aussi grave que le dopage", comme l'a souligné Philippe Maccario. Mais le plus important reste de réussir à libérer la parole et briser l'omerta qui règne sur ce point.

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