Noëlia Molina (MMA) : rouge aux ongles & poing serré

La fighteuse en jupette est un paradoxe à elle toute seule. Plutôt garçonne lorsqu'elle était enfant, à 32 ans, elle est plus féminine que jamais. Pourtant, Noëlia Molina sait distribuer les patates, elle en a même fait sa principale activité en pratiquant le mixed martial arts (MMA).

Tu as vu ? J'ai mis des plumes roses dans mes cheveux", lance-t-elle en s'asseyant. C'est autour d'un coca que nous la retrouvons. Toujours souriante, toujours pleine de peps. La dernière fois que nous avons discuté, elle arborait de petites nattes serrées sur son crâne. "Maintenant, je n'en fais plus. Ça me donne l'air méchant. Je préfère les macarons tenus par des élastiques roses. C'est enfantin et coloré. J'aime bien ce décalage." 

Fraîchement revenue du premier stage de MMA destiné aux femmes en France, elle est encore sous le charme. "Ça avait lieu à Miramas   (Bouches-du-Rhône). J'ai rencontré une mère de famille qui venait de Marseille et peinait à évoluer parce qu'il n'y a que des hommes dans son club. C'est super que les filles puissent se retrouver et échanger des conseils. Ça permet aussi de jauger son niveau, ses réflexes et de voir si on s'en sort face à une fille plus lourde que soi. J'ai pu me rendre compte que j'ai quand même un niveau. Je taquine, quoi." 

Elle ouvre de grands yeux et précise fièrement : "J'étais la plus colorée du stage. Je trouvais ça super fun. Les autres étaient trop sombres".

"Une fille qui a l'habitude de se prendre des patates et d'en donner"

Mais la fondue de MMA n'a pas attendu ledit stage pour rencontrer des nanas adeptes du combat. "Je me fais souvent des petits week-ends pour m'entraîner. Il existe un groupe sur Facebook intitulé "le bastion des fighteuses du 13 et du sud". On s'accueille les unes les autres. C'est important pour moi d'avoir un sparring-partner, une fille qui a l'habitude de se prendre des patates et d'en donner. À la Blackout Academy, il n'y a pas de filles de mon niveau. Je m'entraîne avec les hommes, mais c'est différent. Ils sont obligés de retenir leurs coups sinon ils me font immédiatement mal."

En quelques clics sur la toile, elle sympathise avec des pratiquantes de free fight puis s'organise pour tracer la route. "Je file sur Blablacar (site de covoiturage) et on se le fait en mode camping. On ne s'est jamais vues, mais on a la même passion, c'est comme si on se connaissait." Elle se souvient que, petite, les copines, ça la barbait.

"J'étais un peu garçon manqué, souvent à traîner avec les mecs. J'aimais bien cette ambiance-là. Les filles, c'était pas pareil, c'était plutôt maquillage, bijoux." Aujourd'hui, c'est jupettes et coups de pied retournés, un bon mix entre les deux genres.

Des coquilles pour femmes ?

Si Noëlia est aujourd'hui une femme accomplie, aguerrie et plus motivée que jamais à asséner des coups affûtés, tout n'a pourtant pas toujours été évident. "Dans mon premier club de boxe, il n'y avait qu'une fille et on ne s'adressait pas la parole. J'ai découvert qu'il existait des coquilles pour femme toute seule, en regardant la liste des équipements requis avant un combat. Je suis allée me renseigner dans un magasin de sport. Il y en avait plusieurs, pour l'entrejambe comme pour la poitrine. Tu ne sais pas ce qui te conviendra, alors tu essaies. Tu fais ta propre expérience. Mais ce n'est pas facile quand il n'y a personne autour de toi pour te guider."

À la Blackout Academy, Nöelia donne des cours aux adolescents. Cette opportunité lui permet de prendre sa petite revanche. "Je me suis toujours dit que quand j'accueillerai une fille dans mon club, je la traiterai un peu comme ma petite sœur. J'estime que c'est mon rôle. C'est important d'avoir un soutien féminin, encore plus dans ce milieu. Parmi les jeunes que j'entraîne, certaines ne savaient pas qu'il existe des brassières de sport et n'étaient pas très à l'aise avec leurs formes de femmes. Alors, tout doucement, je les ai conseillées." 

Reconnues en tant que combattantes

Dans ce monde du combat que l'on imagine masculin, elle explique que les femmes sont très respectées. "On est reconnues en tant que combattantes. Je ne peux pas m'exprimer au nom de toutes, mais pour celles que je connais et moi-même, c'est le cas." Elle s'inspire de quelques grandes figures de sa discipline. "Je pense à Miesha Tate, Gina Carano et Cat Zingano. Je les aime parce qu'elles sont femmes et que ce sont de sacrées athlètes. Elles combattent souvent en jupe et brassières roses."

Taper du poing en jupette, c'est ce que Noëlia a tenté de faire lors de son premier combat en Cage warriors fighting championship, plus grande organisation européenne de MMA en Europe. Le 16 août, elle a été appelée à combattre à Dublin, face à l'Irlandaise Catherine Costigan. Mais dans ce duel acquis à la cause irlandaise, impossible de s'imposer. 

"L'arbitre, irlandais lui aussi, a découpé ma jupe avant que je monte dans la cage, alors que ma tenue avait été validée plusieurs fois. Ils m'ont fait ça n'importe comment, sans même me cacher pour que je me change. Je me suis sentie humiliée. Ensuite, elle m'a fait une clé de bras que je maîtrisais, j'étais en train de travailler au sol, et l'arbitre a sifflé la fin du combat. J'étais dégoûtée, ce n'est pas fair-play. Je digère pas. Après coup, on nous a dit que de toute façon, on ne pouvait pas gagner…" 

Pour se préparer physiquement et psychologiquement aux rencontres en Cage warriors, Noëlia a mis son job d'aide-soignante entre parenthèses. "Il me reste quatre combats à faire en deux ans, on peut nous appeler n'importe quand. Il faut être prêts", déclare-t-elle. Parallèlement, elle passe son brevet de moniteur fédéral en boxe thaï, une étape qui l'enchante. "Mon but à moi, c'est de transmettre ce que je sais aux filles. J'aimerais leur dire qu'elles ne le savent pas, mais qu'elles ont des ressources cachées."

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Liste des Clubs : Blackout Academy

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