MMA : la mise aux poings de Noelia Molina

Noelia Molina, bout de femme d'1,63 m, est tombée dans le free fight par hasard. Ce qui n'était au départ qu'un délire entre copines l'a conduite à devenir combattante professionnelle. À 31 ans, licenciée à la Blackout Academy et affamée d'aventure, elle s'est lancée sur un chemin costaud, le Cage warriors. Portrait.

On la repère direct. Poids plume sapé street wear monté sur une trottinette à poignées roses. Cheveux noirs séparés en fines tresses dès la base du crâne, un brin de faux cheveux roses pimentant chaque artefact. "Tu les fais toi-même ?", demandons-nous, curieux devant le spécimen. "Non, je vais chez une coiffeuse africaine. Elle m'a commandé des cheveux encore plus roses, assortis à ma tenue de combat", raconte Noelia. 

La jeune femme de 31 ans commande un café. Le physique est tonique, le ton assuré, la voix petite et douce. On discute vite fait du boulot. Elle raconte qu'elle bosse la nuit. "Je suis aide-soignante à domicile. Je m'occupe d'un petit tétraplégique de 21 ans. Je ne travaille que le lundi après-midi, le mercredi après-midi et la nuit. J'ai tous mes week-ends pour partir en compét' et beaucoup de temps pour mes entraînements."

La double championne de France de muay thaï (2007 et 2008), un reste d'hématome sur la droite de la face, prend soin des autres. "M'occuper des gens me plaît énormément. J'ai toujours eu de la compassion. Mais ce qui me manque, c'est vraiment le côté soins, technique. Un jour, je présenterai le concours d'infirmière. Mais pour l'instant, avec toutes ces aventures, je peux pas !" Ses yeux marron rehaussés de mascara pétillent.

Du caractère ?

"Je suis venue au combat par hasard. On devait essayer un jour avec trois amies, juste pour le fun. On est passées devant une affiche de boxe thaï et je me suis dit : 'Pourquoi pas ?' Le jour J arrivé, elles m'ont toutes lâchée. J'y suis allée quand même." 

Elle a alors 23 ans et l'envie viscérale d'un nouvel élan. "Pieds-poings, coups de genoux, projections et corps à corps. J'y suis allée, j'ai commencé, puis j'ai jamais décroché."Une compétitrice dans l'âme, depuis toujours. 

"À l'école, j'étais pas trop tête d'intello. Et en sport, je me tapais tout le temps de super notes. J'ai fait du baseball à Menton, du volley-ball et du foot à l'école. J'ai aussi fait du cirque et j'ai adoré ça. J'étais bien dans le sport parce que je réussissais donc ça me donnait envie de continuer", raconte Noelia Molina, sans faux semblant.

 "J'étais un peu garçon manqué, souvent à traîner avec les mecs. J'aimais bien cette ambiance-là. Les filles, c'était pas pareil, c'était plutôt maquillage, bijoux", elle sourit. Aujourd'hui, la fighteuse n'hésite plus à mettre en avant sa féminité. "C'est très important pour moi. Quand on fait un sport de combat, dans une cage, les gars te regardent, te critiquent. Et j'ai envie de leur dire : 'oui, regardez-moi !' Il faut que les filles sachent qu'on peut le faire." 

Hyperactive ?

"Oui, j'étais hyperactive petite. Le sport me canalisait un peu. Je le suis toujours, mais en grandissant, je me suis calmée. Je peux avoir des entretiens d'embauche et me tenir super bien. Avec mon petit handicapé, je suis obligée d'être calme. Je ne peux pas me permettre d'être super speed. Je lui procure des soins délicats. Je lui parle beaucoup aussi. Je lui montre des photos de mes combats et il adore ça. Par contre, quand il y a besoin de faire la poussière chez lui et de ranger ses boîtes à médicaments, là ouais, je suis super active."

La boxeuse travaille aussi en remplacements dans une maison de retraite. Elle "bidouille" son emploi du temps, comme elle dit. "Il faut que je sois un max au sport. J'en ai besoin. Et puis le Cage warriors, c'est quelque chose d'extraordinaire et il faut vraiment mettre toutes les chances de notre côté. Ça arrive à qui une telle chose ?", s'exclame-t-elle, ravie.

"S'arracher pour rester"

Parlons-en du Cage warriors fighting championship. Basée à Londres, c'est la plus grosse organisation de MMA (mixed martial arts) en Europe. La plus importante après l'UFC (Ultimate fighting championship), qui elle, est basée au Nevada et bénéficie d'un rayonnement mondial. C'est la première fois qu'un membre de la Blackout Academy est engagé dans ce circuit. 

Tout est parti de Rosi Sexton, combattante elle-même. Chargée du recrutement pour la compétition, elle a permis à cinq filles par catégorie de poids de participer à un Cage warriors féminin.

  "Il n'y a pas encore assez de nanas dans ce milieu-là. Les organisateurs nous ont contactés en août, on a dit oui. Coach est un magicien pour avoir fait de moi ce que je suis aujourd'hui. C'est un super héros cet homme-là", déclare-t-elle, pleine de respect pour Éric Nardone, son entraîneur.Le deal, c'est de participer à cinq combats, en moins de 48 kilos (atome weight) pour Noelia, sur une période de 18 à 24 mois. 

Les organisateurs contactent la combattante plusieurs semaines avant son duel, idéalement huit, afin qu'elle puisse s'y préparer. "Mais il faut s'arracher pour rester. Ils peuvent casser ton contrat n'importe quand s'ils estiment que tu n'es pas 'bancable'", expliquera Nardone.Alors, Noelia observe une discipline de fer et se plie à sept entraînements spécifiques par semaine : deux de muay thaï, deux de luta livre, un spécial positions au sol et deux trainings complémentaires. 

"Généralement, le week-end, j'ai plus de temps alors je fais du jogging, de la piscine, du stretching et de la musculation. J'ai même essayé la zumba, mais il ne faut pas le dire", glisse-t-elle, amusée. "C'est très bon pour la coordination. Mais me retrouver à faire des déhanchés, moi qui ne suis pas "déhanchés" du tout… C'était quelque chose. La première fois, on m'a filmée parce que c'était trop hilarant. Il fallait que coach voie ça."

"Prendre quelqu'un sous mon aile un jour"

Si la jeune femme vise particulièrement le MMA dans le cadre de sa compétition, elle pratique sept disciplines. La boxe thaï, le jujitsu brésilien, la luta livre, le grappling, le kick boxing, le k1 rules ainsi que le pancrace (MMA sans cage). 

Et la vie à côté, alors ? "J'en n'ai pas besoin", lâche-t-elle, franco. "Ça me comble et je veux vraiment tout faire pour être au niveau le jour de mon combat en Cage warriors. C'est une hygiène de vie. Ma tête est là-dedans. J'ai besoin d'être à 100 %. Ma priorité ne va pas à mes relations mais aux entraînements. Je suis à la fin de mon aventure de compétition de haut niveau, il ne faut pas se leurrer." 

À la fin de notre entrevue, elle confie un autre de ses projets d'avenir. "Je veux faire le nécessaire pour me former et devenir coach. Je veux pouvoir enseigner la boxe. J'adore entraîner les gamins." Visiblement, "coach Nardone" a su partager sa passion. "C'est un entraîneur fabuleux et ça ne doit pas rester qu'à moi. Je dois transmettre ça. Dans la vie, je crois au destin et rien n'est fait pas hasard. Si j'ai rencontré coach et qu'il a décidé de me prendre sous son aile, c'est que je devrai prendre quelqu'un sous mon aile un jour."

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