Disciplines d'adultes, jeux d'enfants

L'heure de la rentrée a également sonné à l'Académie Internationale d'Arts Martiaux de Monaco. Claude Pouget, qui a récemment obtenu le 8e grade de sa ceinture noire en kick-boxing, accueille dans son école et dès cinq ans les pitchouns curieux de découvrir les arts martiaux tout en s'amusant.

Devant les portes de la salle de boxe du stade Louis-II, l'effervescence se faisait sentir. Une quinzaine de petites têtes blondes, âgées de cinq à sept ans, effectuaient ce mardi-là leur rentrée à l'Académie Internationale d'Arts martiaux de Monaco. D'un côté, les experts de l'an dernier attendaient impatiemment la reprise de leur cours. De l'autre, il y avait ceux qui, plus excités qu'anxieux, s'apprêtaient à découvrir la nouvelle activité qui animera toute l'année leur mardi et jeudi. 

Et, ce n'est pas seulement à une discipline, mais à quatre que seront initiés les enfants tout au long de l'année : muay-thaï (boxe thaïlandaise), kick-boxing, self-défense et krav maga. Des disciplines de combat qui peuvent surprendre pour de si petits pitchouns. Mais si, étymologiquement, les arts martiaux viennent de la guerre, "ils ont par la suite évolué au-delà de cet aspect guerrier, évoquant avant tout l'éthique et l'épanouissement personnel, et pour les enfants, les valeurs éducatives", rappelle Claude Pouget, directeur technique et fondateur de l'académie. "L'enseignement est adapté en fonction du public. Pour le cours des 5-7 ans, la priorité, ce ne sont pas les considérations d'adulte, mais les jeux d'éveil qui vont progressivement nous amener à des exercices de mise en situation"

Enseignement adapté

 Un aperçu, adapté à leur âge donc, où chacun trouve son compte. Le petit Andy, presque six ans, est, lui, attiré par la boxe. Pour Matilda, c'était plutôt le self-défense. Ce jour-là, cette jolie poupée de 7 ans, un peu timide, faisait d'ailleurs sa première rentrée, sous les yeux de Tony, son papa, un ancien cadre de l'association. "Aujourd'hui, c'est la relève qui arrive" explique Tony, pas peu fier. "Je l'ai inscrite à ce cours simplement parce qu'elle m'a demandé. Elle voulait pour pouvoir se défendre"

"Ces quatre disciplines sont tout à fait complémentaires, et présentent chacune des qualités spécifiques et communes très intéressantes pour les enfants, tant dans leur fonctionnement physiologique que psychomoteur. Sans compter qu'elles possèdent des valeurs communes, des valeurs éthiques, que l'on retrouve d'ailleurs dans toutes les pratiques martiales", explique Claude Pouget. 

Et la formule satisfait la maman d'Emile, petit garçon actif de 5 ans, fan des Tortues Ninja et des sports de combat. "Cela lui correspond bien et lui permet à la fois de se défouler et d'imiter ses super héros. Avoir plusieurs disciplines, réunies dans un seul cours, permet d'avoir une vision d'ensemble. Pour des petits qui débutent, c'est bien car cela leur permettra plus tard de choisir ce qui les intéresse"

 Discipline, respect, politesse 

Sur les tatamis, il est l'heure de se mettre en place. Les pitchouns y retrouvent leur enseignant Julien, ceinture noire 3e Dan de la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées (F.F.K.D.A.), assisté aujourd'hui par Carlos. Rituel oblige, la séance débute toujours par le salut. "Le plus important, c'est la discipline, le respect et la politesse", rappelle Claude Pouget aux jeunes bambins, avant que ces derniers n'entament leur séance d'échauffements. 

Et si les gestes sont les mêmes que pour les aînés, les mots, eux, sont tout autre. Les sauts sur place transforment les petites têtes blondes en sauterelles, tandis que les étirements des adducteurs deviennent, eux, "la position de Spiderman". "Allez un coup de poing à la Obélix", propose ensuite Julien, tout en montrant le geste qui, pratiqué avec l'innocence de la jeunesse, ne ressemble plus à un uppercut du droit, mais bel et bien à un geste du héros un peu gauche de Goscinny et Uderzo. Du côté des petits, la formule semble bien fonctionner. A l'âge où il est parfois difficile de canaliser son énergie, la concentration est bel et bien là, comme en témoignent les regards attentifs et les langues qui sortent involontairement de leur bouche. "Allez, on met les mains dans les cheveux", engage Julien, lors de l'échauffement des bras. "Mais moi j'ai pas de cheveux", lui répond spontanément un de ses jeunes apprentis, un peu désarçonné. "Attends, tu en as déjà plus que moi", le taquine gentiment son enseignant, en lui remontrant le mouvement. 

 Enseignement ludique

"Il faut être assez créatif car un enfant se lasse vite. Si on fait toujours les mêmes jeux, les mêmes trames, une grande lassitude s'installe" explique Julien, diplômé d'Etat depuis dix ans, qui possède par ailleurs une licence spécialisée en éducation et psychomotricité. "Il faut réorienter, par rapport à une discipline de combat pugilistique, un jeu ou des éléments qu'ils connaissent déjà, notamment par la société : "Jacques a dit", "un-deux-trois soleil", "loup glacé"... " 

 Et le "loup glacé", au programme de ce jour, prend une toute autre dimension que celui pratiqué dans les cours d'école. Le but du jeu ? Le canidé, sous la forme de Carlos et de Julien armés de frites en mousse, doit toucher les pitchouns, qui se figent, les mains jointes et tendues en avant. Ensuite, il revient à leur petits camarades de les délivrer. Mais attention, pas n'importe comment. Avec un geste de la main d'abord, puis avec le genou. "On les oriente vers ce que l'on veut qu'ils apprennent. A respecter les règles d'abord, puisqu'il y a un jeu et un but à atteindre. Puis à faire une acquisition motrice, car pour se délivrer, il faut une habilité motrice. On les amène à faire un élément souhaité, ici deux poings ou deux mains, un ou deux genoux", souligne l'entraîneur, qui introduira au fur et à mesure de l'année des exercices toujours plus complexes. 

Et c'est bien ce côté ludique, qui fait toute la richesse de cette initiation, tant pour les enfants que pour leurs parents. "Je veux que tous mes enfants fassent du kick-boxing ou du self-défense. C'est important qu'ils sachent se défendre, notamment pour après quand ils partent faire leurs études. Ma plus grande, qui pratique depuis l'âge de 9 ans, a par exemple réussi à se défaire d'une agression et à partir. C'est un réflexe que l'on ne peut pas avoir si on n'a pas d'entraînement, parce qu'on est en stress, voire en panique", explique Jennifer, la maman de Mila, elle-même passionnée d'arts martiaux. "Il faut répéter mille fois un mouvement pour que cela rentre. Là, ils jouent en même temps qu'ils apprennent. C'est le plus important."

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