Yann Siccari, Rio en tête

Le judoka monégasque de 26 ans a ramené une belle histoire dans ses valises londoniennes. Dans la catégorie des moins de 60 kilos, il a mené deux combats acharnés lors des JO. Sorti par le futur lauréat de l'épreuve, il revient sur les 16es et 8es de finale. Coup de projecteur sur l'expérience du judoka.

Racontez-nous votre premier combat…
Au premier tour, je tombe contre le Yéménite Ali Khousrof, cinquantième mondial. Je sais qu'il a déjà battu des gars plus forts que moi. Dès le début, je marque un yuko. Je le fais tomber sur le flanc. Je prends un point d'entrée. Puis il égalise à la fin du temps réglementaire. Nous nous retrouvons à égalité. On appelle ça le golden score. Pendant ce temps-là, je lui fais une clé de bras et remporte le combat. C'est passé vite. Sept minutes. 

Une fois sorti du tatami, que ressentiez-vous ?
Sur le coup, je n'ai rien ressenti. Je travaille beaucoup sur la concentration. Dans ma tête, il y a une phase de concentration consciente, avant le combat. Ensuite, il y a une phase de performance où je fonctionne quasiment à l'instinct. C'est un état qui se trouve au-delà de la réflexion, un état un peu second, durant lequel je ne ressens pas d'émotion. À l'issue du combat, j'ai juste la sensation d'avoir fait mon boulot. 

Et lors des 8es ?
Je me suis retrouvé contre le Russe Arsen Galstyan... Celui qui allait devenir champion olympique ! J'y suis allé sans appréhension particulière. J'avais envie de le battre. J'ai fait une bonne kumikata. C'est une partie importante du combat où l'on positionne ses mains sur l'adversaire. J'étais dans un bon état d'esprit. J'essayais de le pousser vers la droite. C'est mon mouvement favori. Mais pour réussir cette projection - le "ashi guruma" - j'avais besoin de rompre son équilibre. Mais à très haut niveau, on se connaît bien. On a repéré les préférences de l'adversaire et on devine ce qu'il cherche à faire. On fait tout pour ne pas aller dans son sens. Il m'a tenu tête. Et il a suffi d'une petite erreur de ma part, au sol, pour qu'il me fasse une clé de bras fatale. C'est exactement ce que j'avais fait à mon premier adversaire ! Le combat a duré deux minutes.

Après le duel, qu'avez-vous en tête ?
Je suis retombé dans mon état de conscience immédiatement. Je suis allé vers Marcel Pietri, mon entraîneur à Monaco. Il était content de moi. Il a noté qu'Arsen Galstyan avait levé un poing rageur à la fin. Signe que le combat n'avait pas été évident. Ensuite, j'ai discuté avec le prince Albert II. Je lui ai parlé de mon envie de faire encore au moins une olympiade à fond. Il m'a encouragé dans ce sens. Il semblait emballé par ce projet et ça m'a fait chaud au coeur. Je sais que j'ai donné le meilleur de moi-même. Mais pendant longtemps, j'ai eu des flashbacks du combat. J'ai beaucoup réfléchi à ce que j'ai fait, à la manière dont je l'ai fait...

Comment voyez-vous votre avenir ?
J'ai le projet Rio 2016 en tête, mais pour cela, il me faut trouver davantage de sponsors. Je m'entraîne depuis deux ans à Paris, à l'ACBB (Athlétic club de Boulogne-Billancourt). Je suis entouré de mon coach, Thierry Dibert, et de mon préparateur physique, Sébastien Calloud. D'après eux, je suis dans une phase de progression. Je continue de travailler, à raison de deux fois par jour. Le matin je fais de la préparation physique, et l'après-midi du judo. Ça me fait 4/5 heures de sport dans la journée. Ma première compétition importante de la saison, ce sera le tournoi de Paris en février.

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